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«C’est un avion unique au monde»

7 août 2018 | Edition N°2304

Ependes – Olivier Millioud a fabriqué son engin volant de A à Z. En cours de réparation, il sera présenté du 17 au 19 août lors d’un rendez-vous réunissant des constructeurs amateurs d’aéronefs, comme lui.

Olivier Millioud a hâte. L’an prochain, Andromède devrait être prêt pour reprendre le chemin des airs. © Michel Duperrex

Le rêve d’Olivier Millioud a été quelque peu écorné sur la piste de l’aérodrome de Pontarlier, en 2014. Le trentenaire s’apprêtait à s’envoler pour un week-end en amoureux en France à bord d’Andromède, son avion 100% fait maison, assemblé pièce par pièce à force de patience et de détermination. Une bourrasque, un tête-à-queue, une sortie de piste: le train d’atterrissage y avait laissé des plumes. «J’étais au fond du bac, concède l’habitant d’Ependes. C’était la deuxième fois que je volais vers l’étranger.» Depuis, Andromède dort dans le hangar de sa maison. Mais il devrait bientôt retrouver un nouveau souffle, puisqu’Olivier Millioud compte bien achever les réparations d’ici à la fin de l’année. Et l’avion affichera ses courbes blanches et orange lors du Fly-IN organisé à l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains, les 17, 18 et 19 août, qui réunira une soixantaine de constructeurs amateurs d’aéronefs.

Une licence en parallèle

Comme Olivier Millioud, ils sont nombreux, ces passionnés qui n’hésitent pas à consacrer tout leur temps libre à la construction d’un aéronef acheté en kit ou fabriqué sur la base de plans préétablis. Mais ce qui fait la particularité du Nord-Vaudois, c’est qu’il est parti de zéro, ou presque, sans mesurer l’ampleur de la tâche.

Son histoire d’amour avec Andromède a démarré en 2007, lorsque l’étudiant HES en génie mécanique qu’il était se cherchait un sujet de diplôme. C’est là qu’il avait repris en vol le projet d’avion amorcé par Alain Borgeaud, qui avait réalisé la base du fuselage et les ailes. Si son sujet de diplôme concernait uniquement l’aile de l’engin, Olivier Millioud a décidé, une fois son travail rendu, de finir le prototype inspiré du Cherry de Max Brändli et du Lancair. Il a refait tous les plans et les calculs, avant de se jeter corps et âme dans une tâche titanesque qui l’a occupé durant plus de 5000 heures et qui lui a coûté environ 60 000 francs. «Quand on se lance, on ne se rend pas compte de ce que cela représente, confie-t-il. Mais c’est passionnant et j’ai appris énormément!» Mécanique, électricité, menuiserie, peinture, carrosserie: il a tout fait, sauf le moteur et l’hélice, en se formant sur le tas. En parallèle, il a passé sa licence internationale de pilote privé.

Le 8 mai 2012, Andromède était fin prêt pour son premier vol, réalisé par un pilote d’essai. Quelques jours plus tard, c’est son concepteur qui prenait les commandes pour un moment unique: «C’était extraordinaire. C’est difficile à décrire car il y avait en même temps la réjouissance et un peu de crainte, étant donné que c’était l’inconnu. C’est le seul avion de ce type au monde», confie Olivier Millioud, qui assure qu’«il a un comportement très sain en vol. Le seul problème, c’est celui de la roulette de queue», celle-là même qui a été à l’origine de l’incident de 2014. «Tous les avions à roulette de queue ont ce souci», poursuit le constructeur qui, depuis, a modifié le train d’atterrissage.

Désormais, le Nord-Vaudois, qui est également municipal à Ependes, n’attend plus qu’une chose: renouer avec la sensation unique de voler avec son propre avion: «C’est incomparable: j’en connais chaque millimètre carré!» 

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Carte d’identité

Andromède, le prototype d’Olivier Millioud, pèse 296 kilos à vide et 540 kilos au maximum, avec le pilote, un passager, le plein de carburant et des bagages.

Il fonctionne avec de l’essence pour voiture et présente une autonomie de huit heures: «Je peux aller jusqu’à Hambourg sans faire le plein», image son concepteur. Une fois dans les airs, cet engin de 80 chevaux peut voler à plus de 200 km/h. Andromède est unique au monde, mais si son propriétaire avait dû acheter un avion similaire sur le marché, il estime qu’il aurait dû débourser entre 150 000 et 200 000 francs.

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Du temps et de l’huile de coude

L’aviation expérimentale impose de construire au moins 51% de l’engin. Certains acquièrent des avions préfabriqués en kit, d’autres des plans. Les plus téméraires partent de zéro et font tout eux-mêmes. Tous sont suivis par un conseiller de construction agréé. Une fois l’avion terminé, plusieurs séries de tests sont imposées par l’Office fédéral de l’aviation civile avant de pouvoir se lancer dans les airs. «Tout ce que nous faisons est protocolé», insiste Olivier Millioud. Le Fly-IN d’Yverdon est organisé par le Réseau du sport de l’air – Région lémanique, qui est présidé par Olivier Millioud. Venus de Suisse mais également de l’étranger, une soixantaine de constructeurs amateurs d’aéronefs présenteront leurs engins, du 17 au 19 août à l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains. Le public pourra même faire un vol et piloter un avion du club, assisté d’un instructeur, le samedi de 9h30 à 12h et de 13h à 16h.

Caroline Gebhard