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Des enseignants yverdonnois en colère

12 novembre 2012

Une séance d’information à l’attention des enseignants des Etablissements secondaires de Léon-Michaud et De Felice a vu une partie de ceux-ci se lever et quitter la salle. Les raisons de leur colère? Les mauvaises surprises de la LEO.

Les enseignants yverdonnois du secondaire (Léon-Michaud et De Felice) sont sortis excédés de la séance d’information proposée par l’Etat.

«Personnellement, je ne suis pas touchée, puisque j’ai une licence universitaire, mais je suis solidaire de mes collègues! Ce qui nous a été annoncé aujourd’hui est honteux.» Comme tous ses collègues, cette enseignante du secondaire à Yverdon-les-Bains se dit scandalisée de la séance d’information concernant les changements qu’engendrera la nouvelle Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO). Celle-ci s’est tenue vendredi après-midi, au Théâtre Benno Besson, où étaient invités environ 200 enseignants des Etablissements secondaires De Felice et Léon-Michaud. Une trentaine d’entre eux, furieux, se sont levés en cours de séance, claquant la porte du théâtre pour bien signifier leur colère aux représentants du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture et de la Direction générale de l’enseignement obligatoire.

Titre universitaire obligatoire

Si les élèves de ces établissements ont certainement profité de leur après-midi de congé, leurs professeurs en garderont ainsi un très mauvais souvenir. Sous l’oeil de leurs directeurs et de leurs doyens, ils ont en effet entendu les représentants de l’Etat leur annoncer… que les professeurs ne détenant pas une licence universitaire ne pourraient tout simplement plus enseigner dans le secteur secondaire!

«Nous n’étions au courant de rien du tout! A l’heure actuelle, les professeurs que l’on appelle semi-généralistes, qui ont tous suivi de longues années d’études, jusqu’à neuf ans, mais sans passer par l’Université, peuvent enseigner pour les secondaires VSG et VSO, mais pas pour les VSB. Là, dès 2018, ils ne pourront plus du tout s’occuper d’élèves de secondaire!», tonne Eric Veillon, enseignant à Yverdon depuis trente ans et titulaire d’une licence universitaire.

“Nous sommes considérés comme des incapables”

Le pire dans tout cela? Comme l’explique une enseignante semi-généraliste, il s’agit sans doute de l’impossibilité de suivre une formation pour pouvoir continuer à exercer son métier: «Nous n’aurons même pas la possibilité d’acquérir une formation complémentaire! Nous serons donc contraints de nous occuper de primaires. Je suis désolée, mais ce n’est pas le même métier. Et, nous qui avons fait des années d’études, nous sommes considérés comme des incapables, des pions que l’on déplace où bon semble à l’Etat, mais les remplaçants, qui sont eux au bénéfice d’un CDI, pourront continuer à enseigner en secondaire. On marche sur la tête!»

La LEO entrera certes en vigueur lors de la prochaine rentrée, mais un certain statu quo en ce qui concerne les enseignants sera observé jusqu’en 2018. «A partir de cette date, ce sera retour en primaire pour tous ceux qui n’ont pas de licence! Mais les élèves sont les mêmes en 2005 ou en 2018, non? Je ne vois pas pourquoi, tout d’un coup, j’aurais moins de compétences!», tonne une enseignante, future «déclassée».

Une colère qui ne va pas s’arrêter là

Outre ces «disqualifications», les enseignants regrettent également le flou entourant les disciplines «créatives» que sont le dessin, les travaux manuels, et la cuisine, à l’image de cette prof ne sachant pas à quelle sauce la LEO va la manger: «Mon contrat prévoit entre seize et vingt heures d’enseignement. Là, j’en suis à vingt et une. Mais à la rentrée 2013? Je n’en sais rien! Et s’il n’y a plus d’heures de cuisine? Ils m’ont assuré que j’aurai encore du travail. Mais où? En tant que quoi?»

Si les emplois sont assurés, les enseignants estiment avoir droit à un peu plus de reconnaissance: «C’est un métier que l’on fait avec son coeur, sa passion. Mais bon, il faut être au contact des élèves pour le comprendre. Nos doyens, qui sont intervenus aujourd’hui, savent ce que nous vivons, nos directeurs aussi. Ils sont acquis à notre cause, il est bon de le dire.» La suite? «Nous ne ferons pas grève dans l’immédiat, ce n’est pas aux élèves de payer les pots cassés, même si nous ne l’excluons pas à terme. Nous allons faire remonter notre colère aux syndicats.»

Eux non plus, c’est sûr, ne vont rien lâcher. Mais pour quel résultat?

 

Une réforme scolaire approuvée par une majorité du peuple vaudois en septembre 2011

La colère des enseignants yverdonnois est toute fraîche, puisqu’il s’agit de la première séance d’information où les changements concrets sont annoncés par l’Etat, mais les grandes lignes étaient déjà connues depuis l’acceptation par le peuple de la Loi sur l’enseignement obligatoire, en septembre 2011. Les Vaudois l’avaient en effet approuvée par 52%, une courte majorité donc, mais les enseignants estiment qu’il est trompeur de se réfugier derrière ce fait: «Les changements concrets n’avaient pas été évoqués à l’époque! Les grandes lignes, oui, mais là, il s’agit clairement d’un changement des règles du jeu, à nos dépens!» Le changement pour les élèves? Dès août 2013, la numérotation des années de l’école obligatoire sera bouleversée. Les années enfantines et primaires iront de de 1H à 8H, et, pour le secondaire, de 9H à 11H. Le nombre de filières passera de trois à deux, puisque la VSO sera intégrée dans une «voie générale». Des enseignements à plusieurs niveaux sont instaurés pour le français, les mathématiques et l’allemand. Enfin, les notes sont introduites dès la 5e année.

Timothée Guillemin