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«Face à la machine géante, impossible d’obtenir le menu désiré»
Photo: Michel Duperrex

«Face à la machine géante, impossible d’obtenir le menu désiré»

10 octobre 2020

La rédaction connaît mon goût pour l’informatique et a voulu me taquiner un peu avec son thème imposé: “ces machines qui remplacent l’humain” en espérant faire baisser ma moyenne après mon 10 de la semaine passée. Soit, je relève le défi. De toute façon, je suis d’excellente humeur cette semaine.

Après les votations, le pays a en effet repris son gentil sillon, ce qui n’est pas déplaisant, avec les stades masqués, quelques giboulées sur le climat, et une légère piqûre d’overdose sur le sexisme et l’antispécisme, avec Miss Léonore Porchet, qui n’est pas prête de danser dans une revue de la région. Et pourtant…!

Mais surtout, le résumé de ces dernières votations est clair comme de l’eau de roche: « La Suisse achète des avions guerriers pour surveiller le loup, qui se gave des moutons d’une bergère berbère d’ailleurs, sans permis de séjour, dont le compagnon européen est en congé paternité et s’occupe du gamin désiré, n’ayant pas trouvé de place à la crèche, faute de subsides! »

Mais assez parlé, revenons au sujet de l’exposé. Durant mon court séjour sur mon île de la grande bleue, j’ai enfin dû me résoudre à conquérir le monde de l’automatisme, de l’écran tactile, de la carte magnétique, en un mot faire confiance à la machine, au robot, à tout ce qui ne boit jamais l’apéro, pour philosopher football ou politique. D’abord, il a fallu conduire l’auto automatique, remplir des données informatiques sur le bateau, payer avec la carte dont on a oublié le code, tirer du fric à la poste italienne, en croyant au miracle, éviter la «bûche» au parcomètre qui ne fonctionne jamais et ne pas payer la voiture de location avec du cash. Heureusement qu’il reste la «montre-attrape» et la nappe, marchandées au copain sénégalais sur la plage.

Le pire nous était réservé au retour, avec la lubie de s’offrir un «McDo», au nouveau restoroute du Chablais. Face à la machine géante, impossible d’obtenir le menu désiré, soit avec trop de salade, pas assez de ketchup ou l’oubli du coca! Après vingt minutes de jurons et une remarque sur mon masque mal ajusté, une minette a enfin joué à Zorro, afin que j’ingurgite mon steak de cow-boy qui, pourtant, n’a pas rendu jaloux mon cher papet aux poireaux. Mais le bouquet final m’attendait quand il a fallu soulager l’immense coca aux WC… Un franc sans vergogne pour passer le tourniquet comme au téléski… Exclu de sortir la monnaie, je laisse le choix de la solution, pour ce moment difficile, à l’imagination du lecteur…

Après cet oasis robot-internet, j’ai vite retrouvé la sensation du billet de banque froissé, dans la poche du pantalon. Et de me rappeler ce vieux witz quand, autour de la table, chacun vantait les gadgets de sa bagnole: «Moi, Maurice, je me promène avec ma 2CV, la capote ouverte, et quand il se met à pleuvoir, je pèse sur un bouton…» Alors tous les autres: «Bein quoi, la capote se réenroule…» «Non…, dit Momo, la pluie s’arrête!»

Denis Meylan