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Garagistes sous pression

7 novembre 2019 | Edition N°2619

Yverdon-les-Bains - Alors que deux garages viennent de fermer leurs portes, la taxe sur les émissions de CO2 accentue encore les difficultés.

L’artère régionale bordée par le plus grand nombre de garages, de l’avenue de Grandson à l’entrée des Tuileries, compte désormais deux grands espaces vides. À l’avenue de Grandson, Clinic Cars a concentré ses activités au nord de la rue, alors qu’au Bey, le Garage des Lovats, agent Nissan, a purement et simplement fermé ses portes. Il ne reste à Yverdon-les-Bains que René Grosjean, agent Nissan service aux Uttins, pour répondre aux besoins de la marque japonaise.

La branche serait-elle confrontée à des difficultés? L’enquête publiée lundi dernier par l’Union professionnelle suisse de l’automobile (UPSA) et BAK Economics AG, institut de recherche indépendant, évoque «une perspective assombrie par des défis de taille».

En effet, dès janvier, les véhicules émettant trop de CO2 seront pénalisés et les importateurs passeront à la caisse. À moyen terme (2025 au plus tôt), certains pays, à l’instar de la Norvège et de la Chine, prévoient d’interdire les moteurs à combustion. D’autres leur emboîteront le pas, même si les experts estiment que la branche a besoin de plus de temps pour réaliser une reconversion complète des motorisations.

Compresser les coûts

Dans ce contexte, les ventes de voitures neuves en Suisse, qui devraient encore passer la barre des 300 000 véhicules cette année, vont ralentir. BAK Economics prévoit une baisse de 3,1% l’an prochain. Le marché de la voiture d’occasion, actuellement affecté, devrait, lui, se porter un peu mieux.

Avec de telles perspectives, les garagistes n’ont d’autre choix que de compresser leurs charges. Directeur de Clinic Cars, Michel Crisinel ne cache pas que c’est bien cette nécessité qui l’a conduit à regrouper toutes ses activités dans les locaux flambant neufs inaugurés l’an dernier au nord de l’avenue de Grandson. «L’année 2019 n’est pas si rose que cela. Les importateurs nous demandent d’immatriculer des véhicules neufs avant le 1er janvier, pour éluder la nouvelle taxe sur les émissions de CO2. Lorsqu’on parle de 300 000 véhicules neufs vendus, cela ne correspond pas à la réalité. Un certain nombre de ceux-ci sont immatriculés, mais pas vendus», explique l’agent Citroen-Renault-Dacia.

Par ailleurs, le marché de l’automobile a bénéficié cette année d’un effet de rattrapage, la Suisse ayant appliqué dès septembre 2018 des normes que les pays européens n’ont introduites qu’en janvier dernier. Pratiquement, les acquéreurs ont attendu les nouvelles homologations. «On a eu un trou de six mois, puis il y a eu un effet de rattrapage. Avec toutes les questions ouvertes, on a le sentiment que bien des clients ont décidé d’attendre et de reporter l’achat d’un véhicule neuf», explique Michel Crisinel. Il note d’ailleurs «qu’on commence à avoir du stock, ce qui n’a jamais été le cas pour une marque comme Dacia».

Michel Crisinel relève pourtant que le financement de l’acquisition d’un véhicule n’a jamais été aussi bas, en raison des taux d’intérêt qui ont atteint un plancher historique. Ce spécialiste a aussi le sentiment que «l’économie commence à gripper». Les clients préfèrent effectuer un ou deux services de plus et différer l’achat d’un nouveau véhicule.

De plus en plus chargés

Si l’évolution des contraintes touche d’abord les marques et les importateurs, les garagistes en subissent toutes les conséquences au niveau du terrain. Les marges sur les voitures neuves sont extrêmement basses. Le garage doit faire preuve d’imagination et, surtout, faire tourner l’atelier pour assurer la viabilité de l’entreprise.

Ce samedi de 9h30 à 15h30, Clinic Cars, av. de Grandson, en collaboration avec Blue Fit, organise un marathon de spinning (vélo en salle) en faveur de l’Association Porte-Bonheur, Fr. 25.-/h.

Isidore Raposo