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Une graveuse remise au goût du jour

17 octobre 2017 | Edition N°2103

Mathod – Passionné par la musique électronique et les sons en tous genres, le producteur Sylvain Ehinger a acquis un ancien modèle de graveuse de vinyles, fabriqué dans les années 1940 par l’usine sainte-crix Thorens. Rencontre.

L’ancienne graveuse de vinyles a été modernisée pour produire de nouveaux sons. ©Charles Baron

L’ancienne graveuse de vinyles a été modernisée pour produire de nouveaux sons.

Quand on entre dans le studio de l’artiste Xewin, alias Sylvain Ehinger, au coeur du village de Mathod, on est transporté par l’ambiance musicale qui y règne. Des synthétiseurs ici et là, des vinyles noirs et transparents, des micros et des amplificateurs sont disposés dans cette ancienne grange rénovée. Un objet insolite, situé à proximité de l’entrée du bureau du mélomane, retient cependant l’attention du visiteur. «J’ai déniché cette ancienne graveuse de vinyles à 200 mètres de chez moi, révèle le quadragénaire, informaticien à temps partiel et producteur de musique électronique. Charles Perrin, le gérant du commerce Au Gramophile, ne voulait pas s’en séparer. J’ai dû m’y prendre à plusieurs fois pour l’acquérir.»

La réticence de Charles Perrin était compréhensible, car l’ancienne graveuse de vinyle a été fabriquée par l’entreprise Thorens, en 1949, à Sainte-Croix. «Il s’agit d’un des seuls modèles encore existants, explique Sylvain Ehinger. Cette technologie plus que centenaire était essentiellement produite en Allemagne.»

 

Un modèle unique

 

Le musicien reconnaît toutefois que le disque à microsillon est réservé à un marché de niche et suscite l’intérêt de quelques passionnés de musique. «Ce support permet de matérialiser et de revaloriser la musique à une époque où la tendance est au numérique», déclare-t-il. Durant plus de deux ans, Sylvain Ehinger s’est donc attelé à moderniser la graveuse de vinyle. «Je n’ai pas vraiment compté mon temps. Il m’arrivait parfois de me réveiller pendant la nuit pour améliorer la machine.»

Son objectif ? Simplifier le processus de gravure en l’automatisant et en y ajoutant des possibilités alors inexistantes dans les années 1940, comme la gravure stéréo ou le 45 tours à la minute.

 

Collaboration avec le CPNV

 

Même si Sylvain Ehinger n’est jamais à court d’imagination pour créer des sons, il a fait appel au Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV). Deux élèves qui suivent des modules complémentaires techniques (MCT) ont, ainsi, participé à l’automatisation de la graveuse, durant quatorze semaines. «Le projet nous a semblé suffisamment pédagogique pour développer une vraie collaboration», estime l’enseignant Tommaso Federici. Les élèves ont développé différentes fonctionnalités, telles que le déplacement du bras, les changements de vitesse ou le placement du diamant sur le vinyle.

A l’occasion de portes ouvertes, Sylvain Ehinger proposera, ce weekend, des ateliers pour graver des disques uniques et personnalisés (lire ci-dessous). «C’est complet, affirme le producteur, mais les curieux pourront venir jeter un coup d’oeil.»

Plus d’informations sur : www.pixelgroove.ch

 

Le vinyle : une oeuvre d’art à part entière

 

L’ancienne graveuse de vinyles a été modernisée pour produire de nouveaux sons. ©Charles Baron

L’ancienne graveuse de vinyles a été modernisée pour produire de nouveaux sons.

Si Sylvain Ehinger produit le son, il peut compter sur l’artiste Malizia Moulin, sérigraphe qui partage sa vie entre Genève et Concise, pour personnaliser les disques et les pochettes avec de la peinture acrylique, de l’aquarelle, de la couture, du collage, de la perforation et du découpage. «Je connais Sylvain depuis plusieurs années (ndlr : son frère était dans la même classe que le musicien), confie la jeune femme, qui compose des objets non identifiés. L’idée de réaliser un support sonore à l’opposé du numérique m’a immédiatement enthousiasmée. Ainsi, j’ai voulu rendre une âme à la musique.» Pour ce faire, Malizia Moulin n’a pas hésité à mélanger les couleurs -elle travaille essentiellement avec la quadrichromie. Hormis le cyan, le magenta, le jaune et le noir, l’artiste a ajouté des touches de fluo, de doré et d’argenté à sa palette. «La couleur c’est la vie, tout comme la musique», conclut la Concisoise.

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Valérie Beauverd