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Forte mobilisation contre la décharge

13 mars 2019 | Edition N°2455

Granges-de-Cheyres – Un collectif citoyen lance une pétition pour s’opposer à un projet du groupe Orllati.

Le projet du groupe vaudois Orllati de construire une décharge pour les matériaux d’excavation aux Granges-de-Cheyres, au-dessus du village de Cheyres, suscite une levée de boucliers. La salle des sociétés de Murist, dans le canton de Fribourg, était trop petite pour accueillir les 150 participants à la séance d’information organisée lundi soir par un collectif citoyen, qui s’oppose au projet et qui vient de lancer une pétition.

A la table du comité de l’association, on trouve cinq habitants de la Vounaise, hameau faisant partie de la commune d’Estavayer-le-Lac. La décharge est prévue sur deux parcelles agricoles d’une surface totale de 160 000 m2, situées sur la commune de Cheyres-Châbles. Le dépôt devrait être exploité pendant quinze ans. Mais pour se rendre sur le site, les camions devraient passer par la Vounaise, affirment les opposants. Ceux-ci craignent notamment une augmentation des nuisances sonores et estiment que la route existante n’est pas adaptée. Certains habitants reprochent également à la Commune de Cheyres-Châbles «d’avoir le bon rôle» en encaissant les taxes sans subir les nuisances.

 Soutien d’une députée

Parmi les personnes présentes lundi, il y avait de nombreux citoyens de la commune fribourgeoise d’Estavayer-le-Lac, mais également des Montets, de Lully, de Cheyres-Châbles et de Rovray. La députée Verte Sylvie Bonvin-Sansonnens avait aussi fait le déplacement pour soutenir le collectif citoyen. Le comité a toutefois refusé d’accueillir Didier Aeby, du groupe Orllati, alors qu’il avait demandé à participer à la soirée. «Nous estimons que c’est à Orllati d’organiser une séance d’information à la population», explique Colette Ansermet, membre du comité.

Pour l’heure, le contenu du dossier reste nébuleux pour les riverains, car le projet n’a pas encore été mis à l’enquête. Les opposants disposent d’anciennes informations. Ils estiment toutefois que cette décharge sera une «verrue» dans le paysage et qu’elle perturbera le milieu naturel. Ils craignent aussi une pollution des sols et des sources d’eau privées et sont persuadés que ce projet ne répond pas à un besoin.

 Objectif: stopper le projet

Le collectif citoyen mise sur plusieurs actions pour faire entendre sa voix. Il a lancé une pétition, qui tourne dans plusieurs villages voisins. «Nous avons déjà récolté plus de 300 signatures depuis jeudi passé», se réjouit Colette Ansermet. Le comité compte remettre la missive au Conseil communal de Cheyres-Châbles. But visé: faire prendre conscience aux autorités de l’ampleur de la protestation et stopper le projet. Le collectif encourage également les citoyens à déposer une opposition lors de la mise à l’enquête.

Absent lors de la séance, Pierre-Yves Dietlin, syndic de Cheyres-Châbles, affirme que le Conseil communal est contraint de soutenir ce projet en modifiant temporairement le changement d’affectation de zones. «Il s’agit d’un projet de construction comme un autre. Comme nous n’avons pas d’autre choix que de le soutenir, nous avons voulu une contrepartie, raison pour laquelle nous allons encaisser une taxe d’un franc par m3 de matériaux», se défend-il. Et d’affirmer: «Oui, nous avons signé une convention avec Orllati pour que les camions n’empruntent pas la route de remaniement menant de Cheyres aux Granges-de-Cheyres. Ceci uniquement pour des raisons de sécurité, car elle n’est pas adaptée.»

Le collectif citoyen compte aussi sur le soutien des autorités d’Estavayer-le-Lac pour freiner le projet. Présent à la séance, le conseiller communal Eric Chassot a répété que, pour l’instant, aucun arrangement n’a été signé avec Orllati. «Nous attendons la mise à l’enquête et nous étudierons le dossier. Le but sera de voir si cette décharge est conforme à la loi», a-t-il précisé.

Contacté, le groupe Orllati répond par mail que le projet broyard prévoit un passage quotidien de dix-huit camions. Il ne précise pas leur cheminement et assure que «l’étude a retenu des tracés minimisant au maximum les impacts pour la population et l’environnement en limitant le nombre de kilomètres effectués entre les lieux de production et de dépôt.» Concernant les nuisances sonores, des mesures seront prises, avec notamment des buttes végétalisées antibruit.

Le groupe ajoute que la preuve de la nécessité d’un dépôt sera mentionnée dans le dossier qui sera mis à l’enquête fin mars. Il assure que les remblais proviendront de chantiers de la région et qu’une fois que le terrain sera remis à l’agriculture, il y aura un comblement d’une épaisseur moyenne de six mètres.

Delphine Francey – La Liberté

Rédaction