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Décès du célèbre cuisinier du Sentier

9 juillet 2015

Vallée de Joux – Le chef étoilé s’en est allé, hier matin, des suites d’un malaise subi alors qu’il faisait du vélo. Ces amis rendent hommage à un ambassadeur de sa région et de son pays qui, malgré la reconnaissance, a su rester humble.

Philippe Rochat appréciait particulièrement le pain au levain de son ami Roland Brouze, boulanger à Vallorbe (à dr.). DR

Philippe Rochat appréciait particulièrement le pain au levain de son ami Roland Brouze, boulanger à Vallorbe (à dr.).

La triste nouvelle a gagné tout le pays, hier après-midi. Le chef étoilé Philippe Rochat est décédé, hier matin, des suites d’un malaise, alors qu’il faisait du vélo à Cheseaux-sur-Lausanne. L’émotion a, en particulier, envahi la région de la vallée de Joux. A l’instar de l’équipe de l’Hôtel des Horlogers, au Brassus, pour lequel le cuisinier était consultant, mais également un ami. «Tout le monde est très touché par la nouvelle, et ça se ressent dans l’ambiance. En cuisine, mais pas seulement», indique le directeur Nicolas Frey.

Celui qui avait succédé à Frédy Girardet à l’Hôtel de Ville de Crissier était, en effet, né au Sentier, en 1953. Dans une région qu’il chérissait et qu’il aimait fréquemment retrouver. «Quand il nous rendait visite, il rencontrait toujours, au café, des gens avec qui il avait été à l’école. Il aimait la Vallée et venait y faire du vélo», évoque avec difficulté Nicolas Frey.

Le chef de l’Hôtel des Horlogers, Rudy Pacheco, a bénéficié des conseils de l’ami de la maison. DR

Le chef de l’Hôtel des Horlogers, Rudy Pacheco, a bénéficié des conseils de l’ami de la maison.

«C’est toute la région qui est en deuil, regrette son ami Olivier Blanc, directeur du Juraparc, à Vallorbe, en cherchant ses mots. C’était un grand travailleur, un passionné et un perfectionniste. Le détail, c’est ce qui avait de plus important pour lui.»

«C’était un ambassadeur de notre région, de notre canton et de la Suisse tout entière. Plein d’humilité, car les honneurs l’emmerdaient un peu», lâche le boulanger de Vallorbe Roland Brouze, qui ne parvenait pas à trouver le sommeil, hier après-midi, après une nuit de travail. Les deux hommes ont partagé plus de trente ans d’amitié et ont participé à l’aventure Swissair. «Philippe Rochat a été appelé par la compagnie aérienne pour s’occuper des repas de la première classe, en 1998 ou en 1999, et il servait mes flutes au beurre», se remémore celui qui livrait, chaque vendredi, son pain au chef retraité.

L’éditeur et rédacteur en chef Philippe Dubath avec le cuisinier, à l’occasion de la sortie du Guide des meilleures tables du pays, en 2011. © Raposo -a

L’éditeur et rédacteur en chef Philippe Dubath avec le cuisinier, à l’occasion de la sortie du Guide des meilleures tables du pays, en 2011.

«Trois ans seulement qu’il profitait de sa retraite. Il avait une hygiène de vie incroyable et un physique de jeune premier. C’est injuste qu’il nous quitte à 61 ans», déplore Philippe Dubath, éditeur et rédacteur en chef du magazine Plaisirs Gastronomie et Voyages, qui a collaboré à de nombreuses reprises avec celui qui est devenu un ami. «Je me souviens encore quand il est arrivé en vélo à Féchy. Nous avions réuni Freddy Girardet, Gérard Rabaey et Philippe Rochat lorsque nous avions repris l’édition du magazine. C’était un moment particulier», se souvient-il en ayant une pensée très forte pour Laurence Rochat, la compagne du célèbre cuisinier.

«Ce sont des choses qui font du mal: voir partir quelqu’un que l’on a eu à son service, à qui on a remis son savoir. C’est la personne avec laquelle j’ai été le plus proche en cuisine. Nous avons passé seize ans ensemble», indique l’ancien chef de l’Hôtel de Ville à Crissier, Frédy Girardet.

 

Brève biographie

A 14 ans, Philippe Rochat a commencé un apprentissage de cuisinier au Buffet de la Gare de Romont. Après avoir travaillé pour plusieurs restaurants, il arrive sous les ordres de Frédy Girardet en 1980, au restaurant de l’Hôtel de Ville à Crissier, puis il le reprend en 1996. Le restaurant a été auréolé de trois étoiles au Michelin et d’un 19 sur 20 au Gault et Millau. En 2008, le Conseil d’Etat l’a distingué du Mérite cantonal vaudois, avant qu’il ne transmette le flambeau à Benoît Violier, en 2012.

Muriel Aubert