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Dans le quotidien des femmes de sportifs

12 mars 2019 | Edition N°2454

Nord vaudois – Si les célèbres WAGs des footballeurs font chaque semaine la «une» des tabloïds britanniques, la vie de la grande majorité des épouses et amies des athlètes se fait loin des paillettes, bien que particulière. Vanessa Wyss, Cassandre Beaugrand et Céline Savoy, compagnes de Danilo Wyss, Sylvain Fridelance et Raoul Savoy, témoignent.

Vanessa Wyss trouve son équilibre dans le yoga, dont elle dispense des cours pour petits et grands à Estavayer-le-Lac. © Carole Alkabes

«Je m’étais dit que je ne voulais plus d’un petit copain qui était tout le temps loin.» Et pourtant, voilà bientôt douze ans qu’elle partage sa vie avec un cycliste professionnel. Vanessa Wyss se retrouve seule à la maison, à Estavayer-le-Lac, près de 200 jours par an, tandis que Danilo Wyss arpente les routes du monde entier sur sa machine à pédales. «Il n’est généralement absent que quelques jours, mais lors des grands tours, il s’en va durant un mois. Ça devient alors vraiment long, ce d’autant plus qu’à présent, les enfants (ndlr: de 6 et 7 ans) se rendent compte que papa n’est pas là, raconte l’épouse de l’Urbigène. Pour tout dire, on a même fini par provoquer la naissance de Liam, le deuxième, qui tardait à venir, car Danilo avait déjà manqué deux courses. Il a assisté à l’accouchement, puis a dû partir. Le lendemain, je le suivais à la télévision depuis la maternité.

La bonne énergie

Vanessa Wyss l’admet volontiers: une vie normale n’aurait pas été pour elle. Enseignante à temps partiel à l’école primaire, elle a besoin de bouger et d’avoir un tas de choses à faire pour nourrir son esprit. Plus jeune, elle a entrepris de longs voyages sac au dos, en Australie, dans le sud de l’Europe ou encore au Mexique. «Je suis assez indépendante, glisse-t-elle. L’an prochain, pour mes 40 ans, je prévois de partir toute seule en Inde durant quelques jours.»

Le parfait équilibre, elle l’a trouvé dans le yoga, il y a cinq ans. Cette discipline, elle n’aurait jamais imaginé qu’elle lui convienne, plutôt habituée à dépenser son énergie dans l’effort. «Ça m’a fait énormément de bien», affirme celle qui a ouvert en septembre dernier son studio de yoga pour petits et grands, dispensant ses cours lorsque ses propres enfants sont à l’école. Elle s’affaire, en plus, à introduire la pratique dans les classes.

Chez les Wyss, il y a deux rythmes. Celui qui prévaut lorsqu’il est absent, en course ou en camp d’entraînement, et celui quand le cycliste de Dimension Data est à la maison. «Le plus dur, ce sont les moments de transition, lorsqu’il arrive ou repart. Une fois qu’il est là, par contre, on en profite pour passer un maximum de temps ensemble, apprécie sa compagne. Toute l’organisation est un peu plus simple et, surtout, je me sens relâchée.» D’un coup, le poids des responsabilités est partagé. Le contraire du linge et des assiettes, dont le grammage augmente drastiquement: «Je fais alors trois fois plus de lessives et le double à manger que ce que je prépare normalement, se marre-t-elle. Parfois, j’aimerais bien qu’il laisse des restes!»

La famille

Les vacances sont un autre moyen de passer du temps en famille. Les Wyss sont déjà partis à quelques reprises tous ensemble durant cinq à sept semaines en Australie pendant la préparation hivernale. «La dernière fois, il y a une année, on en a même profité pour échanger par vidéo avec les classes de nos enfants.»

Au quotidien, Vanessa Wyss jongle. Entre ses responsabilités familiales, sa vie professionnelle et ses passions. «J’ai la chance de pouvoir compter sur des parents et beaux-parents très disponibles, toujours prêts à aider», glisse la maman, qui s’occupe aussi de tenir à jour le site web de son cycliste de mari. Car elle est aussi sa première fan.

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«Sylvain et moi nous comprenons parfaitement»

Sylvain Fridelance et Cassandre Beaugrand profitent de s’entraîner ensemble lorsque leur emploi du temps respectif le permet. ©DR

La même passion et un amour réciproque. Cassandre Beaugrand et Sylvain Fridelance ont la particularité d’être en couple et tous les deux triathlètes au plus haut niveau. De quoi leur permettre de partager bien plus que de longs regards sur le canapé du salon lorsqu’ils sont l’un chez l’autre, eux qui se sont rencontrés il y a bientôt deux ans. Sur le circuit, bien évidemment. «Le fait de pratiquer le même sport au même niveau nous permet de nous comprendre parfaitement. Nous partageons le même quotidien. C’est un sacré avantage», estime, convaincue, la médaillée de bronze des Championnats d’Europe de l’été dernier, par ailleurs titrée la même semaine en relais mixte avec la France… devant la Suisse de son chéri.

