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Bureaucrates à l’œuvre pour les tortues

15 mars 2017 | Edition N°1955

Chavornay – Le nouveau centre Emys, dédié à la protection et à la récupération des tortues, sort de terre. Le bâtiment principal est en cours de construction et les deux grands bassins sont achevés, grâce à l’aide de bénévoles d’un type particulier.

Les bénévoles ont déplacé plus de vingt tonnes de matériaux (sable, gravats, terre). Et ils ont fait bien plus que ce qui était prévu. ©Michel Duperrex

Les bénévoles ont déplacé plus de vingt tonnes de matériaux (sable, gravats, terre). Et ils ont fait bien plus que ce qui était prévu.

Douze employés de la multinationale Salesforce ont lâché leur clavier d’ordinateur et leur chaise confortable pour empoigner des pelles et des râteaux. Ils ont passé la journée entière à Chavornay, pour aider les bénévoles de l’association Protection et Récupération des Tortues (PRT). Remblayage, fixation des grillages et ratissage, ils ont oeuvré, en plein soleil, pour avancer le chantier et terminer les deux grands bassins extérieurs du centre Emys, qui fait peau neuve.

«On aura bien mal partout, mais cela nous fait du bien de sortir du bureau», témoigne Véronique Piguet, responsable du pôle de recouvrement du centre administratif européen de Salesforce, basé à Morges. La société californienne, spécialisée dans la gestion des relations entre entreprises et clients sur Internet, demande à tous ses collaborateurs de dédier entre cinq et sept jours par an au bénévolat. Et ils sont payés comme un jour de travail habituel. Mais certains, comme Jean-Baptiste Callot, directeur du pôle de recouvrement, ne s’attendait pas à ce type d’activité : «Je pensais que j’allais passer les tortues au Kärcher !, lance-t-il avec humour. Plus sérieusement, j’imaginais plutôt être avec les animaux, mais c’est aussi très sympa.»

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces habitués du travail administratif sont très efficaces sur le terrain, selon Jean-Marc Ducotterd, président de PRT depuis 23 ans : «Ils étaient très motivés et ont bossé comme des malades ! Ils ont fait plus que ce que j’avais prévu.»

Un projet pharaonique

La création du nouveau centre Emys était nécessaire. Car aujourd’hui, l’ancien accueille plus de 1700 tortues, sur seulement 500m2. «Il y en a partout et nous ne savons plus où les mettre», précise Jean- Marc Ducotterd, qui consacre environ vingt heures par semaine à ces reptiles, en plus de son travail à plein temps comme chef du service du développement durable de la Commune d’Orbe. Il a donc réfléchi et conçu les plans de l’extension sur le dernier terrain constructible du site du Grand Pâquier, à Chavornay. Et il a vu très grand : deux bassins de 170m3 chacun, 700m2 de serres chauffées et 2000m2 de terrain parsemé d’une douzaine d’enclos. Une fois achevé, le centre pourra héberger jusqu’à 5000 tortues.

Malgré un arrêt de six mois dû à une mauvaise météo, le chantier devrait être terminé d’ici le mois d’août. Toutefois, le transfert des tortues aura lieu le 28 avril prochain en présence des donateurs.

Manque d’argent paralysant

Ce projet a également un coût important : 2 millions de francs. Aujourd’hui, Jean-Marc Ducotterd a réussi à récolter 1,2 million, dont 5000 du canton et 80 000 de dons des particuliers. «Ça fait chaud au coeur de voir autant de monde se mobiliser. Par contre, la contribution du Canton, c’est un petit peu du foutage de gueule», confie-t-il avec émotion. Car son association est régulièrement appelée pour récupérer les animaux saisis par les autorités. Pourtant, elle ne reçoit aucune aide des services publics. «Ils me disent souvent que je suis le seul en Suisse, qui peut les prendre. Les zoo et les parcs sont saturés», poursuit-il. Alors il essaie de négocier pour obtenir un soutien. Mais s’il ne trouve pas rapidement 300 000 francs, le chantier du bâtiment principal, débuté en janvier dernier, devra être stoppé.

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Christelle Maillard