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Grande émotion autour d’un oiseau

27 novembre 2018 | Edition N°2383

Ils sont plusieurs centaines d’ornithologues à avoir fait le déplacement depuis le Tessin ou de Bâle, Moscou ou Bruxelles pour observer une pie-grièche de schach. Un oiseau de vingt grammes qui vit en Asie.

Une soixantaine d’observateurs en tenue de camouflage, alignés comme à l’appel le long d’un champ au bord du lac à Grandson… Que se passe-t-il? Le monstre du Loch Ness serait-il en villégiature chez nous?

En fait, depuis le 18 novembre, journée de recensement annuel des oiseaux d’eau, des ornithologues venus des quatre coins de l’Europe, et même semble-t-il de Russie, se sont retrouvés au bord du lac de Neuchâtel, quelques centaines de mètres avant le camping de Grandson, afin d’observer un oiseau d’à peine vingt grammes: une pie-grièche de schach. Celle-ci a été découverte par hasard lors du recensement par un Concisois, Fabien Kloetzli, passionné d’ornithologie depuis son enfance. «Je me baladais au bord du lac, car en ce moment on peut bien observer les oiseaux d’eau. Et tout d’un coup, j’ai vu cet oiseau. J’ai tout de suite réalisé que c’était une pie-grièche, mais savoir laquelle…? Après l’avoir bien observée, j’ai vu au bec, à la longueur de la queue et à ses couleurs que ça ne pouvait être qu’une pie-grièche de schach. Il s’agit d’un jeune mâle de l’année. Il s’est installé dans la forêt qui borde le lac. Son habitat habituel se trouve entre le Pakistan et la Chine. Comme ce jour là il y avait pas mal d’ornithologues au bord du lac, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Il y a des centaines de passionnés qui sont venus parfois de très loin pour l’observer. Après l’incrédulité, ça a été pour moi une grande joie.»

Ce volatile à peine plus gros qu’un moineau, aux jolies teintes orangées, ocres, brunes et au masque noir arrive tout droit d’Asie. C’est la première fois qu’il est observé en Suisse. Il a été vu une fois en Israël, en Belgique, en Suède et aux Pays-Bas. Il s’est perdu, car à cette époque de l’année il devrait être en Asie du sud-est. «Il est possible qu’il ait été emporté par la bise qui a soufflé il y a quinze jours», suppose François Turrian, directeur romand de Birdlife Suisse. «En tous les cas, il a créé l’émoi dans toute l’Europe! De plus en plus d’ornithologues se forment pour découvrir des oiseaux rares. C’est magnifique.»

Gageons que tant que ce visiteur n’aura pas quitté les lieux, la tranquillité du site ne sera plus garantie.

Dominique Suter