Si la sportive de 21 ans passe le plus clair de son temps à Montpellier, elle ne manque pas de venir rejoindre parfois son homme à Saint-Barthélemy, dans le Gros-de-Vaud. «J’aime bien m’y rendre, mais compte tenu du climat plus clément au sud de la France, surtout en période hivernale, c’est plus souvent lui qui me rejoint, raconte la multiple championne de France. Lorsqu’on ne se retrouve pas en plein entraînement, on passe la majeure partie de notre temps sur Netflix ou en ville.»

Une vie de voyages

La vie à deux est moins évidente en compétition. Tandis que Cassandre Beaugrand a posé ses valises à Singapour et à Abu Dhabi ces dernières semaines, le fer de lance du Tryverdon a repoussé le début de sa saison pour se remettre d’un bobo. «Il est compliqué de passer du temps ensemble en compétition. Les jours avant la course, on se croise, mais chacun reste dans sa bulle et avec sa propre fédération, relève-t-elle. On profite pour se retrouver une fois que l’épreuve est terminée, et c’est encore mieux si elle a été réussie pour tous les deux.»

Les tourtereaux apprécient aussi de la coupure de fin d’année pour partir en vacances ensemble, avant la reprise des efforts. «La première année, nous sommes allés à Mykonos et notre dernier voyage était en Islande.»De quoi partager aussi hors du contexte sportif.

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«La globe-trotteuse, c’était moi»

Après des années d’aventures en Afrique, Céline Savoy a retrouvé son pied-à-terre à Sainte-Croix. © Carole Alkabes

«Raoul, je le voyais bien passer sa vie à Sainte-Croix avec sa bande de potes. Des deux, à la base, c’était moi la globe-trotteuse.» Alors naturellement, lorsque son mari lui a fait part de sa volonté de partir en Afrique pour lancer sa carrière d’entraîneur de football, Céline Savoy n’a pas hésité. «Pour moi qui adore voyager, c’était même une opportunité en or», sourit celle qui s’était déjà lancée dans deux voyages humanitaires, en Asie et en Afrique. Au total, le couple, aujourd’hui de retour dans son village, aura passé une dizaine d’années entre le Cameroun, le Maroc et le Swaziland, entre autres.

«J’ai connu la faim»

Le départ pour Yaoundé, où tout a commencé, c’était en 2002. «On avait fait l’erreur de tout laisser derrière nous. On n’avait gardé aucun point de repli en Suisse, rien. On a vite compris que le système africain, ce n’était pas celui qu’on avait toujours connu. Le salaire qui tombe tous les 25 du mois, là-bas, ça n’existe pas», explique Céline Savoy.

Elle poursuit: «En fait, en Afrique, il y a des périodes d’abondance et des périodes où rien ne rentre, c’est comme ça. Au fil des années, on a appris à s’y faire. Mais au début, on ne savait pas comment gérer ça. Au Cameroun, je l’avoue sans honte, j’ai connu la faim. Ça paraissait inimaginable pour nous qui avions grandi en Suisse.»

Si bien que Céline Savoy est devenue redoutée parmi les hautes instances du pays. «Comme j’étais assez exposé du fait de ma fonction, je côtoyais certaines personnes importantes, indique Raoul. Moi, j’étais plutôt du genre à essayer de trouver des compromis. Céline, elle, ne se posait pas de questions. Elle prenait le téléphone et engueulait la personne au bout de fil, quel que soit son rang, pour revendiquer ce à quoi on avait droit. Et sachant que les femmes ne sont pas vues tout à fait de la même façon en Afrique et en Suisse, ça avait le mérite de surprendre.»

Mais du coup, à quoi ressemblait le quotidien d’une femme d’entraîneur dans un pays étranger? «Disons que, même quand je suis physiquement seule, ce qui a souvent été le cas en Afrique, je ne me sens jamais comme telle. Je trouve toujours le moyen de m’occuper.» A Yaoundé, le couple s’était notamment lié d’amitié avec le conseiller du président de la République. «On le fréquentait vraiment souvent. Si bien que j’avais fini par devenir son chauffeur attitré», se souvient-elle.

Le foot, très peu pour elle

Les matches de son mari pour passer le temps, par contre, très peu pour elle. «J’en avais vu un: le derby de Yaoundé entre le Tonnerre et le Canon. Ça m’avait suffi. Le monde, la pression: c’était un match à haut risque. Ce jour-là, Raoul s’était fait escorter, d’ailleurs. J’assistais plutôt aux entraînements. Dans ces moments, les gens sont plus calmes, posés. Le football ne m’intéresse absolument pas. Le côté humain derrière le joueur, par contre, beaucoup plus.» Ainsi, si Céline Savoy n’est pas une grande interlocutrice de son homme lorsque celui-ci parle terrain ou résultats, elle devient une oreille attentive quand il est question de problématiques plus personnelles.

«A l’étranger, je l’appelais ma mise à terre, sourit celui qui est aujourd’hui sélectionneur de la Centrafrique. Elle était très forte pour faire redescendre les émotions après mes matches. Sur le chemin du retour, je refaisais la rencontre dans tous les sens. Et une fois le pas de la porte franchi, elle m’attendait, et on passait à autre chose.»

Manuel Gremion et Florian Vaney

Rédaction