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Grégory Thuillard, ange gardien

3 novembre 2016 | Edition N°1863

Hockey – 2e ligue – Nouvelle recrue d’Yverdon, l’ancien portier de Morges se confie sur ses années en Ligue nationale, sa famille et ses ambitions. Heureux, tranquille, cool quoi.

Sous ses nouvelles couleurs, l’ancien Morgien a apprivoisé une patinoire un rien plus vétuste que l’antre des Eaux Minérales. ©Michel Duperrex

Sous ses nouvelles couleurs, l’ancien Morgien a apprivoisé une patinoire un rien plus vétuste que l’antre des Eaux Minérales.

Le «colosse», le «mur», «l’assurance vie» ou encore «l’armoire à glace». Partout où il passe, Grégory Thuillard force le respect et collectionne les surnoms. Au moins autant que les blanchissages. Pierre angulaire de Forward Morges durant six saisons en 1re ligue, grand artisan de l’épopée des Bulldogs lors des dernières séries, le solide gaillard de 99kg -«105 quand j’abuse un peu de la raclette»- a marqué de son empreinte son ancien club. Débarqué à la fin de l’été dans la Cité thermale, il constitue déjà un élément essentiel de la colonne vertébrale du HC Yverdon.

«Je ne suis pas venu en touriste, clame, d’entrée, le compétiteur de 33 ans. Que ce soit face au LHC ou contre Tramelan, j’entre sur la glace avec la même rage et la même envie de l’emporter. Je suis comme ça.» Sous son imposante cuirasse et son casque, se cache un gars simple, qui n’a rien d’un croquemitaine.

Sur le banc du LHC

Etoile montante des juniors élite du Lausanne HC au début des années 2000, celui qui a croisé les crosses avec des Josi, Froidevaux et autres frères Berger est vite repéré par les dirigeants du club, et intègre la première équipe. «Je partageais le vestiaire avec certains de mes idoles, des joueurs que j’encourageais alors depuis les tribunes de Malley», narre, non sans émotion, la doublure d’un certain Beat Kindler. «Même si je n’ai pas griffé la glace une minute en LNA, je garde des souvenirs grandioses. Quand tu te retrouves sur le banc face aux ZSC Lions, dans un chaudron de plus de 10 000 spectateurs, c’est juste fou !»

Après quelques saisons en 1re ligue avec Star Lausanne, au sein d’un «groupe qui s’est mué en une famille», et riche de deux titres de champion, il chausse une première fois les patins au bord du lac de Neuchâtel, avec les Young Sprinters, alors pensionnaires de LNB. «C’était une période enrichissante mais difficile, glisse celui qui partageait les clés des buts avec Ciaccio. J’ai appris à perdre, à aller chercher le puck au fond des filets.»

Arrivé à échéance de son contrat d’une année, il quitte la Ligue nationale pour retourner à Star Lausanne, avant de rejoindre Forward Morges (2L) et un certain Laurent Perroton, son entraîneur durant son odyssée à l’Odyssée. Une saison «dominée de la tête et des épaules» a suffi aux Bulldogs pour retrouver la 1re ligue, en 2011. «J’étais venu à Morges dans l’idée de lever un peu le pied, j’ai vite déchanté», souffle, hilare, le titulaire de l’époque. «De toutes les divisions, la 1re ligue est la plus ingrate, reprend le Lausannois. Tu t’entraînes cinq fois par semaine, tu sacrifies tous tes week-ends, tu n’es que très peu payé et tu joues devant une poignée de spectateurs. C’est de la folie, il faut vraiment être passionné et avoir le hockey dans les tripes.»

Après six belles années dans la cage morgienne, et à l’orée d’une fusion entre Forward et Star Lausanne, ses «deux clubs de coeur», il était l’heure pour lui d’écrire une nouvelle page, à Yverdon. Pour définitivement tourner celle de la 1re ligue ? «L’objectif est d’aller le plus loin possible, affirme le nouvel arrivé. Les gars ont un goût d’inachevé par rapport à la finale perdue l’année passée. Alors on va tout faire pour corriger cela cette saison, et viser la promotion.»

Coéquipiers retrouvés

Celui qui a épousé un tricot vert imprimé de son n°25 fétiche n’a pas débarqué en terre inconnue dans la Cité thermale. «Mes anciens coéquipiers m’ont dit beaucoup de bien sur le club, sa mentalité et ses ambitions», lâche-t-il en citant des Curty, Smith et autre von Allmen, actuels piliers du HCY, qu’il a côtoyés sous les couleurs de Forward.

Quand vient le moment d’aborder l’avenir, le «mur» se fait murmure et les questions sur la suite de sa carrière à Yverdon rebondissent comme les pucks sur son bouclier. «Je n’ai encore rien décidé, même si j’avoue être un clubiste», glisse celui qui a revêtu le maillot de seulement quatre équipes en bientôt trente ans de carrière. Puis, sous une barbe fournie digne d’une longue série de playoffs, un sourire se dessine : «Je vais être père en février. Alors, pour une fois, pour la première fois même, ma famille sera ma priorité.» Et l’occasion, peut-être, de transmettre le virus du hockey à un gardien en herbe. «Ou à une gardienne, qui sait ?», corrige le futur papa.

Le regard de ses coaches

©Antille-a

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Laurent Perroton Entraîneur de Star-Forward (1L)

«Entre Grégory et moi, c’est une très belle histoire. Je l’ai entraîné pendant dix ans (réd : de 2003 à 2007 à Star Lausanne et de 2010 à 2015 à Morges). En plus de ses grandes qualités de gardien, c’est quelqu’un de très pro. Dans le bus, avant le match, il était dans sa bulle, silencieux, alors j’en profitais pour faire la sieste. Aujourd’hui, les jeunes sont beaucoup plus bruyants. Je repense souvent à lui dans ces moments-là (rire). Non, plus sérieusement, je ne retiens que du positif de ce gars.»

Jiri Rambousek Entraîneur du HC Yverdon (2L)

©Duperrex-a

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«Son niveau de jeu est juste extraordinaire. C’est sans aucun doute le meilleur gardien du championnat. Durant les matches, c’est une sorte d’assurance tout risque pour nous ; on peut se permettre de prendre plus d’initiatives dans le jeu. Quant aux entraînements, il est le premier sur la glace et le dernier à la quitter. C’est quelqu’un qui a une grosse expérience et une incroyable aura dans le vestiaire, notamment auprès des jeunes. Quand il parle, tout le monde l’écoute.»

 

Simon Gabioud