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Autour de la table de papy et mamy

13 février 2019 | Edition N°2435

Rances –  Les retraités du coin se retrouvent chaque mois pour déguster la recette du chef à l’Ecusson vaudois.

Denise Raymondaz et Alain Biolley, en plein coup de feu. © Michel Duperrex

Une savoureuse odeur de sauce à la moutarde s’exhale de l’assiette de Michel Grandjean, enseignant à la retraite. Au menu: fricassée, purée de pommes de terre et choux de Bruxelles. «C’est de la bonne cuisine bourgeoise, comme on l’aime», sourit-il. Assis à la table de l’Ecusson vaudois à Rances, il s’apprête à dégainer sa fourchette et son couteau pour faire bonne chère. Comme lui, une vingtaine d’habitants de son village et de Valeyres-sous-Rances se sont déplacés jusqu’au restaurant pour partager un moment convivial.

Lancée par Lucette et Francis Barbier, il y a cinq ans, cette rencontre mensuelle réunit les retraités qui le souhaitent pour partager un plat mijoté, au prix de 10 francs. «L’idée existait déjà à Baulmes, précise Francis Barbier, membre de la paroisse. Nous avons voulu faire de même ici pour maintenir un lien avec les anciens.» Et le succès est toujours au rendez-vous.

A chaque rencontre, le chef Alain Biolley suggère un menu qu’il concocte dans ses marmites, le mois d’après. En général, il s’agit de recettes qui exigent beaucoup de préparation comme la langue de bœuf, la choucroute, les tripes, le bouilli ou encore le papet vaudois. Des mets certes traditionnels, mais qu’il serait ennuyeux de manger seul à sa table. «Je n’ai pas de plat préféré, mais je mange de tout», raconte Solange Hügli, l’une des habituées.

La convivialité comme mot d’ordre

Installés en Corse, Jean-Michel et Angèle Beauverd ont tenu l’épicerie Chez Renard, située en dessous du restaurant, pendant onze ans. A chaque fois qu’ils reviennent dans le Nord vaudois, ils en profitent pour passer dire bonjour à leurs anciens clients. «Mon mari a entendu que le dîner avait lieu aujourd’hui (ndlr: le 24 janvier dernier) et c’est l’occasion de voir du monde», glisse l’ancienne épicière.

Quant à Edith Genoud, elle a trouvé de nouveaux amis après son déménagement, depuis le canton de Fribourg. «Grâce à ces rencontres, je me sens intégrée, confie-t-elle. L’ambiance est magnifique et je n’hésite pas à véhiculer les personnes plus âgées.»

A l’autre bout de la grande tablée, Jean Bignens est le doyen du groupe. A 95 ans, il ne manquerait pour rien au monde ce repas mensuel. «J’ai rarement manqué un rendez-vous et j’ai toujours bon appétit», révèle-t-il. Et de conclure: «Je vis seul et comme ça, je reste informé sur ce qui se passe au village.»

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De la saveur et de la générosité dans les assiettes

Avec sa collaboratrice Denise Raymondaz, le chef de l’Ecusson vaudois Alain Biolley était l’un des bénévoles du Noël des isolés du village, il y a quelques années. Alors quand Lucette Barbier lui a demandé s’il était partant pour concocter des plats pour les retraités, il a tout de suite accepté. «C’est un peu mes petits papys et mamys, glisse le cuisinier âgé de 55 ans. Tous les mardis, certains d’entre eux viennent jusqu’ici pour boire le café et c’est toujours un plaisir de les voir.» Depuis la fermeture de l’épicerie en 2018, le Ransignolet est persuadé qu’il est nécessaire de maintenir un lieu social au cœur du village. «Avant, les gens se retrouvaient à l’épicerie. Ils discutaient avec la commerçante et ça égayait leur journée», estime-t-il. Avec les repas qu’ils organisent chaque mois, Alain Biolley et son équipe veulent donner le meilleur d’eux-mêmes. «Je crois que même si je me déplace un jour avec un tintébin, je continuerai à cuisiner.»

Valérie Beauverd