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Deux cents repas pour les démunis

8 mai 2020 | Edition N°2729

Yverdon-les-bains – L’Hôtel de la Prairie veut soutenir les personnes touchées par la crise.

«J’ai été choqué par les images que j’ai vues à la télévision la semaine dernière. Je n’ai jamais imaginé que cela pouvait exister dans notre pays. Alors je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour ces gens. Je pense que dans notre région, il y en aussi qui souffrent», explique Jean-Claude Vagnières.

Le propriétaire de l’Hôtel de la Prairie a été ému par ces centaines de personnes qui, à Genève, ont fait la file durant plusieurs heures pour obtenir un cornet repas. L’ancien capitaine d’industrie a certes connu des hauts et des bas au cours de sa carrière, mais il n’a jamais imaginé qu’on puisse, en Suisse, se trouver dans une situation telle qu’un repas devient vital. Alors il a décidé de participer au mouvement de solidarité déclenché par ces images.

Pratiquement, la cuisine de la Prairie va préparer la semaine prochaine deux cents repas «bœuf grand-mère», qui seront distribués gratuitement, à raison de quarante par jour, du lundi 11 au vendredi 15 mai, entre 10h et 11h30, contre remise d’un bon. Pour obtenir ce sésame – un par personne –, il suffit de se présenter à la réception de l’hôtel ce vendredi entre 10h30 et 12h.

«Les gens recevront un sac contenant une barquette qui leur permettra ensuite de réchauffer le plat lorsque bon leur semble», explique Jean-Claude Vagnières. Les restaurants ne rouvriront pas leurs portes avant la semaine prochaine, et cela moyennant des règles de sécurité très strictes, tant du point de vue des distances que de l’hygiène.

Une occasion perdue

Pour les restaurants, la fête des Mères constitue l’un des dimanches les plus lucratifs de l’année. La réouverture vient donc juste un peu tard.

Certains, à l’instar de l’Hôtel de la Prairie, qui propose un menu fête des Mères à l’emporter à ceux qui veulent s’éviter les tâches de cuisine, espèrent sauver une petite partie de leur chiffre d’affaires. Mais ce ne sera de loin pas suffisant pour amorcer une véritable relance. Car au-delà des mesures de sécurité, il faudra en tout premier lieu rétablir la confiance de la clientèle, en particulier celle des aînés. Une bonne part de ces derniers craint désormais de se retrouver en groupe dans un lieu fermé. Les plus jeunes consommateurs seront certainement les premiers à renouer avec leurs habitudes, après près de deux mois de retenue. Les sites internet informent la clientèle sur les heures d’ouverture et les conditions de l’accueil.


La face cachée de l’économie

Si la demande pour satisfaire des besoins essentiels n’a jamais été aussi aiguë, cela tient à la nature de cette crise. En effet, l’arrêt brutal des activités économiques, en particulier de celles liées à la restauration – mais pas uniquement – a laissé des milliers de personnes, principalement dans les villes, sans le moindre revenu. Et il ne faut pas se le cacher, le Nord vaudois n’échappe pas au phénomène.

Un révélateur

L’opération de légalisation de clandestins bien intégrés dans l’économie conduite à Genève l’an dernier, avec l’aval des autorités fédérales, témoigne de l’importance de l’économie «souterraine».

Les clandestins légalisés ne sont que la partie émergente de la masse de travailleurs «au noir». Le conseiller d’état genevois Mauro Poggia en est tellement conscient qu’il est prêt, s’il obtient le feu vert de Berne, à renouveler l’opération. Dans cette optique, les images diffusées par la RTS démontreront peut-être à Berne l’urgence de régler la situation.

Organisations soutenues

Réagissant aux mêmes images, la Chaîne du Bonheur a annoncé hier avoir mis à disposition de ses partenaires près de 10 millions de francs en faveur des personnes particulièrement impactées par cette crise en Suisse. L’organisme d’entraide, qui a récolté le 23 mars dernier 37,2 millions de francs dans ce but, s’appuie principalement sur les réseaux de Caritas et de la Croix-Rouge, mais aussi l’Armée du Salut, le Centre social protestant (CSP), Pro Infirmis, Pro Senectute, et l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), et d’une septantaine d’organismes régionaux. Les experts externes analysent encore 17 demandes pour un montant de 5 millions.

Isidore Raposo