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Forêt d’algues mystérieuse dans la Thièle

26 juillet 2017 | Edition N°2046

Yverdon-les-Bains – Une prolifération exceptionnelle d’algues vertes dans la Thièle inquiète les pêcheurs et les navigateurs. Ils soupçonnent une pollution d’engrais d’être à la base du phénomène. L’explication ne convainc pas les autorités communales.

La prolifération d’algues rend passablement difficile la navigation sur la Thièle. ©Michel Duperrex

La prolifération d’algues rend passablement difficile la navigation sur la Thièle.

Chaque été, c’est la même rengaine. Dès que les eaux du lac se réchauffent sous l’effet des températures estivales, les plantes aquatiques croissent sous la surface, empêtrant les hélices des bateaux et envahissant les zones de baignade. Cette année, le phénomène semble toutefois particulièrement virulent à Yverdon-les-Bains, où la prolifération d’algues pourrait tutoyer, voire dépasser, les records, en particulier dans la Thièle.

«Cela fait des décennies que nous n’avons plus vu ça. C’est une véritable forêt vierge. C’est scandaleux !» Réunis autour d’une table, le visage fermé, l’heure est au mécontentement pour sept navigateurs yverdonnois -dont cinq pêcheurs- désireux de conserver leur anonymat. De l’avis de tous, il y a urgence. «Aujourd’hui (ndlr : hier), on ne voit pas bien les algues, car il a plu. Mais c’est trompeur, tout le fond de la rivière est tapissé de plantes, pour la plupart remontant jusqu’à la surface, rendant par endroits la navigation très difficile.»

 

2000 litres d’engrais liquide

 

Par endroits, les bateaux sont «pris au piège» par les plantes. ©Michel Duperrex

Par endroits, les bateaux sont «pris au piège» par les plantes.

Cet été, l’ampleur du phénomène inquiète les habitués des lieux. Pour eux, les 2000 litres d’engrais liquides -du sulfate d’ammonium- déversés accidentellement dans la Thièle à la hauteur du giratoire de La Marive, au début du mois de juin (lire La Région Nord vaudois du 7 juin), sont la source du problème. «C’est depuis cette date qu’il y a eu une poussée d’algues vertes fluo et gluantes, qui ne poussent d’habitude pas ici», reprend une navigatrice pointant du doigt les plantes entourant son embarcation.

«L’engrais déversé n’a joué aucun rôle dans la prolifération des algues.» Marc-André Burkhard, municipal

«L’engrais déversé n’a joué aucun rôle dans la prolifération des algues.» Marc-André Burkhard, municipal

Du côté des autorités communales, on se veut rassurant, et catégorique. «Je peux vous affirmer que les quelque centaines de litres d’engrais qui ont fini dans la rivière n’ont joué aucun rôle dans la prolifération des algues, promet Marc-André Burkhard, municipal en charge des travaux et de l’environnement. Leur présence est simplement due à la hausse de la température de l’eau de ces dernières semaines.» L’explication laisse les navigateurs pantois. «J’ai de la peine à croire que 2000 litres d’engrais liquide, qui se mélangent par ailleurs parfaitement à l’eau, n’ont eu aucune conséquence sur l’environnement», glisse l’un d’eux.

Contactée hier, la Direction générale de l’environnement (DGE) s’est dite surprise du cas de pollution et n’a pas souhaité s’étendre sur le sujet.

 

L’absence de faucardeuse pointée du doigt

 

Plus de 2000 litres d’engrais se sont retrouvés dans la Thièle le 6 juin. ©Duperrex-a

Plus de 2000 litres d’engrais se sont retrouvés dans la Thièle le 6 juin.

Jusqu’en 2007, Yverdon-les-Bains avait sa propre faucheuse d’algues. Depuis, c’est une société basée à Neuchâtel qui mène des campagnes de faucardage sur les rives du lac, dont la Cité thermale.

«Par rapport à l’année passée, on a considérablement augmenté nos plages horaires à Yverdon-les-Bains, confie le municipal en charge des Travaux et de l’Environnement, Marc-André Burkhard. Mais nous ne sommes pas les seuls à être envahis. C’est le même problème partout. Il faut apprendre à vivre avec ces algues, c’est la nature.» L’explication fataliste ne convainc que très moyennement les principaux concernés. «La vérité, c’est que la Commune et le Canton s’en fichent, déplore une navigatrice chevronnée soucieuse de garder l’anonymat. La Ville préfère faucarder au port des Iris, où le syndic y amarre son bateau. On ne demande pourtant pas la lune, mais juste de passer la machine de temps en temps. On paie des taxes et des concessions. A quoi bon, finalement ?»

Simon Gabioud