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Dénoncé pour avoir tenté de sauver ses bêtes

31 octobre 2017 | Edition N°2113

Chanéaz – A la suite de la récente dénonciation de la Fondation Mart concernant des porcs blessés dans une porcherie, les agriculteurs accusés nous ont ouvert leurs portes et donné leur version, tout comme le vétérinaire cantonal

Contrairement à ce qui a pu être vu dans d’autres porcheries vaudoises, les cochons de Chanéaz peuvent profiter du soleil depuis leur box. ©Michel Duperrex

Contrairement à ce qui a pu être vu dans d’autres porcheries vaudoises, les cochons de Chanéaz peuvent profiter du soleil depuis leur box.

La fondatrice de la Fondation Mart, qui avait déjà dénoncé, il y a quelques mois, l’affaire Annen, est entrée, caméra au poing, dans la porcherie de Chanéaz, samedi dernier. «Ma première impression était que je n’avais jamais vu une porcherie aussi bien tenue, avoue Kate Amiguet, qui s’était rendue sur place à la suite de dénonciations. Mais quand j’ai regardé à droite, j’ai compris que ce n’était pas une fausse alerte.» Elle s’est approchée du box dit «d’infirmerie», où trois porcs étaient parqués : l’un avait un abcès sur une cuisse, l’autre un problème d’articulation, et le dernier, un porcelet, présentait une défaillance neurologique. Elle a alors filmé ces animaux, avant de contacter le vétérinaire cantonal. La réalisatrice a posté, dimanche dernier, la vidéo sur Internet en y ajoutant un texte dans lequel ressort les mots suivants : «nouveau scandale», «souffrance et cannibalisme à Chanéaz», ou encore «maltraitance». L’information a très vite fait le tour des médias, entraînant une déferlante de messages à l’encontre des responsables de ladite porcherie. Face à la tournure que prenait l’affaire, les propriétaires ont mandaté une avocate, maître Anne-Laure Simonet : «La famille s’est sentie injustement accusée et dévalorisée par cette démarche.»

 

Images hors contexte

 

Marc-André fait partie de la troisième génération de Bovey à s’occuper de porcs. Un travail qui lui tient à coeur. ©Michel Duperrex

Marc-André fait partie de la troisième génération de Bovey à s’occuper de porcs. Un travail qui lui tient à coeur.

«Nous ne contestons pas la véracité de la vidéo, hormis le fait qu’il n’y a jamais eu de scène de cannibalisme, mais elle est sortie de son contexte, précise Anne-Laure Simonet. C’est vrai que deux porcs étaient dans un état critique et mon client songeait sérieusement à les euthanasier. Mais on ne peut pas lui reprocher de garder espoir pour que ses bêtes, qui étaient en traitement, finissent par guérir.»

Quand on approche la porcherie de Chanéaz, c’est vrai qu’elle ne ressemble en rien à celles récemment pointées du doigt : les box sont ouverts sur un parc extérieur, les porcs bronzent au soleil et ils ont de la place. Porcher de père en fils depuis trois générations, l’agriculteur du Gros-de-Vaud est labellisé IP Suisse et peut accueillir 520 cochons au total, mais n’atteint jamais ce quota. «Le vétérinaire cantonal est passé inopinément, le 26 septembre, et tout était en règle, poursuit l’avocate. Il n’y a rien d’incongru à ce que des animaux soient blessés, mais ils étaient soignés et séparés du cheptel, comme l’exige la loi.» Pour Kate Amiguet, cela ne suffisait pas : «L’éleveur peut dire ce qu’il veut, il a laissé souffrir ces animaux durant plusieurs semaines.»

 

Ministère public interpellé

 

Quant au vétérinaire cantonal, il reste mitigé, mais estime qu’il y a bel et bien eu une infraction : «Lorsque je suis passé en septembre, les porcs étaient correctement pris en charge, mais l’éleveur a peut-être fait une évaluation inappropriée de la mesure à prendre, car deux des trois bêtes auraient dû être euthanasiées plus tôt. Mais on est à la limite du système, car l’environnement est vraiment plus que bien», précise Giovanni Peduto, qui a immédiatement ordonné l’abattage des trois bêtes.

Le dossier sera transmis prochainement au Ministère public, qui décidera s’il y a eu, oui ou non, une infraction.

Christelle Maillard