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Les dix tours de Wyss

16 février 2017 | Edition N°1936

Cyclisme – Fidèle à BMC depuis 2008, l’Urbigène de 31 ans a entamé une nouvelle saison avec la formation de pointe du circuit. Retour sur une décennie qui a permis au cycliste de faire sa place dans le peloton.

Dix ans chez BMC : Danilo Wyss a franchi un nouveau cap dans sa carrière. ©Carole Alkabes

Dix ans chez BMC : Danilo Wyss a franchi un nouveau cap dans sa carrière.

Il pourrait changer le W de son patronyme par un D, Danilo Wyss. Exemple de fidélité, l’Urbigène de 31 ans vient d’entamer, cette année, sa dixième saison consécutive sous les couleurs de BMC. Toujours avec la même envie, mais avec un statut qui a considérablement évolué.

Le bon choix

Etablie parmi les meilleures organisations du peloton depuis quelques années, BMC a parcouru bien du chemin depuis ses débuts. Lorsque Danilo Wyss a intégré l’équipe, celle-ci roulait au niveau continental (la deuxième division), avant de rejoindre le World Tour (ex-ProTour) dès 2011.

En contact avec le directeur sportif de Phonak John Lelange depuis deux ans, le cycliste d’Orbe a finalement rejoint le Belge au sein de la formation américaine en 2008. Ses résultats de l’année précédente, une 3e place à Paris-Roubaix et une 5e aux Mondiaux espoirs, lui avaient ouvert les portes de Saunier Duval, équipe au sein de laquelle il avait fini la saison en tant que stagiaire. «J’ai finalement choisi BMC, car je pensais que l’organisation avait plus d’avenir, même si elle ne faisait pas partie du ProTour. Avec Andy Rihs derrière, la structure me paraissait solide, se souvient Danilo Wyss. A présent, je peux affirmer que c’était un bon choix. Ce d’autant plus que Saunier a disparu quelques saison plus tard.»

Le capitaine de route

Il le dit lui-même, il a passé les étapes «gentiment», pour atteindre son zénith depuis deux saisons. Arrivé dans le peloton avec l’étiquette de sprinter, il a su s’adapter à la réalité du terrain. «De par mes qualités techniques, j’ai de la facilité à me placer dans le peloton dans le final, mais je n’ai pas une pointe de vitesse exceptionnelle, concède-t-il. Cela me permettait de faire des places dans les dix, mais jamais d’être tout devant. Des résultats intéressants en début de carrière, mais qui ne constituent plus une priorité.»

Une fois qu’il a compris cela, Danilo Wyss s’est décidé à travailler en montagne, afin de devenir plus complet et de pouvoir obtenir des résultats lors de courses au profil plus difficile. Il a évolué et grimpé les échelons avec BMC, jusqu’à fréquenter les grands tours. «Au début, j’avais besoin de récupérer à la suite d’une telle épreuve. A présent, je suis plus fort juste après les trois semaines de course, qui agissent comme une grande charge d’entraînement. Cela s’est vérifié l’an dernier, quand j’ai terminé au 12e rang des Championnats d’Europe, dans l’enchaînement de la Vuelta.»

Devenu équipier à l’avènement du grand BMC, Danilo Wyss a vu son statut évoluer avec les années et l’expérience engrangée. Au sein du peloton et de sa formation, ses qualités sont reconnues, appréciées et exploitées. «Il m’arrive, parfois, de servir de capitaine de route. Sachant que le directeur sportif ne voit pas tout depuis la voiture, je gère l’équipe dans le feu de l’action, quand il faut prendre des décisions rapidement. J’ai appris à bien lire la course.»

La reconnaissance de son apport et de sa valeur sur le vélo et dans les coulisses se traduit par le renouvellement systématique de son contrat, depuis maintenant dix saisons. Bien sûr, il a pensé à changé d’air au cours de son parcours. «J’y ai réfléchi. Mais, dans le milieu, les places sont chères et, en fin de compte, BMC a toujours constitué la meilleure option pour moi», tranche-t-il, déterminé à continuer tant qu’il prend du plaisir.

Objectif Tour de France

Comme souvent, le cycliste établi à Estavayer-le-Lac a commencé l’année en Australie. Au chaud. «C’est quelque chose que j’apprécie, cela me permet d’éviter de m’entraîner en Suisse durant le mois de janvier », reconnaît Danilo Wyss. A l’autre bout du monde, il a eu du travail plein les jambes, puisque son coéquipier Richie Porte a remporté deux étapes et le classement général du Down Under. De quoi mettre tout de suite chacun dans le rythme, avant le Tour de Provence de la semaine prochaine. Le Nord- Vaudois restera, ensuite, dans le sud de la France, en vue de Paris-Nice.

Un peu comme l’an dernier, le champion de Suisse 2015 devrait se retrouver sur le prochain Tour de Romandie -ce sera son neuvième-, avant d’espérer faire partie des sélectionnés au Tour de France. Déçu de ne pas avoir pu s’y rendre l’été passé, il espère que, cette fois, la roue tournera en sa faveur.

«Je pourrais faire exactement les mêmes résultats que douze mois plus tôt et m’y retrouver, explique-t-il. Tout dépend de la stratégie d’équipe.» Cette saison, Tejay Van Garderen disputera le Giro, alors que Richie Porte sera l’unique leader de BMC sur la Grande Boucle. Ce qui peut se révéler favorable à l’immuable Danilo Wyss.

Moments forts

En 2008, lorsqu’il débarque chez BMC, Danilo Wyss prend part à ses premiers Tour de Romandie et Tour de Suisse. «Je découvrais les courses que j’avais toujours suivi à la TV, se remémore l’Urbigène. On avait une petite équipe de jeunes. Seul Alex Moos était expérimenté.»

En 2009, il remporte sa première étape chez les pros, au Tour de Beauce, au Canada. «J’avais également porté, pour la première, fois le maillot de leader. Une belle découverte lors d’une course où il a toujours régné une bonne ambiance», souligne-t-il.

En 2010, BMC change de statut en engageant des coureurs de la trempe de Cadel Evans et Alessandro Ballan, entre autres. Danilo Wyss se retrouve au premier grand tour disputé par sa formation, le Giro. «Cadel avait fini 5e. Le reste de l’équipe, on était plutôt des novices. A l’époque, le parcours était extrême et on avait eu du mauvais temps, se rappelle le Nord-Vaudois. Il a fallu faire plusieurs grands tours pour que le corps s’habitue et apprendre à s’économiser.» En attendant le dixième, il est allé au bout des neuf premiers (5 Giro, 3 Vuelta et 1 Tour de France).

En 2014, lors de l’étape du Tour de Suisse qui mène à Verbier, Danilo Wyss est à l’attaque. A Blonay, les échappés sont arrêtés par le passage d’un train. Finalement, tout ce petit monde est rattrapé à moins de 5 km de l’arrivée. «Je ne sais pas si, sans le train, on serait allés au bout, mais c’était possible. Malgré la frustration, cela reste un souvenir marquant», narre-t-il.

En 2015, Danilo Wyss devient champion de Suisse sur route à Steinmaur. Dans l’enchaînement, il prend part à son premier Tour de France, avec une victoire au contre-la-montre par équipes. «J’ai passé un été d’exception, lance-t-il. Par ailleurs, j’ai été fier de porter le maillot à croix blanche pendant une année sur les grandes courses.»

En 2016, il se classe 2e d’une étape de la Vuelta -son meilleur résultat individuel sur une grande course- et BMC remporte le classement par équipes de l’épreuve espagnole. Une belle revanche pour celui qui n’a pas été sélectionné pour les derniers Jeux olympiques.