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Il a dédié toute sa science à l’art de façonner le bois

6 janvier 2017 | Edition N°1907

Pomy – Damien Ythier a quitté la biologie moléculaire pour l’ébénisterie. Une reconversion pas aussi surprenante qu’elle en a l’air.

La résine, teintée de diverses couleurs, est une nouvelle source d’inspiration créatrice pour Damien Ythier. ©Michel Duperrex

La résine, teintée de diverses couleurs, est une nouvelle source d’inspiration créatrice pour Damien Ythier.

L’atelier poméran de Damien Ythier dégage une joyeuse impression de chaos sur fond de musique reggae. Imaginez une pièce d’envergure, aux parois tapissées de planches en bois de nombreuses essences, où machines, outils et établis se partagent la vedette. Le tout saupoudré, ça et là, de sciure et surplombé par une maquette d’avion. La cohérence ne tape pas à l’œil du visiteur, pourtant l’espace résume à merveille le parcours et le profil atypiques du maître des lieux. L’ébéniste Damien Ythier est un chercheur sur bois. Son fief nord-vaudois, un laboratoire où l’on ose des unions improbables de matériaux. La fibre recherche et développement, indissociable du passé scientifique de l’homme de 37 ans, reste la sève de son quotidien professionnel. Dernier exemple en date : le recours à la résine, qu’il intègre aux tables de son cru. Sur un modèle, la matière empruntée aux univers de l’aviation et de la navigation parsème le bois cintré d’intervalles colorés ; sur un autre, elle sublime des lattes dans une prison aux nuances de rouge. La maîtrise de cet outil créatif aux multiples possibilités ne s’acquiert pas en consultant un manuel. Il faut tâtonner, faire ses expériences, afin d’acquérir le savoir-faire jalousement gardé par les quelques artisans qui en jouissent.

Passionné de modélisme

L’avion miniature suspendu au plafond de la pièce cesse d’être un OVNI lorsque Damien Ythier évoque le bonheur qu’il a à se servir de ses mains. Avec seulement quelques années au compteur, il travaillait comme bûcheron d’appartement à Paname, grâce au kit de bricolage offert par ses parents. Le déménagement à Collex-Bossy- l’enfant avait une dizaine d’années- a coïncidé avec la naissance d’une passion pour le modélisme, assouvie avec assiduité au sous-sol de la maison familiale.

C’est pourtant dans la biologie moléculaire et cellulaire que la carrière de Damien Ythier semblait se dessiner, après un échec dans la voie médicale empruntée par ses parents, faute d’avoir «bûché». Le passage au laboratoire de l’Université de Lausanne, où l’on retrouvait le jeune homme auréolé d’un Master et d’un Doctorat, a accouché d’une révélation : le domaine scientifique n’était pas fait pour lui. «J’ai arrêté après trois ans et demi, alors que je travaillais comme chercheur sur les mécanismes moléculaires liés au diabète. Je garde cependant toujours un oeil attentif sur la science», indique-t-il.

L’appel du bois

L’ébénisterie, rêve d’adolescence qu’il avait déjà hésité à exaucer, s’était imposée comme une évidence. Ses premiers pas dans le métier ont été effectués dans un atelier en terre neuchâteloise. L’opportunité de voler de ses propres ailes, avec les économies réalisées durant sa première vie professionnelle, s’est présentée alors qu’il officiait chez l’artisan Alfred Fawer, basé à Yverdon-les-Bains.

«La Fibre Du Bois», l’enseigne de Damien Ythier depuis environ deux ans et demi, propose des réalisations et des créations dans le domaine du mobilier haut de gamme, mais aussi de l’ébénisterie «classique». Le code-barre, signature des pièces conçues, symbolise la débauche de matière grise associée en permanence à la démarche. Scanné au moyen d’un smartphone, il révèle les initiales de l’atelier. L’auteur s’amuse du paradoxe. «C’est un clin d’œil à la société de consommation reproduit sur des pièces uniques», relève-t-il.

Infos sur www.lafibredubois.com ou sur la page Facebook de l’atelier.

Valoriser les ressources régionales en bois massif

Damien Ythier s’appuie autant que possible sur le bois indigène. Il mise, entre autres, sur les trésors cachés dans les granges des paysans. Le bois massif inutilisé qui s’y trouve a souvent été conservé depuis des décennies, dans le but initial de réaliser des meubles domestiques.

«Il est beaucoup plus stable que celui séché au four par les machands », souligne l’artisan. Ce dernier récupère aussi les stocks des ébénistes cessant leur activité.

Bricoleur dans l’âme, Damien Ythier effectue lui-même la plupart des travaux dans son foyer de Cronay et continue à étoffer son impressionnante collection de modèles réduits d’avions et de planeurs -une centaine de réalisations.

Adepte de grand air, cet homme marié et père de deux enfants en bas âge pratique également le kitesurf, le snowboard, la voile, ainsi que la pêche à la truite dans la Menthue.

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Ludovic Pillonel