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Cap sur le Léman à bord d’un avion fait maison

20 août 2018 | Edition N°2313

Yverdon-les-Bains – La Région Nord vaudois s’est glissé à l’intérieur d’un Kitfox IV, un petit aéronef construit par Vincent Ruchet, lors du Fly-IN, le rendez-vous des inconditionnels de l’aviation, qui a eu lieu ce week-end. Sensations garanties.

Vincent Ruchet a effectué son premier vol avec le Kitfox IV en 2010. Avec 400 heures au compteur, il a déjà volé plus de 4000 km en Suisse et à l’étranger. © Gabriel Lado

Un ciel sans nuage à l’horizon. C’est un détail qui a toute son importance si l’on n’est jamais monté à bord d’un avion construit sur la base d’un kit préfabriqué. Baskets aux pieds, je m’approche avec une certaine appréhension d’Olivier Millioud, président du comité d’organisation du Fly-IN, une manifestation qui réunit des amateurs de la construction aéronautique et qui s’est déroulée de vendredi à hier à l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains.

«La construction de ce type d’aéronefs, c’est un peu comme le principe d’une boîte de Lego, puisqu’on assemble des pièces préfabriquées, et le tour est joué», déclare le trentenaire, qui tente tant bien que mal de me rassurer. Une carte aéronautique entre les mains, Olivier Millioud m’explique comment sont configurés les espaces aériens en Suisse. «On essaie d’éviter des zones géographiques comme Zurich ou Genève», ajoute-t-il, avant de me présenter le fameux bolide bleu aux hélices rouges à bord duquel on va parcourir le plateau. «Avec le Kitfox IV, par exemple, nous allons survoler à vue jusqu’à 19 500 pieds (ndlr: 6000 mètres). Même s’il est moins rapide que les autres appareils de ce type, sa vitesse de croisière peut atteindre 170 km/h.» 

«Quelle destination m’as-tu prévue?», lance Vincent Ruchet, le pilote qui a conçu l’appareil à partir d’un kit de fabrication. «Tout dépend du bon vouloir de Madame», répond Olivier Millioud. Cap sur le Léman.

Prête à décoller

Attachée, le casque sur les oreilles et les lunettes sur le bout du nez, je sens l’adrénaline monter petit à petit. Après avoir remonté la piste, Vincent Ruchet attend encore trois minutes avant de décoller. «Il faut que le moteur chauffe», indique-t-il tout en vérifiant son tableau de bord.

Puis, peu à peu, le petit aéronef prend de la vitesse et, sans s’en rendre compte, voilà que nous sommes déjà dans les airs. Avant d’obliquer en direction du Léman, nous apercevons encore l’Air-Club et la capitale du Nord vaudois. Avec une certaine émotion, on voit les villages défiler: Ependes, Essert-Pittet, Chavornay, Bavois.

«Je vous rassure tout de suite, avec ce type d’appareils, on ne peut pas faire des acrobaties comme on veut. Les règles sont strictes», glisse Vincent Ruchet. C’est à la suite d’une grave maladie que celui-ci a décidé de réaliser son rêve d’enfant. «Mes proches étaient un peu étonnés lorsque je leur ai annoncé que je voulais passer ma licence de pilote. Ils m’ont carrément pris pour un fou quand j’ai décidé de construire mon propre avion.»  

Le Léman apparaît enfin dans toute sa splendeur. De Lausanne à Morges, nous côtoyons les eaux turquoises du lac. «Pour moi, l’aviation offre un sentiment de liberté incroyable», confie le pilote.

Sur le chemin du retour, nous prenons un peu d’altitude pour survoler les crêtes jurassiennes. Nous nous approchons de la Cité du fer, et là l’avion se met à trembler à cause d’une bulle d’air chaud située juste en-dessous. «Ça arrive souvent par ici, mais j’ai vu pire. Quoiqu’il arrive, il faut voler jusqu’au bout et savoir se remettre en question à chaque fois.» Avant d’atterrir, le pilote se concentre encore une dernière fois. Arrivée à bon port, je sors de la cabine avec des étoiles plein les yeux et prête pour un second tour.

Valérie Beauverd