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Du sable dans les rouages du circuit

1 mars 2019 | Edition N°2447

Bullet –  Un voisin s’est opposé au Plan partiel d’affectation Les Rogneux, sur lequel se trouve une piste de motocross. Il se dit prêt à recourir jusqu’au Tribunal fédéral pour ne plus voir d’engins tourner.

«A l’heure où il est urgent de se mobiliser contre le réchauffement climatique, je n’arrive pas à comprendre que les autorités de Bullet veuillent légaliser un terrain de motocross en mettant à l’enquête un Plan partiel d’affectation (PPA). A droite de la route, on a des forêts et des pâturages, et à gauche, des motos qui tournent.» Un proche voisin du circuit des Rogneux Wheels Park s’est opposé au PPA, dont la mise à l’enquête publique s’est terminée le 22 février (lire La Région Nord vaudois du 29 janvier). Il est le seul à s’être manifesté, mais tient à garder l’anonymat.

En résidence secondaire

«Il s’agit d’un résident secondaire qui s’est toujours manifesté contre ce circuit. Nous l’avons rencontré avant la mise à l’enquête pour lui expliquer ce que nous voulions faire», relèvent le syndic, Jean-Franco Paillard, et le municipal chargé de ce dossier, Michel Bornoz. Qui détaillent: «Ce site a reçu une autorisation cantonale en 1975, qui a été renouvelée en mars 1984. Depuis, la piste a évolué, raison pour laquelle nous avons décidé de réaliser ce PPA. Il a été validé par l’ensemble des services de l’Etat. Nous avons aussi eu des contacts avec diverses associations de protection de la nature. Aucune d’entre elles ne s’est manifestée lors de la mise à l’enquête.» Et les deux élus d’ajouter: «Les milieux de protection de la forêt et de la nature nous ont même dit qu’un tel circuit permettait d’éviter le motocross sauvage. Ce monsieur a perdu tout crédit à nos yeux. Il est revenu sur tout ce qu’il nous avait dit préalablement. Nous allons demander au Conseil général de lever cette opposition.»

Le voisin en question, juriste et employé de la Confédération, n’en démord pas et prévient qu’il est prêt à aller jusqu’au Tribunal fédéral s’il n’obtient pas gain de cause.

Respecter la nature et l’environnement

«Les exploitants du circuit m’ont dit que moins de la moitié des pistes de motocross étaient situées en Suisse romande. Mais sachant que celle-ci ne représente que le quart du pays, je trouve qu’il y en a déjà bien assez.» Il s’obstine, malgré le fait que les autorités aient obtenu toutes les autorisations et qu’elles soient en conformité avec la loi. «Si les exploitants veulent continuer leur activité, je veux la garantie que seules des motos électriques tourneront ou, au moins, des motos homologuées, argue-t-il. Et le circuit devrait être fermé deux mois pendant l’hiver, car la faune, affaiblie durant la saison froide, est très sensible aux dérangements. J’aimerais aussi qu’ils cessent de tourner de 13h à 19h non-stop. Et ce ne sont pas les thuyas qu’ils ont plantés en bordure de route qui vont amoindrir le bruit, la poussière ou les nuisances.» Et d’ajouter, très déterminé: «Je veux que les autorités aient le courage de fermer cette piste.»

Pour les propriétaires et exploitants du terrain, le coup est rude. «Nous avons déjà adapté nos horaires. C’est fermé tous les matins et les dimanches, ainsi que les lundis durant l’été. Nous avons fait des efforts pour humidifier la piste afin d’éviter la poussière. Et nous ne tournons que de 13h à 18h ou de 14h à 19h et en acceptant, s’il y a trop de poussière, de stopper l’activité. L’hiver, en raison du froid et de la météo, les horaires varient. De plus, nous ne pouvons organiser des manifestations que trois à quatre fois par année», relèvent en chœur Benoît Thévenaz et ses parents.

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Une projet familial né en 1963

En 1963, Florian Thévenaz, le grand-père de Benoît Thévenaz, a entamé des démarches pour pouvoir exploiter le site. La première autorisation a été délivrée le 9 septembre 1975 par le Service des automobiles. Depuis, elle a été renouvelée chaque année par la Commune de Bullet. Jusqu’en 1982, les entraînements et les compétitions de motocross était organisés sur une piste circulaire, avec un plan d’eau en son centre. Dès 1985, ce circuit a été agrandi pour être sécurisé. En 1989, les Thévenaz ont acheté de nouvelles parcelles pour former le périmètre actuel. En 1996, les services de l’Etat et le WWF Vaud ont demandé une remise en état du site, après que des matériaux ont été déposés sans autorisation. Ce n’est que depuis 2011, à la suite d’une remise en état complète et une amélioration de la sécurité, que la piste est nouveau exploitée sous le nom de Rogneux Wheels Park. Depuis, le Service de l’aménagement du territoire a demandé une légalisation de la piste, une procédure qui passe par un changement de l’affectation des parcelles.

Dominique Suter