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Du sorgho pour dégoûter les sangliers

27 septembre 2016 | Edition N°1836

Nord vaudois – Le mammifère friand de maïs met encore les nerfs des agriculteurs à rude épreuve. Reportage à Bretonnières, où une solution originale est mise en oeuvre.

Le sorgho, une plante d’origine tropicale sur laquelle mise Jean-Luc Conod, est peu présent dans nos campagnes. ©Michel Duperrex

Le sorgho, une plante d’origine tropicale sur laquelle mise Jean-Luc Conod, est peu présent dans nos campagnes.

Le sorgho, voici la nouvelle arme anti-sangliers qu’utilise Jean-Luc Conod cette année. Le pari est pour l’instant payant, les deux hectares de céréales d’origine africaine plantées sur les hauts de Bretonnières ayant été épargnées par ces animaux. «Les sangliers sont occupés dans les champs de maïs. Ils raffolent des épis, dont le sorgho est dépourvu», observe l’agriculteur nord-vaudois. Pour autant, Jean-Luc Conod refuse d’attribuer à la culture exotique sur laquelle il mise l’étiquette de remède miracle. D’abord parce que les sangliers se sont précédemment attaqués aux germes et aux jeunes plantes, nécessitant de semer une seconde variété plus précoce afin d’étoffer la future récolte. Ensuite, parce que ce régime alimentaire convient à ses vaches allaitantes, mais n’a pas une valeur énergétique suffisante pour des vaches laitières, ni pour du bétail d’engraissement.

Un long combat

«Cela fait cinq ans que je me bagarre», commente l’agriculteur, qui n’en est pas à la première tentative de soustraire ses cultures à l’appétit du suidé. «J’ai déjà essayé le sorgho et les céréales immatures. J’ai aussi acheté mon maïs en plaine, mais j’ai abandonné en raison des coûts et de la logistique que cela impliquait», déclare-t-il. Dans son cas, le recours aux clôtures -le matériel est subventionné à 80% par le Canton- n’a pas fonctionné à satisfaction. «Deux ou trois sangliers se sont introduits dans mon champ. J’allais lever les fils chaque matin dans l’espoir qu’ils sortent et je les remettais en place le soir, se souvient-il. Ce système demande de gros efforts d’entretien et il n’est pas efficace en période de chasse, où les animaux sont stressés. Un sanglier qui court ne s’arrête pas, même devant un barbelé. Et s’il entre dans un champ de maïs parqué, il n’en ressort pas. Il s’y nourrit à l’abri des chasseurs.»

Le surveillant de la faune Alain Seletto soutient, néanmoins, l’efficacité de la pose de clôtures et invite les victimes de l’intrusion de ces mammifères à le contacter pour trouver des solutions. Selon lui, le nombre d’agriculteurs installant des parcs a un peu augmenté par rapport à l’année passée (lire La Région Nord vaudois du 1er septembre 2015), mais un effort supplémentaire devrait être consenti. «Il faut vraiment protéger les cultures sensibles, comme le maïs et les pommes de terre», relève-t-il.

Le collaborateur de l’Etat de Vaud voit d’un bon oeil la volonté politique de prendre le problème à bras le corps (lire encadré), tant la pression devient difficilement gérable. «Il y a davantage de dégâts liés au sanglier. Depuis trois mois, 50% de mon temps de travail lui est consacré, entre l’orientation des chasseurs, le constat des dommages occasionnés, les tirs d’effarouchement et de régulation, ainsi que le conseil pour la mise en place de clôtures en lien avec le sanglier», constate-t-il.

La motion de José Durussel, député de Rovray, a reçu un accueil favorable du Conseil d’Etat

Interpellé à plusieurs reprises par des collègues agriculteurs de la rive sud du lac de Neuchâtel victimes de dégâts, le député de Rovray José Durussel a déposé, en 2011, une motion «pour une cohabitation harmonieuse entre agriculture et faune sauvage». Ce texte a été lié, par le Conseil d’Etat, a des modifications légales et des mesures, dont une augmentation, cette année, de 250 000 francs du fonds cantonal d’indemnisation des dégâts. «Des heures assouplies sont entrées en vigueur le 24 juin dernier, en vue de la saison de chasse 2016-17. D’autres dispositions ont également été prises en parallèle, telles que la chasse d’été au mirador dans les secteurs de la rive sud et des Grangettes (hors réserve d’oiseaux d’eau et migrateurs), ainsi que des tirs de régulation par les surveillants de la faune permanents et auxiliaires », indique, par ailleurs, Frédéric Hofmann, chef de la section chasse, pêche et surveillance du Canton. Ce dernier précise qu’un nouveau plan de gestion du sanglier visant le développement des synergies entre les différents acteurs entrera en vigueur en janvier prochain pour la période 2017- 2021. «Les deux derniers hivers particulièrement peu rigoureux ont été propices au développement de l’espèce. La présence de cultures appétentes à proximité, comme le maïs, joue également un rôle certain. Nous ne réalisons pas de comptage officiel, mais nous constatons, de manière générale, une tendance à la hausse de populations sur plusieurs secteurs du canton, dont la rive sud du lac de Neuchâtel, les prairies d’estivage du Jura- Nord vaudois et le pied du Jura», conclut Frédéric Hofmann.

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Ludovic Pillonel