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Elle apporte sa touche glamour à l’agriculture

8 octobre 2015

Villars-Burquin – Une jeune habitante du village fait partie des treize égéries du calendrier paysan 2016. Elle évoque sa participation à l’aventure et sa perception du monde agricole.

Anna-Lucia dans le calme de la maison familiale avec Kikoo, l’un de ses trois chats. © Michel Duperrex

Anna-Lucia dans le calme de la maison familiale avec Kikoo, l’un de ses trois chats.

Le ciel gris semble s’arrêter sur les toits de Villars-Burquin. La pluie tombe en abondance. Bref, c’est un temps à ne pas mettre une agricultrice dehors. Le chien Scott précède Anna-Lucia Meier sur le pas de la porte. Ce petit bout de femme de 21 ans profite d’une fenêtre dans sa période de labeur aux patates pour parler de sa participation au calendrier paysan 2016, disponible depuis peu.

«Ma soeur m’a déjà inscrite il y a plusieurs années, mais j’avais dû annuler car j’étais en stage. J’ai donc retenté ma chance», déclare -t-elle. Son dossier comprenant trois photos et une présentation de sa personne trouve grâce aux yeux des organisateurs de l’événement. Elle est convoquée à Zurich en mai. On lui demande de parler d’elle, puis de réaliser un shooting, en amenant un objet la représentant. «N’ayant pas trouvé d’écusson vaudois, j’ai pris un drapeau suisse, car je suis fière de mon pays. L’agriculture ne s’y porte pas forcément très bien, mais on fait des efforts pour que cela s’améliore», déclare-t-elle.

La photo d’Anna-Lucia figurant dans l’édition 2016 du calendrier. © Stefan Soell/bauernkalender.ch

La photo d’Anna-Lucia figurant dans l’édition 2016 du calendrier.

Cette enfant de la campagne nord-vaudoise avoue avoir été impressionnée par son escapade zurichoise, où elle a dû arborer une tenue aux antipodes des salopettes et t-shirt remontant jusqu’au haut du cou qu’elle met pour travailler. «J’y suis allée en chemise et en top et j’ai été gênée lorsqu’on m’a demandé de les enlever pour le shooting», se souvient-elle. Quoiqu’il en soit, sa prestation a fait mouche. On l’appelle pour savoir si elle est toujours intéressée à poser, puis elle est convoquée au Creux du Van dans le but d’y effectuer la mise en scène visible sur le calendrier (photo ci-contre).

«Il y avait une maquilleuse, une habilleuse, une personne pour réajuster mon bustier, le photographe et un traducteur. Cela n’était pas pratique, car il fallait se changer aux toilettes, mais l’expérience et l’équipe étaient très sympas», relève Anna-Lucia.

Le choix du Creux du Van lui a particulièrement plu, car elle aime venir s’y promener, seule ou avec des amies. Quant à l’âne, elle l’aurait volontiers troqué contre une vache ou un cheval, elle qui monte régulièrement. Anna-Lucia ne s’en cache pas, sa démarche ne fait pas l’unanimité. Sa photo a essuyé certains commentaires négatifs sur Facebook et sa mère ne cautionne pas l’image de la femme véhiculée par le calendrier. Il n’en demeure pas moins que sa participation lui a donné confiance en elle et a permis de rendre obsolète l’étiquette que lui attribuaient ses camarades de classe. «On m’a toujours appelé le garçon manqué à l’école. Je voulais montrer que je peux être féminine. Je mets des talons de temps en temps», affirme-t-elle.

La passion de la terre

L’amour d’Anna-Lucia pour l’agriculture est né de ses vacances dans le Jura, où elle aimait donner un coup de main sur le domaine du frère de son parrain. «J’étais contente avec les vaches», commente-elle. C’est donc avec fierté que son mentor jurassien a appris qu’elle avait obtenu son CFC d’agricultrice, après une formation à Granges-Verney et à Marcelin, lors de laquelle son caractère bien trempé lui a permis de se faire une place dans un univers encore très majoritairement masculin. «En troisième année, j’étais la seule fille dans une classe de quatorze ou quinze. Au début, certains pensaient que j’allais me laisser faire», déclare-t-elle, amusée.

Avec plusieurs stages à son actif, dont un chez le député Jacques Nicolet, Anna-Lucia porte un regard lucide sur le métier, qui la pousse à chercher une autre formation, par exemple dans la police, afin d’avoir plusieurs cordes à son arc.

Cette adepte de course et de girons avec la Jeunesse de Champagne, dont elle fait partie -«ce ne sont pas que des beuveries, on y fait aussi beaucoup de sport», se verrait bien développer un concept d’agritourisme, en proposant une maison d’hôte et des balades à cheval à côté de son domaine.

«On me dit d’épouser un paysan, mais il faut encore le trouver!», déclare celle qui prête actuellement main forte à un agriculteur basé à Mézery.

Ludovic Pillonel