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Des ange-gardiens aux portes du pénitencier

23 décembre 2019 | Edition N°2651

Orbe – La fondation REPR et ses bénévoles viennent en aide aux familles de détenus. C’est notamment le cas dans les établissements de la plaine de l’Orbe. Une activité qui bouleverse les préjugés liés au monde carcéral.

Marion et Merlin, ce sont les visages bienveillants que rencontrent plusieurs familles de la région avant de se rendre dans un lieu peu rassurant: la prison. Les deux jeunes sont bénévoles au sein de la fondation Relais enfants parents romands (REPR), une organisation qui a pour but d’apporter un soutien aux proches de détenus, en facilitant par exemple leur transport jusqu’au pénitencier ou en les aidant à résoudre des problèmes administratifs. REPR agit dans l’ensemble de la Suisse romande. Depuis sa création, en 2012, c’est aussi le cas dans les Établissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe (EPO), où Marion, Merlin et deux autres bénévoles se mettent à la disposition des familles.

C’est à la gare de Chavornay que les deux jeunes rencontrent tous les mercredis et les vendredis après-midi les familles des détenus. Plus qu’un simple trajet, cette course en minibus permet au binôme d’établir un contact avec leurs passagers. «Nous avons une caravane postée devant la prison de La Croisée, mais c’est dans le bus que la majorité des discussions ont lieu», constate Marion. Sa tactique pour lancer la conversation? La météo: «Une fois que les passagers sont à l’aise, certains s’ouvrent et le trajet n’est parfois pas assez long pour tout se dire!» Et Merlin de reprendre: «L’idée est de rassurer les proches. Nous essayons d’être une présence bienveillante pour ces personnes. Lorsqu’on visite quelqu’un en prison, il y a du stress, surtout au début.»

Des profils différents

Écouter l’autre, Merlin sait faire, puisque celui qui a rejoint l’équipe de REPR en avril 2018 est éducateur. «Durant mes études, j’avais déjà entendu parler de la fondation, confie-t-il. Mais ce n’est que quelques années plus tard, en lisant un article sur le sujet, que je me suis engagé.»

En revanche, rien ne prédestinait Marion, qui travaille comme employée de commerce, à s’occuper de familles de détenus. Pourtant, après seulement trois mois au sein de REPR, la jeune femme est déjà extrêmement à l’aise dans ce nouvel environnement. «L’idée que je me faisais de la prison, c’était un univers très glauque, raconte-t-elle. Mais je ne l’ai jamais ressenti une fois sur place. J’aime beaucoup parler aux gens et je suis très sociable, donc c’est une activité qui me convient bien. Je n’ai pas hésité une seconde lorsqu’une connaissance m’a dit que la fondation recherchait des bénévoles.»

Deux profils bien différents, ce qui ravit Loraine Kehrer, responsable du programme Info familles de la fondation. «On le voit, il n’y a pas de bénévole type, se réjouit la membre de REPR. Et ça tombe bien, parce que la famille de détenu standard n’existe pas non plus.»

«Sans REPR, je n’aurais pas pu venir»

À Orbe, le trajet en minibus n’est pas qu’un agréable bonus. À l’écart de la ville, la prison n’est pas accessible en transports publics. Pour les proches qui ne sont pas motorisés, deux options: le taxi ou une longue marche. En proposant une navette gratuite, REPR permet ainsi de pallier ce problème. «Je suis très reconnaissante de ce qui a été mis en place par REPR, annonce Pierrette*, dont l’ami est en détention à Orbe. Sans ces navettes, je n’aurais pas pu rendre visite à mon compagnon à plusieurs reprises.» Pierrette note également la bienveillance des bénévoles: «Le moment le plus difficile, c’est quand on sort. Une heure, ça passe tellement vite. Du coup, quand la visite se termine, on pense beaucoup… Voir des personnes souriantes avant de quitter le site fait du bien. Ça permet de ne pas trop ressasser. Ils sont vraiment aux petits soins pour nous.»

Un sujet qui reste tabou

Si les bénévoles donnent généreusement de leur temps, ils estiment aussi recevoir en retour. «Cette activité nous permet d’avoir une meilleure connaissance du milieu carcéral, indique Merlin. On met des visages sur les proches des détenus.» Et Marion de continuer: «Certaines personnes me font penser à ma propre famille, du coup je m’identifie à elles.»

Une ambiance d’entraide qui ne dure malheureusement pas une fois le site des EPO quitté. «La prison reste un sujet tabou», constate Loraine Kehrer. Les familles de détenus gardent ainsi souvent la situation de leur proche pour elles, sans personne à qui en parler. Du moins jusqu’à la prochaine visite, toujours précédée par l’accueil bienveillant d’un bénévole.

*Prénom d’emprunt

Pour les proches de détenus intéressés par l’action de REPR, voir le site www.repr.ch

Massimo Greco