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Chloé Vaucher, spécialiste de la pluralité

23 mai 2019 | Edition N°2504

Pentathlon moderne: l’Yverdonnoise de 23 ans s’est éprise de l’épreuve pluridisciplinaire il y a un peu plus d’une année. Au point d’y mettre tout son cœur et d’y consacrer une grande partie de son temps.

Elle est curieuse, Chloé Vaucher. Alors, lorsqu’on lui a suggéré d’essayer le pentathlon moderne, cela l’a titillée. Une année plus tard, l’Yverdonnoise, cavalière depuis toute petite et triathlète depuis ses 20 ans, fait déjà partie des cadres nationaux de sa nouvelle discipline.

«J’avais envie de pratiquer un sport dans lequel le temps que j’investis, on ne peut pas me l’enlever», déclare d’emblée l’étudiante en sciences du sport de l’Université de Lausanne. Par là, la sportive entend une discipline où, contrairement à l’équitation, elle ne doit pas reprendre de zéro après avoir dû changer de monture, comme cela arrive lorsqu’on n’est pas propriétaire.

Un accueil apprécié

Elle s’est ainsi renseignée sur le pentathlon moderne sur internet et n’a pas hésité à contacter la coach nationale, qui lui a proposé de venir essayer et lui a prêté le matériel pour l’escrime et le tir. Deux mois plus tard, la dernière arrivée prenait part à ses premiers Championnats de Suisse. «J’ai fini en queue de classement, mais pas dernière!» De quoi la faire abandonner? «Je ne me suis même pas posé la question», reconnaît celle qui a été reçue à bras ouverts dans son nouveau milieu. «Il y peu de pratiquants, mais tout de même plus que ce que l’on croit. C’est une petite fédération avec pas mal de jeunes. On connaît vite tout le monde et, surtout, les gens étaient contents de m’accueillir.»

La Nord-Vaudoise hyperactive et déterminée s’est vite prise au jeu, a participé à des week-ends d’entraînement et a passé des tests pour intégrer les cadres nationaux. Ses progrès, notamment ceux réalisés en escrime, spécialité qu’elle découvrait totalement, ont été à la hauteur de sa détermination. «Il faut vraiment que je travaille la natation. C’est la discipline la plus ingrate: du moment où on fait une pause d’une semaine, on le paie immédiatement, assure celle qui s’épanouit dans cette stimulante pluralité sportive. De façon générale, les efforts sont orientés sur du demi-fond, tout en requérant de l’explosivité.»

Désormais, la pentathlonienne de 23 ans mène son quotidien au gré de ses cours à l’Unil et de ses sports, dans les rangs du Tryverdon, du Cercle des nageurs d’Yverdon-les-Bains, du Cercle des armes de Lausanne et de l’écurie des Berchères, à Malapalud. «Quant au tir au pistolet laser, je m’exerce seule à la maison.» Autant de disciplines distinctes dans lesquelles elle continue de concourir ou envisage de s’y mettre. Le meilleur moyen de devenir une excellente généraliste.

 

 

«La sixième discipline, c’est de savoir s’organiser»

«Il est peu fréquent de croiser quelqu’un qui sache ce qu’est le pentathlon moderne. Les gens sont souvent interloqués par la diversité des sports et me demandent comment je fais pour m’entraîner dans toutes ces disciplines.» Oh, Chloé Vaucher, qui parfait ses talents dans chaque spécialité trois à quatre fois par semaine, a une réponse toute prête: «La sixième discipline du pentathlon moderne, c’est de savoir s’organiser.»

Épreuve constituée de cinq disciplines, le pentathlon moderne a été inventé par le baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques modernes. La discipline est calquée sur les efforts d’un soldat de cavalerie: il doit monter un cheval inconnu, combattre avec un pistolet et une épée, nager et courir.

Concrètement, la compétition se déroule en une journée où les épreuves s’enchaînent: en escrime, tous les concurrents s’affrontent en une touche à l’épée; l’épreuve de natation est un 200 m nage libre; en équitation, chaque athlète prend part à un parcours de saut d’obstacles sur un cheval tiré au sort; enfin, depuis 2014, les débats se terminent par un laser run, parcours combinant la course à pied et le tir au laser (auparavant, les deux disciplines étaient pratiquées séparément) sur une distance de 3200 m avec quatre séquences de tir à 10 m (il faut toucher cinq fois la cible pour reprendre la course). Les concurrents s’élancent dans un intervalle établi par les points obtenus dans les épreuves précédentes. Le premier à franchir la ligne d’arrivée remporte le pentathlon.

 

 

Cinq années avant les Jeux olympiques de Paris

Jeune femme décidée, Chloé Vaucher n’est pas non plus du genre à user de la langue de bois lorsqu’elle évoque ses ambitions. «Il faudra voir mon évolution (ndlr: elle va peut-être déjà participer à des épreuves de Coupe du monde l’an prochain), mais je rêve de pouvoir participer aux Jeux olympiques de Paris, en 2024.»

Pour matérialiser ses desseins, l’Yverdonnoise se dit prête à faire de nombreuses concessions. Encore jeune, elle estime que l’objectif n’est pas hors de portée: «Pour l’heure, je progresse vraiment vite et, s’il le faut, je prendrai une année sabbatique pour me donner une chance.»

Un discours qu’elle assume totalement, avec une belle franchise et une fraîcheur bienvenue: «Qu’ils l’admettent ou non, participer aux JO constitue le rêve de tous les sportifs qui s’entraînent en conséquence. Pour ma part, je suis compétitrice et j’ai besoin d’objectifs.» Elle a choisi le plus grand de tous.

Depuis la fin 2018, Chloé Vaucher a déjà participé à trois épreuves internationales. Les deux dernières en date, à Barcelone et à Berne durant le mois de mars, lui ont permis de décrocher deux top 15. La pentathlonienne de l’équipe de Suisse, qui a officiellement intégré la sélection en début d’année, a surtout amélioré ses performances dans chaque discipline.

Des résultats qui lui donnent envie de décrocher une médaille aux prochains Championnats de Suisse, qui auront lieu en début d’été dans la capitale fédérale. L’objectif sera également de pouvoir participer aux Championnats du monde universitaires de 2020.

 

 

Manuel Gremion