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Des interrogations après l’accident du train sans conducteur

5 octobre 2015

Baulmes – Lancé à vive allure sur la ligne reliant Sainte-Croix à Yverdon-les-Bains, un convoi de la compagnie Travys a fini sa course dans la forêt surplombant le village, vendredi matin. Cette embardée n’a pas fait de blessé mais ne manque pas d’interpeller.

Les infrastructures de la ligne ont subi des dommages qui en disent long sur la violence du choc. © Michel Duvoisin

Les infrastructures de la ligne ont subi des dommages qui en disent long sur la violence du choc.

Le village de Baulmes a vu se jouer, vendredi dernier, une scène abondamment relayée dans l’univers cinématographique. Celle d’un train, qui, pour une raison ou une autre, se retrouve sans conducteur, l’enjeu étant, dès lors, de l’arrêter au plus vite pour éviter la catastrophe. Fort heureusement, dans le cas précis, aucun drame n’est à déplorer, le convoi vide ayant fini sa course folle dans un «no man’s land» forestier situé au-dessus du village baulméran, après avoir croisé à grande vitesse, à la hauteur de la station de Trois-Villes, le train montant sur le Balcon du Jura, rempli d’étudiants à son bord, dont on imagine facilement la stupeur.

Le wagon a fini sa course loin de la locomotive. © Michel Duvoisin

Le wagon a fini sa course loin de la locomotive.

La Police cantonale rapporte que l’accident a eu lieu aux alentours de 8h30. «Il s’agissait d’une course de service. Peu après avoir quitté la gare, le convoi, composé d’une locomotive et d’un wagon, a été bloqué automatiquement par un système d’alerte, sans raison apparente», explique-t-elle. Le mécanicien en est sorti pour vérifier la nature du problème. Le train se serait alors remis en marche, entamant sa descente incontrôlée de plusieurs kilomètres sur la ligne permettant de rallier Sainte-Croix à Yverdon-les-Bains. Heureux hasard, aucun passager ne se trouvait à l’intérieur. «Compte tenu de la fréquentation, il y a un train en renfort le matin pour monter à Sainte-Croix. L’un des deux convois qui se suivent à un quart d’heure d’intervalle retourne ensuite à vide à Yverdon», indique Daniel Reymond, directeur de la compagnie Travys.

Des collaborateurs et le wagon de secours des CFF sont venus en renfort des employés de Travys. © Michel Duvoisin

Des collaborateurs et le wagon de secours des CFF sont venus en renfort des employés de Travys.

Les premiers éléments de l’enquête indiquaient qu’après avoir quitté la locomotive pour essayer de voir ce qui se passait, le mécanicien n’y était pas retourné, mais des incertitudes résultent de son audition par la gendarmerie et l’expert fédéral. Est-il, en fait, remonté à bord puis redescendu, constatant son incapacité à stopper le train qui prenait de la vitesse? «Son rôle et sa position lors du départ du train restent à déterminer. L’enquête permettra de clarifier ce point, tout comme l’état technique du véhicule», déclare Pierre-Olivier Gaudard, répondant presse de la Police cantonale.

L’automotrice a été relevée, samedi, au moyen de verrins hydrauliques. DR

L’automotrice a été relevée, samedi, au moyen de verrins hydrauliques.

Concernant ce dernier aspect, Daniel Reymond relève que, si le convoi faisait partie des vieux véhicules de la flotte, son ancienneté ne devrait pas avoir joué de rôle dans la mésaventure. «L’automotrice a été révisée il y a deux mois. Une vérification de principe a été effectuée, après l’incident, sur l’autre modèle de ce type dont nous disposons», précise le directeur de Travys.

Un écoulement d’huile minérale en provenance de la locomotive a pollué le sol. Environ 40m3 de terrain ont été évacués et remplacés hier. © Michel Duvoisin

Un écoulement d’huile minérale en provenance de la locomotive a pollué le sol. Environ 40m3 de terrain ont été évacués et remplacés hier.

Il ajoute que, dans un tel cas de figure, le fait que l’employé du chemin de fer ait quitté l’automotrice, pour autant que cette hypothèse se révèle exacte, n’est pas contraire au règlement. «Mais cette initiative suppose l’application d’un certain nombre de procédures dont il s’agit de vérifier si elles ont été appliquées, précise-t-il.»

Selon le directeur, bien que les rails ne soient pas doublés sur une bonne partie de la ligne Yverdon-Sainte-Croix, une collision frontale avec le train venant en sens inverse était «quasi impossible. Un signal rouge s’allume à Trois-Villes lorsqu’un convoi descend de Sainte-Croix, obligeant celui en provenance d’Yverdon à s’arrêter», souligne-t-il. Il n’en demeure pas moins que l’incident de vendredi, s’il n’a pas eu les conséquences dramatiques de l’accident d’Essert-sous-Champvent, qui avait fait sept morts et une quarantaine de blessés le 14 février 1976, est «un accident majeur» pour une entreprise de la taille de Travys, admet-il. Encore sous le choc, le conducteur va être prochainement entendu par la compagnie de transports publics.

 

Encore deux ou trois jours de travaux

Après les investigations menées vendredi par la Gendarmerie et le Service suisse d’enquête de sécurité (SESE), le relevage, puis l’évacuation de la locomotive avec la collaboration des CFF, l’heure était, hier, à la dépollution du site, l’accident ayant occasionné un écoulement d’huile. «Environ 40m3 de terrain souillé ont été évacués», déclare le directeur de Travys Daniel Reymond. Le remplacement de la terre et du ballast est suivi, aujourd’hui, de la remise en état de la ligne de contact -plusieurs pylônes ont été touchés- et de la voie. Daniel Reymond évalue la durée des travaux à deux ou trois jours. En attendant la remise en exploitation totale de la ligne, des bus de remplacement ont été mis en service entre Vuiteboeuf et Sainte-Croix. Ils circulent aux horaires du train. Les voyageurs à destination de Sainte-Croix changent à Vuiteboeuf et prennent le bus de remplacement. Les voyageurs à destination de Baulmes restent dans le train. Plus d’infos sur www.travys.ch

Ludovic Pillonel