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Deux mètres au service de la formation

10 novembre 2016 | Edition N°1868

Volleyball – Oleg Petrachenko a repris les rênes de la première équipe hommes du VBC Yverdon. Etabli à Concise, l’ancien international soviétique juniors est une aubaine pour la jeune génération de l’équipe.

Passeur habile, Oleg Petrachenko a trouvé un autre emploi à ses grandes mains en se formant, au début des années 2000, en tant que mécanicien de précision dans la fabrication de pièces d’horlogerie. ©Champi

Passeur habile, Oleg Petrachenko a trouvé un autre emploi à ses grandes mains en se formant, au début des années 2000, en tant que mécanicien de précision dans la fabrication de pièces d’horlogerie.

Joueur, il parcourait l’URSS de long en large, en avion, évoluant devant des salles de parfois 3000 ou 5000 spectateurs. Des conditions, des émotions qui ont contribué à nourrir sa passion débordante pour le volleyball. Arrivé en Suisse en 1992 pour la fin de sa carrière, Oleg Petrachenko est, depuis, devenu entraîneur et, avant-tout, un formateur reconnu. Une expertise dont bénéficie le VBC Yverdon depuis un mois.

Enfant d’Odessa, le néo- Concisois a touché à la natation, au tennis de table et au basket avant de suivre les traces de son père, lui-même volleyeur. Jusqu’à intégrer l’équipe nationale juniors soviétique. Il a évolué durant sept ans en tant que professionnel en Ukraine, dans d’excellentes conditions. Le milieu s’est, pourtant, retrouvé désargenté et au plus bas en peu de temps, à la chute de l’URSS. «Comme beaucoup d’autres sportifs, je suis parti une fois le rideau de fer tombé», explique celui qui a d’abord rejoint la Pologne, un ancien pays du bloc où il a obtenu le droit de se rendre, avant de poser ses baskets sur les bords du Léman. Sa femme Irina -une volleyeuse ukrainienne originaire de Crimée, tous deux conversent par conséquent en Russe- a, elle, transité par l’Autriche avant de rejoindre le club de Franches- Montagnes.

«Ma venue en Suisse est le fruit du hasard. J’avais des opportunités en Turquie, en Allemagne et au Portugal», raconte le polyglotte dans un excellent français. Chênois est arrivé ensuite dans les discussions et les choses ont simplement été faites plus rapidement ici. «Quelques jours après avoir donné mon accord, d’autres m’ont répondu par la positive. Il était trop tard», concède ce grand calme.

Si, sportivement, la LNA ne proposait pas le meilleur niveau auquel il aurait pu prétendre, le passeur atypique -deux mètres sous la toise- souligne qu’il a eu de la chance : «La Suisse a constitué un excellent choix. Surtout pour tout ce qui concerne l’extrasportif.» L’Ukrainien s’est parfaitement intégré dans son nouveau pays, qu’il n’a plus quitté depuis. «Ma femme et moi avons décidé d’y rester, en pensant à notre avenir et à nos enfants.»

Après avoir remporté deux fois la Coupe de Suisse avec la formation genevoise (en 1993 et 1994), Oleg Petrachenko est parti à Bâle. Il a ensuite rebondi à Tramelan, où il a initié sa reconversion sportive en devenant entraîneur-joueur du TGV-87, alors en LNB. Le début d’une seconde carrière, pour celui qui se révélera plus à l’aise avec la relève, même s’il a aussi dirigé au plus haut niveau, à Münchenbuchsee.

Son meilleur atout

Établi à Colombier durant dix ans, jusqu’à l’année dernière, l’ancien pro bardé de diplômes dans le domaine de la formation sportive a été en charge de la relève neuchâteloise. «Mon meilleur atout», glisse le colosse, à l’aise avec la jeunesse. «J’ai toujours voulu transmettre, car on mesure bien la progression avec les juniors, et je me suis naturellement occupé des équipes où ont évolué mes enfants, raconte ce papa d’un garçon de 27 ans et d’une fille de 19 ans. J’aime dire que je ne travaille pas pour un club, mais pour Swiss Volley. Une vingtaine de jeunes que j’ai formés -attention, je n’étais pas seul- ont joué avec les sélections nationales suisses.»

Même durant trois années de pause avant son arrivée au VBC Yverdon, le technicien de 55 ans est resté dans le coup. «Je regarde plein de matches de volley sur les chaînes étrangères, pour suivre ce qui change, explique-t-il. Tous les quatre ans, lors des finales olympiques, ont peut mesurer l’évolution tactique de la discipline. Au point qu’en huit ans, c’est complètement différent.» Des considérations qu’Oleg Petrachenko ajoute à sa large palette d’outils, dont bénéficient les jeunes joueurs de la première équipe yverdonnoise, aux mains d’un géant.

Force tranquille

Les qualités de formateur d’Oleg Petrachenko font l’unanimité. «On n’a jamais eu un entraîneur aussi expérimenté, se réjouit le président-joueur du VBC Yverdon Kevin Harnischberg. Oleg, c’est le passionné, une force tranquille, qui impose le respect. Il a pris en charge les jeunes de l’équipe. Techniquement, il leur apporte beaucoup. Il a même pris part à des entraînement des juniors de sa propre initiative, sans qu’on ne lui demande rien.»

En déménageant avec sa famille à Concise il y a une année, pour se rapprocher de Lausanne, où sa fille étudie, Oleg Petrachenko a appris auprès d’anciens volleyeurs de Ligue nationale établis dans le village que des vétérans s’entraînaient à Yverdon. «Je voulais recommencer à bouger», explique celui qui a, alors, découvert que l’équipe fanion cherchait un coach. Les choses se sont, dès lors, faites naturellement.

Au VBCY, l’Ukrainien a trouvé un groupe à la fois composé d’anciens et de très jeunes joueurs. «Ce qui me plaît, c’est que tous sont très amis, malgré les différences d’âge. Cela s’est construit avant que je sois arrivé», souligne le technicien. Ses hommes ont mal débuté le championnat de 1re ligue, concédant quatre revers. «Les jeunes progressent mais manquent de confiance. Une ou deux victoires pourraient changer les choses», espère-t-il.

Force de la nature

Lorsqu’on le regarde dans les yeux, Oleg Petrachenko fait de l’ombre au soleil. Le bonhomme en impose et évoque son gabarit avec l’humour d’un grand gaillard bien dans son corps. «Je mesure deux mètres le matin», lâche-t-il, les yeux qui se plissent. Jeune, il ne faisait pourtant pas forcément la loi dans la cour de récré. Jusqu’au jour où, à 14 ans, il a pris huit centimètres en trois mois. «A la fin du mois de mai, au terme de l’année scolaire ukrainienne, j’étais parmi les petits. A la rentrée du 1er septembre, je me suis retrouvé presque le plus grand !»

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Manuel Gremion