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Entre deux eaux

16 mai 2019 | Edition N°2499

Yverdon-les-Bains – Le Centre d’art contemporain accueille Marie Velardi pour une exposition tout en douceur sur les côtes. La Genevoise offre un tour du monde à la fois poétique et ancré dans une dure réalité.

Marie Velardi présente Venise et bien d’autres villes à travers son exposition Terre-Mer, à découvrir dès samedi au CACY. Lors du finissage, le 21 juillet, deux publications sur son travail seront présentées: Monographie et Atlas de Terre-Mer.  © Michel Duperrex

Tout a commencé par un drame. Une catastrophe naturelle. La tempête Xynthia s’est abattue en 2010 sur le flanc atlantique de l’Europe, emportant avec elle près de cinquante vies. «Il y a ce qui existait et ce qui a disparu. Ce qu’on avait l’habitude de regarder et qu’on ne voit plus. Comme sur une photo où, l’instant d’après, des choses auraient été gommées.» Ce sont par ces quelques mots, reflétant les émotions recueillies quatre ans après le désastre auprès des rescapés de La Faute-sur-Mer (F) et de L’Aiguillon-sur-Mer (F), que Marie Velardi embarque les visiteurs du Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains (CACY) pour un tour du monde à travers son exposition Terre-Mer.

Le voyage démarre donc en France, avec une visite silencieuse, en vidéo, sur des terres désolées. «Il y a une partie documentaire qui reprend les entretiens que j’ai menés durant six mois avec un anthropologue indien sur place. Ensuite vient le temps des possibles, avec une représentation purement spéculative des suites d’un tel désastre», explique l’artiste genevoise, qui a trouvé dans ce travail de terrain le terreau pour nourrir une réflexion artistique sur les littoraux autour du monde. De la France, à l’écosse, à l’Italie, à l’Argentine, en passant par la Pologne, les Pays-Bas, l’Inde, la Thaïlande ou encore l’Espagne, Marie Velardi a roulé sa bosse de continent en continent. Sa mission: comprendre ces liens entre la terre et la mer, entre l’homme et la nature, entre le passé, le présent et l’avenir, mais aussi entre la réalité et l’imaginaire. «Là, on imagine que c’est Avalon, l’île mythique du Royaume-Uni», dévoile-t-elle en désignant la dernière toile du parcours.

Côte à côte

Durant cinq ans, la peintre a enchaîné les rencontres avec des citoyens, des navigateurs et des scientifiques, et multiplié les lectures et les voyages pour alimenter son projet. L’exposition Terre-Mer, dont le vernissage a lieu samedi à 17h (lire encadré), est un concentré de ses recherches. C’est la première fois que l’entier de son projet, dont certaines pièces ont été vendues puis récupérées pour l’occasion, est réuni dans une seule et même pièce.

Pour agencer ce travail étoffé, la directrice du CACY a choisi un fil rouge graphique: «Quand on lit une carte, on a l’habitude de voir le bleu comme étant l’eau et les autres couleurs, comme la terre. Et bien là, c’est l’inverse, explique Karine Tissot. Ce qui sépare le sol de l’eau, c’est ce qu’on appelle un trait de côte. Sur une carte, il est net, mais pas dans la réalité. Marie Velardi a trouvé une façon poétique, sans côté maniéré, de le représenter, de rendre l’invisible visible.» Et de souligner: «C’est rare de voir une artiste qui a travaillé avec des scientifiques réussir à se défaire du côté rigide des sciences.»

De la terre à la lune

Si l’artiste a joué sur ce trait d’union géographique, elle a aussi entremêlé les récits et les époques. «En suivant ce trait de côte d’un tableau à l’autre, on croise différentes lignes temporelles.» Car pour tracer ces lignes, Marie Velardi s’est basée sur des cartes historiques, sur des plans actuels, et sur des projections de montées des eaux.

Pour étayer ces courbes, la Genevoise a également mis en exergue des textes, qui évoquent subtilement la dure réalité. «Je me suis inspirée de mes rencontres, mais aussi de fictions», confie-t-elle.

L’horloge lunaire de “Terre-Mer”, de Marie Verlardi. © Michel Duperrex

Finalement, le voyage se termine dans une petite pièce du CACY. Au centre, sous un spot, une horloge lunaire. Et tout autour, 28 dessins représentant les phases de cet astre sont suspendus sur des murs couleur marine. «Avant, on pensait que les taches sur la lune étaient des lacs», lance Karine Tissot pour faire le lien avec le reste de l’exposition. «Ça m’intéressait aussi ce rapport au temps long, ce retour à un cycle lunaire qui avance à un rythme quasi imperceptible, mais qui existe et qui a ses effets, note Marie Velardi, qui sent qu’elle n’a pas encore mis un point final à ce projet. On doit vivre avec des choses qu’on ne maîtrise pas et je me laisse aussi vivre en Terre-Mer, en zone de mouvance.»

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Une traversée aquatique de la Cité thermale

Le vernissage de Terre-Mer, samedi, coïncide non seulement avec un week-end de pleine lune, mais aussi avec la Nuit des Musées – Comestible, qui aura lieu de 17h à 23h. à cette occasion, le CACY ouvrira ses portes aux visiteurs qui, selon le programme yverdonnois, partiront à la recherche des quelque 2000 biscuits cachés dans les neuf institutions culturelles de la ville. «Ici, ils seront bleus, comme l’eau», révèle Karine Tissot. Pour cet évènement, le centre d’art a invité un performeur des Grisons. Lors de son show Timebomb, il imbibera un matériau spongieux avec de l’eau du lac, avant de le tirer à travers la Cité thermale jusqu’au CACY. Comme un tampon encré, il laissera apparaître un message éphémère sur le sol. De plus, des vidéos artistiques sur le thème de l’eau seront projetées dans la cour de l’Hôtel de Ville.

Christelle Maillard