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Ensemble, elles sont plus fortes

6 juillet 2018 | Edition N°2283

L’une voulait parrainer une migrante, l’autre voulait se perfectionner en français. Depuis qu’elles se sont rencontrées, Martine Burger Heim et Hendara Fajr ont noué des liens durables.

Elle a débarqué seule, le 19 novembre 2015, avec Bahram, son fils de 4 ans, et Asraa, sa petite fille de 1 ans et demi. Son mari, arrêté à la frontière entre l’Iran et la Turquie, n’a pas pu les suivre. Hendara Fajr n’a eu d’autre choix que de continuer son interminable périple sans lui. En trois mois, elle a traversé neuf pays, à pied, en train, en voiture ou à cheval, pour emmener ses deux enfants jusqu’en Suisse, à l’abri des dangers qui les guettaient en Afghanistan.

Interceptée par la police dès qu’elle a posé le pied sur sol helvétique, Hendara Fajr a d’abord passé deux semaines à Bâle, avant d’arriver dans le Nord vaudois. Et c’est une jeune femme angoissée pour son mari, renvoyé en Afghanistan après avoir été emprisonné durant vingt jours, et esseulée avec ses deux petits qui a posé ses valises dans la région. Jusqu’à ce que Martine Burger Heim ne pose son regard bienveillant sur elle. La vie les a réunies grâce à l’action parrainage «Construire ensemble avec les réfugiés», qui vise à créer des binômes entre un migrant et un indigène (lire encadré).

Entre Martine Burger Heim et Hendara Fajr, cela a été comme une évidence. La première, chargée de cours dans le domaine du travail social, voulait donner de son temps pour aider un réfugié à apprendre le français et à s’intégrer. La seconde souhaitait perfectionner sa maîtrise de la langue de Molière. Réunies par Thérèse Aubert, répondante d’Action-parrainages pour le Nord vaudois, elles ont trouvé bien plus qu’une oreille attentive.

Martine Burger Heim et Hendara Fajr sont pratiquement devenues inséparables depuis leur rencontre. © Michel Duperrex

Liens particuliers

Entre les sorties au zoo ou au cirque, et les repas en famille ou entre amis, elles sont presque devenues inséparables. Elles se voient régulièrement, parfois jusqu’à quatre fois par semaine. «C’est un peu comme ma fille, maintenant je l’ai adoptée», sourit Martine Burger Heim tout en regardant avec tendresse la petite Asraa, 4 ans et demi aujourd’hui, qui sautille dans son appartement yverdonnois. «Elle est comme ma maman», reprend Hendara Fajr, en portant sa main à son cœur. «Quand elle joue avec mes enfants, je les vois heureux. Et à chaque fois que j’ai un problème, elle me dit de ne pas m’inquiéter et ça me rassure. Maintenant, j’ai une famille ici», s’émeut la jeune femme de 30 ans dans un français très fluide.

Martine Burger Heim le sait, les liens qui l’unissent à sa filleule sont particuliers. Et elle insiste: nul besoin de nouer une telle relation pour parrainer un réfugié. «Toutes les petites gouttes sont bonnes à prendre, image-t-elle. On le fait en fonction du temps qu’on a à disposition. Et si ça ne va pas, on peut se désengager.» L’objectif, c’est avant tout de pouvoir apporter quelque chose à l’autre. Il existe d’ailleurs plusieurs formes de parrainage, certains étant axés sur une assistance pour les démarches administratives ou des conseils juridiques. Et pour ceux qui choisiraient de s’investir pour aider un migrant à s’intégrer, toutes les petites initiatives sont bonnes à prendre: «On peut être un grand amateur de foot et emmener son filleul aux matches, note-t-elle. L’idée, c’est que les gens puissent s’intégrer, qu’ils parlent français et qu’ils ne restent pas dans leur coin.»

Des binômes pour créer du lien et s’intégrer

Action-Parrainages est née il y a deux ans d’une initiative conjointe des Eglises vaudoises, de la communauté israélite et d’associations de la société civile engagées auprès des migrants. Le projet a déjà permis de constituer plus de 400 binômes entre des migrants et des Suisses. Les parrains et marraines peuvent choisir de donner de leur temps pour aider leur filleul à progresser en français, l’assister dans des démarches administratives ou simplement passer un moment avec lui, l’objectif étant avant tout de créer des liens. Ils ne sont pas seuls dans cette aventure, puisque des moments d’échange et des ateliers sur des thèmes en lien avec l’exil sont proposés à ceux qui s’engagent.

De nombreux migrants attendent encore de trouver un parrain ou une marraine. Pour le Nord vaudois, la répondante est Thérèse Aubert, joignable au 077 452 98 09 ou par mail à l’adresse nord-vaudois@action-parrainages.ch

Caroline Gebhard