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«Donald Trump a fini par me séduire»

11 novembre 2016 | Edition N°1869

Yverdon-les-Bains – Colette Henry vit six mois par année aux Etats-Unis. Elle nous explique pourquoi Donald Trump a, selon elle, remporté les élections.

Colette Henry a suivi de près les élections américaines. ©Valérie Beauverd

Colette Henry a suivi de près les élections américaines.

Depuis presque vingt ans, l’Yverdonnoise Colette Henry vit six mois par année aux États-Unis, grâce à un permis de séjour. Engagée dans plusieurs associations en Floride, dont le Zonta Club, cette cadre bancaire à la retraite a des amis autant démocrates que républicains. Au départ favorable au clan Clinton, elle confie ce qui l’a fait changer d’avis. Entretien.

Par quel biais vous êtes-vous intéressée aux élections américaines ?

C’est lors des primaires que je me suis intéressée aux différents candidats. A partir de là, j’ai suivi deux chaînes de télévision aux tendances politiques divergentes, CNN et Fox News, pour m’imprégner du climat politique. J’ai voulu comprendre les débats à gauche comme à droite. Par ailleurs, je tiens à préciser que je suis une femme de centre-droit (Colette Henry est membre du PLR), mais j’ai toujours porté un regard attentif sur ce que fait la gauche.

Vous souteniez Hillary Clinton, qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

Lors des précédentes élections, j’ai, en effet, soutenu la candidate démocrate, mais je pense que les Américains sont rassasiés du clan Clinton, qui est présent sur la scène politique depuis plus de 25 ans. Une lassitude s’est installée. De plus, c’est une femme très lisse. Durant la campagne, celle-ci n’a laissé transparaître aucune émotion. Elle a un côté intellectuel et raisonné qui me dérange. Hillary Clinton cherchait à être la première femme présidente des États-Unis. Elle ne réfléchit pas par amour de son pays, mais par ambition. Être président, c’est tout ce dont elle rêvait.

Douze ans de pouvoir aux mains des Démocrates, c’était trop ?

Oui, les Américains auraient fini par tomber dans un socialisme exacerbé. Ils ne veulent pas être des assistés, c’est pourquoi ils ont, par exemple, de la peine à s’affilier à une caisse-maladie.

Mais concrètement, Hillary Clinton vous a-t-elle déçue ?

Je dois reconnaître que l’affaire des mails privés m’a attristée. Mais ce qui m’a le plus déçue, c’est lorsqu’elle était secrétaire d’État et qu’elle n’a absolument rien fait pour sauver l’ambassade de Benghazi, en Libye. Elle n’est pas intervenue à temps.

Vous préférez l’arrogance de Donald Trump ?

Bien sûr, j’ai été choquée par les propos du candidat républicain. Au-delà de son vocabulaire, je pense que les médias européens n’ont sélectionné que ce qui les arrangeait. Le fond de son discours n’est pas passé. Certains de mes amis américains ont été frappés par l’image qu’on voulait bien donner de Trump en Europe, et notamment en Suisse. On croit qu’on a la même pensée, mais c’est faux. Il m’a fallu des années pour comprendre cela.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le discours du nouveau président ?

On a longtemps reproché aux États-Unis de vouloir s’immiscer dans les affaires des autres pays ; la guerre en Irak en est un parfait exemple. Or, ce que propose Trump, c’est justement le contraire. Il a un véritable amour pour son pays et se soucie de la classe modeste, longtemps oubliée.

Qu’est-ce qu’il va apporter aux États-Unis ?

Donald Trump n’est pas un homme d’extrême droite. Il ne fait pas partie du Tea-Party, même s’il adopte un discours très populiste. Je pense que cet homme s’est construit par lui-même, son parcours reflète une véritable réussite personnelle, mais c’est aussi un homme d’affaires redoutable. Au niveau économique, il a une meilleure connaissance du sujet que Hillary Clinton. Finalement, j’attends de voir comment les choses vont se dérouler. Je pense qu’il faut lui laisser sa chance.

«Déception totale»

Pour Gloria Capt, municipale d’Yverdon-les-Bains, également femme PLR et Américaine par sa mère, la déception est totale. «Je savais que les résultats seraient très serrés entre les deux candidats, mais jamais je n’aurais pensé que Donald Trump remporterait les élections.» Les résultats montrent, selon elle, que les États-Unis ne sont pas du tout prêts à avoir une femme à la tête du pays. «Hillary Clinton est une femme de pouvoir, comme il en existe peu. Le fait qu’elle soit la femme d’un ancien président a certainement joué en sa défaveur. Par ailleurs, on oublie qu’elle a beaucoup contribué aux droits civiques américains et qu’elle vient d’un milieu relativement modeste.»

Quant à Trump, Gloria Capt estime qu’il n’a rien fait pour les minorités. «C’est un désastre total. Derrière son discours à l’investiture se cache une malhonnêteté et une arrogance absolues», déclare la municipale, exaspérée.

Valérie Beauverd