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Bekim Uka, pourquoi toujours à Bavois?
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Bekim Uka, pourquoi toujours à Bavois?

9 octobre 2020

Ancien joueur d’Yverdon Sport, qu’il expédia en LNA en 1993, le technicien du FC Bavois affronte les Verts samedi. Mais pourrait-il, un jour, se retrouver sur le banc d’un gros calibre, plutôt que sur celui de l’outsider?

 

L’homme a beau être discret, quand on questionne les gens sur Bekim Uka, ils ont bon nombre de choses à raconter à son sujet. Il faut dire qu’en vivant actuellement sa dixième saison sur le banc de la «une» du FC Bavois, le technicien fait presque partie des meubles.

Dans un milieu où tout va très vite et où les changements d’entraîneurs sont légion, sa longévité est saluée. «Il la doit avant tout à lui-même, souligne le défenseur du FCB Nezir Kurtic, qui côtoie Bekim Uka depuis bientôt une décennie. Il a toujours atteint les objectifs fixés. C’est normal que le club lui maintienne sa confiance chaque année.»

Les résultats obtenus – deux ascensions, en 1re ligue puis en Promotion League, et le maintien dans cette dernière catégorie – ne sont pas le fruit du hasard. Le jeune quinquagénaire est un perfectionniste, qui n’a pas peur de retrousser les manches pour accomplir des tâches qui dépassent parfois sa fonction d’entraîneur. Ainsi, jusqu’à la fin de la saison passée, c’est lui qui s’occupait de la préparation physique de ses joueurs.

Des joueurs qu’il connaît «à fond», selon son président Jean-Michel Viquerat. «Bekim sait de quoi ils sont capables ou pas, ce qu’il peut en tirer. C’est sa force principale.» Le technicien sait sentir quand ses hommes, qui travaillent tous en parallèle du foot, sont à plat après une grosse semaine. Dans ces moments-là, il n’hésite pas à alléger tant les entraînements que le discours. «On sait qu’après une défaite, on ne va généralement pas se faire défoncer le lundi ou le mardi», apprécie Nezir Kurtic.

Si Bekim Uka n’est pas le plus grand tacticien du milieu, sa connaissance approfondie du football est largement reconnue. Mais son nom n’est que rarement évoqué lorsqu’un club romand de Promotion League ou de SFL se cherche un nouvel entraîneur.

«Nous avions pensé à lui il y a quelques années, mais il a toujours été bien à Bavois. Ce qu’il y fait est magnifique et inspire le respect. Est-ce que ce serait bénéfique de l’arracher à un club où il est aussi bien?», questionne Varujan Symonov, manager général de Stade Nyonnais.

Même son de cloche du côté d’Yverdon Sport: «Nous avions eu une approche sérieuse lorsque j’ai repris la présidence d’YS, mais Bekim avait donné sa parole à Jean-Michel Viquerat. Et je trouve qu’il est bien à Bavois. Il fait du bon boulot et il arrive à sortir des résultats incroyables avec peu de moyens», salue Mario Di Pietrantonio.

Et c’est peut-être bien là le point: Bekim Uka semble tellement à sa place au FC Bavois, que les gens ne l’envisagent plus ailleurs. Même à Yverdon-les-Bains, ville où il habite depuis son arrivée en Suisse, en 1991, et dont le club lui doit sa première montée au plus haut niveau national, en 1993. L’ancien avant-centre des Verts avait alors inscrit un triplé lors du match décisif contre Schaffhouse.
Au bénéfice d’une licence UEFA pro depuis 2018, l’Yverdonnois aurait pourtant les armes pour entraîner plus haut. «Je me suis toujours demandé pourquoi les grands clubs ne viennent pas le chercher, admet Jean-Michel Viquerat. Mais Bekim a quand même un petit défaut: il n’est pas très communicatif et il ne sait pas se vendre.» Mario Di Pietrantonio abonde: «Il est parfois oublié, car c’est quelqu’un de très discret. Ça le prétérite un peu.»

Car l’Albanais, qui a grandi en Serbie, n’est pas du genre à se mettre en avant, à chercher la lumière des projecteurs, et se fait oublier même pendant les matches. Il est plutôt de ceux qui observent. Et ne hausse la voix que quand il estime que c’est nécessaire, affirmant que s’il crie trop durant un match, il n’est plus concentré et ne parvient plus à trouver les défauts des siens pour corriger le tir.

C’est peut-être aussi cette propension à ne pas s’enflammer pour un rien qui le pousse à rester aux Peupliers. «Il y a fait ses preuves et a su gagner la confiance des dirigeants. Il est conscient de ce qu’il a à Bavois, relève Yannick Bovay, ex-joueur du FCB. Il a une liberté et une marge de manœuvre qu’il n’aurait pas ailleurs. Et les joueurs viennent au foot à côté de leur job, il y a moins d’attentes envers lui que s’il était à YS ou en Challenge League.»

Le principal intéressé serait-il prêt à franchir le pas, lui qui se montrait déjà très fidèle en tant que joueur, comme en témoigne la dizaine d’années passées au FC Baulmes. «Il a un certain attachement à Bavois, tant sur le plan sportif qu’humain. Il y est comme dans un cocon, glisse son assistant Renatus Njohole. Mais les capacités, il les a. Le jour où il aura envie d’aller explorer le haut niveau, il sera à la hauteur.»

Un jour qui, pour Nezir Kurtic, finira par arriver: «Je pense que s’il a une opportunité, il va la saisir. Il aime trop le coaching, je ne le vois pas refuser. Mais il faut que ce soit un truc sérieux.» Reste à savoir quel club cochera suffisamment de cases aux yeux de Bekim Uka pour que celui-ci prenne le risque de quitter sa «maison» de Bavois.

