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Faire du cirque pour dépasser ses limites

6 septembre 2017 | Edition N°2075

Yverdon-les-Bains – L’Ecole de cirque a fait sa rentrée, hier. Depuis huit ans, Pierre Grivaz donne des cours à des enfants en difficulté, plusieurs fois par semaine.

Pierre Grivaz, laborant médical en bactériologie, a tout abandonné pour fonder sa propre école de cirque, en 2004. ©Duperrex-a

Pierre Grivaz, laborant médical en bactériologie, a tout abandonné pour fonder sa propre école de cirque, en 2004.

Dans un élan, il lance la balle, mais elle retombe sur le sol. «Je n’arrive pas à jongler», soupire un jeune garçon. «Non, ça c’est une phrase interdite, lui répond le professeur de cirque, Pierre Grivaz. Il faut dire : je n’y arrive pas encore. La clé, c’est l’entraînement.»

Hier matin, les cours de cirque pour les personnes en difficulté, dispensés par l’Ecole de cirque d’Yverdon-les-Bains, ont repris pour une nouvelle année. Depuis huit ans, l’association accueille des enfants et des adolescents issus de plusieurs institutions suisses, chaque semaine. «Certains ont subi un traumatisme dans leur famille et ne suivent pas un cursus scolaire normal, d’autres sont handicapés mentaux ou physiques», expose Pierre Grivaz, également directeur et fondateur de l’Ecole.

 

Un équilibre fragile

 

L’Ecole de cirque donne quatorze cours ordinaires par semaine. ©Duperrex-a

L’Ecole de cirque donne quatorze cours ordinaires par semaine.

Accompagnés de trois professionnels du cirque et d’un éducateur spécialisé chacun, les élèves peuvent s’essayer au monocycle, au cerceau, au trapèze ou encore aux anneaux. «Certains jours, comme aujourd’hui, ils sont calmes et appliqués. Mais cet équilibre est fragile. Parfois, ils s’énervent, crient, abandonnent. Dans ce cas, les éducateurs les emmènent se calmer dehors», explique le professeur de 62 ans.

Instaurer la confiance avec les adultes, pousser l’enfant à dépasser ses limites, mais surtout lui faire prendre du plaisir. Voici les objectifs que se fixe Pierre Grivaz. «Nous avons eu de belles surprises, comme cet enfant trisomique que nous suivons depuis de nombreuses années. Maintenant, il jongle et effectue des numéros avec ses camarades. A chaque fois, j’en ai les larmes aux yeux», confie-t-il.

Au cirque, le plaisir s’accompagne toujours du progrès. «Nous avons réussi à faire marcher sur un fil un gamin handicapé qui ne tenait même pas debout sur le sol», se rappelle fièrement le Payernois.

Tous les deux ans, l’Ecole de cirque présente ses numéros, sous un chapiteau, aux Rives du Lac. «Quand les parents voient leur enfant voltiger sur un bout de tissu à sept mètres du sol, ils se rendent vraiment compte de ce que nous avons accompli avec lui».

 

L’école de la vie

 

En plus des séances spécialisées, l’association dispense des cours normaux à plus de 150 élèves, dès l’âge de 5 ans. «Même dans les cours classiques, il n’y a pas que des personnes ordinaires, sourit Pierre Grivaz. Il y a des timides, des excités, des compétiteurs, des fainéants. Il faut composer avec toutes ces personnalités pour faire en sorte que ça marche. L’école de cirque, finalement, c’est un peu l’école de la vie.

 

Histoire de clowns

 

Durant plus de trente ans, Pierre Grivaz a fait parti d’un duo de clowns, «Trémolo et Chichili», se produisant dans toute la Suisse. En 2003, les deux compères ont décidé de monter un spectacle de cirque avec des enfants sourds. Présentée au public à la salle de La Marive, la représentation a rassemblé plus de 1200 personnes. C’est grâce à ce succès que les deux amis ont pu ouvrir leur école de cirque, un an plus tard. Depuis, deux autres professionnels ont rejoint l’équipe : la fille de Pierre Grivaz, Svenja, et Youness Lakhal.

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Lila Erard