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Elle surpasse son handicap au quotidien

24 janvier 2014

L’Yverdonnoise Zita Destraz expose ses oeuvres dès demain au restaurant La Chandelle. Portrait d’une femme extraordinaire, dont le constant désir de se sublimer s’est transposé dans le sport et la peinture.

Dans sa demeure yverdonnoise, Zita Destraz s’est aménagé un atelier. Elle y réalise des tableaux tels que «vol de sorcière» (en médaillon).

Dans sa demeure yverdonnoise, Zita Destraz s’est aménagé un atelier. Elle y réalise des tableaux tels que «vol de sorcière» (en médaillon).

Lorsqu’on lui demande d’évaluer son parcours, Zita Destraz déclare du bout des lèvres qu’elle en est fière. Elle le peut, assurément. Derrière la mesure liée à sa modestie naturelle, la volonté hors normes de cette quinquagénaire domiciliée à Yverdon se traduit par les différentes prouesses dont elle a été l’auteur durant sa carrière sportive. La Haut-Valaisanne d’origine ne le cache pas. Elle ressent le besoin de tester ses limites, une inclinaison pour laquelle l’acceptation de son handicap a été le premier obstacle à franchir. «Je suis infirme moteur-cérébral. Il y avait beaucoup de révolte en moi à l’adolescence, mais j’ai appris à vivre et travailler avec mon handicap», avoue Zita Destraz.

A l’USY pour s’accrocher

La médaille d’or obtenue lors du 100 mètres des Jeux paralympiques de Séoul.

La médaille d’or obtenue lors du 100 mètres des Jeux paralympiques de Séoul.

Issue d’une famille de sportifs, son grand-père a fondé le club de handball de Viège, elle découvre que cette passion l’habite lors de rencontres organisées par l’institution sierroise où elle se trouve jusqu’à ses 16 ans. Le goût pour le sport ne la quitte pas lorsqu’elle vient dans le Nord vaudois réaliser un apprentissage d’aide-cuisinière, loin s’en faut. Elle décide de rejoindre l’Union sportive yverdonnoise (USY), son cours hebdomadaire ne suffisant pas à suivre la professionnalisation du sport handicap. Une double bonne idée. Au prix de quatre entraînements individuels par semaine au disque, au lancer du boulet et au 100 mètres, Zita Destraz est en première ligne dans les grands rendez-vous notamment l’or au 100 mètres aux Jeux paralympiques de Séoul, en 1988. Son temps de 14’07, ne sera battue que seize ans plus tard à Athènes ! De quoi faire la fierté de son entraîneur, Dominique Destraz, devenu son mari en 1994.

La peinture après le sport

Zita Destraz lors de sa performance réalisée en 1988 en Corée du Sud. © Michel Duperrex

Zita Destraz lors de sa performance réalisée en 1988 en Corée du Sud.

La bague au doigt et le bonheur dans l’âme, l’Yverdonnoise quitte son travail d’alors dans une grande surface. Elle avait arrêté le sport quelques années auparavant, il lui fallait donc un nouveau défi. Ce sera la peinture, pour laquelle ses compétences se façonnent au fil des cours qu’elle suit. «Je me suis beaucoup entraînée seule à la maison. J’ai aussi pris part à des séminaires en Suisse allemande, relève Zita Destraz. J’aime voir les expositions et j’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour le bricolage et la réalisation d’objets artisanaux », ajoute-t-elle, montrant un sac fait main, parfaite illustration de sa dextérité. Si les passions de la Nord-Vaudoise d’adoption ne s’imbriquent pas chronologiquement, celle-ci avoue que leur pratique à le même impact sur elle.

«Il ne faut pas dissocier le sport de la peinture». Et de préciser : «Quand je peins, j’oublie tout, je m’évade.» A l’image des traces de ses performances dans son palmarès sportif, sa nouvelle activité commence à livrer ses premières victoires. Après une exposition en 2012 au restaurant La Chandelle, à Yverdon, Zita Destraz rempile cette année avec «Paysages d’hiver», un mélange de pastels et d’acryliques fruits de l’intense activité créatrice dont l’artiste a fait preuve de mai à décembre derniers.

Son atelier, qu’elle appelle son «petit paradis», se trouve à l’étage supérieur de la maison. Au niveau intermédiaire, un bureau contient une grande étagère. Zita Destraz en sort un classeur. Le répertoire photographique de ses exploits avec la délégation suisse lors des Jeux paralympiques de Séoul. Les marques indélébiles d’une gagneuse au quotidien.

 

De demain au 28 mars. Restaurant La Chandelle, quai de la Thièle, Yverdon. Exposition «Paysages d’hiver», de Zita Destraz. Vernissage demain de 17h30 à 20h en présence de l’artiste.

Ludovic Pillonel