 

 

«Quand je dis que je suis bien à Bavois,
ça ne signifie pas que je n’ai pas d’ambition»

 

Bekim Uka, vous avez entamé votre dixième saison avec la «une » du FC Bavois, qu’est ce qui vous motive à poursuivre année après année ?

J’aime ce club, son entourage, le côté familial. Et surtout, j’ai la paix. C’est une véritable chance de bosser avec un président qui laisse travailler le staff.

Même lorsque Bavois est en mauvaise position, comme c’était le cas la saison dernière ?

Oui. Même si ça n’allait pas, que l’on peinait dans tous les domaines de jeu, je ne me suis jamais vraiment senti en danger. C’est important, aussi pour les joueurs, de ne pas avoir la pression d’être virés dès qu’on a deux ou trois matches qui se passent moins bien.

Votre nom est rarement évoqué lorsqu’un club romand, et notamment Yverdon Sport, recherche un entraîneur. Pourquoi ?

Il y avait eu une approche il y a quelques années, mais ce n’était pas le bon timing. Pour le reste, je ne m’excite pas. J’essaie de donner le maximum où je suis, de rendre la confiance que l’on m’accorde. Que l’on pense à moi ou pas, ce n’est pas une préoccupation.

Vous aviez pourtant marqué les esprits à YS en tant que joueur, notamment grâce à votre triplé, contre Schaffhouse, qui a permis au club de monter pour la première fois en LNA en 1993.

C’était une autre époque. La plupart des joueurs étaient des gens de la région. Moi, je ne parlais même pas le français à ce moment-là, donc je ne comprenais pas tout. Mais j’imagine que c’était vraiment une belle fête (rires). Ça reste un beau souvenir, et les gens m’en parlent encore maintenant. Ça fait plaisir!

L’automne dernier, la rumeur vous voyait devenir entraîneur-adjoint d’Ilija Borenovic à YS. Vous aviez alors affirmé ne pas vouloir être assistant, c’est toujours le cas ?

Oui. J’ai été assistant à Bavois à mes débuts, avec plaisir. C’est un poste important, d’ailleurs Renatus Njohole réalise un sacré boulot. Il est plus proche des joueurs que moi, et peut parler de choses plus intimes avec eux. Mais moi, ça m’a pris dix ans pour obtenir tous mes diplômes, et j’ai ramé pour avoir ma licence UEFA pro, en 2018, entre l’équipe, les cours et le reste. Alors je n’ai pas fait tous ces sacrifices pour être assistant.

Nezir Kurtic pense que vous saisiriez l’opportunité si on vous proposait d’entraîner en SFL. C’est quelque chose qui vous tente ?

Je n’ai jamais été approché par un club de Challenge League ou de Super League, mais bien sûr que ça me tenterait. J’ai fait ma licence UEFA pro pour si un jour une occasion se présente. Quand je dis que je suis bien à Bavois, ça ne signifie pas que je n’ai pas d’ambition! Mais il faut être réaliste, il y a peu de places en Suisse, et certaines équipes font n’importe quoi. Donc il faut bien réfléchir avant de s’engager. Entraîner plus haut, oui, mais pas à n’importe quel prix.

Actuellement, vous travaillez à 100% dans une entreprise de cheminées. Seriez-vous prêt à vous consacrer entièrement au foot ?

Mon travail contribue à ma stabilité, mais oui, si j’avais l’occasion de gagner ma vie à 100% avec le foot, je serais prêt à quitter mon job. Après, ma famille prime, et je n’ai pas envie d’aller dans un club qui change d’entraîneur tous les trois mois.

Vous êtes réputé pour connaître particulièrement bien le football, en particulier national. Assistez-vous à un grand nombre de matches ?

Moins qu’il y a quelques années en arrière, mais je me renseigne beaucoup. J’estime que plus on a d’infos, mieux c’est. Et c’est la cinquième saison que je passe en Promotion League avec Bavois, donc je connais bien nos adversaires. C’est un avantage par rapport aux clubs qui changent souvent de coach. Je regarde aussi beaucoup de vidéos de matches des autres équipes, mais j’essaie de ne pas trop prendre la tête de mes joueurs avec ça.

À l’opposé, on dit souvent de vous que vous n’êtes pas très communicatif…

Si je communiquais plus et que je me mettais à faire 30-40 minutes de discours, je ne suis pas sûr que les joueurs seraient contents. Ce sont tous des mecs qui bossent, et certains n’ont parfois que cinq minutes pour se changer avant l’entraînement. J’essaie de faire en sorte que le foot soit un exutoire, un plaisir pour eux. Je n’aime pas trop saouler les joueurs. On n’est pas avec eux sur le terrain, on n’a pas une télécommande pour les guider. Il faut les laisser s’exprimer et prendre leurs responsabilités.

Tant votre président, Jean-Michel Viquerat, que celui d’YS, Mario Di Pietrantonio, pensent que si on ne vous contacte pas quand il y a un poste à repourvoir, c’est parce que vous ne vous vendez pas assez. C’est vrai ?

Je n’aime pas me vanter, et me vendre, ce n’est pas mon métier. Si on vient m’accorder de la confiance, tant mieux, et si on ne pense pas à moi, tant pis.

Vous affrontez Yverdon Sport, samedi au stade municipal. L’an dernier, Bavois avait égalisé dans les ultimes secondes de la rencontre. Les Verts vont-ils subir le même sort ce week-end ?

On était bien en place l’année passée, mais YS est solide. Nous les avons souvent battus par le passé mais, depuis deux-trois saisons, le club met les moyens et il n’y a pas photo. Nous serons dans la peau des outsiders, mais si on peut prendre des points, on va clairement le faire!

Muriel Ambühl