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Il souffle ses notes depuis septante ans

21 février 2019 | Edition N°2441

Henri Sandoz, 85 ans, joue de la basse à l’Echo du Mont-Aubert de Concise depuis 1949. Il recevra la médaille du mérite de la Société cantonale des musiques vaudoises lors de la Fête des jubilaires, le 24 mars prochain.

Installé à la table de sa cuisine, Henri Sandoz fouille dans ses vieilles photos pour se rappeler des années qu’il a passées à l’Echo du Mont-Aubert de Concise. L’homme de 85 ans s’apprête à recevoir la médaille du mérite de la Société cantonale des musiques vaudoises. Ce sera le 24 mars, lors de la Fête des jubilaires à Préverenges. Depuis septante ans, il vibre au rythme de la fanfare villageoise et compte parmi les trois Vaudois qui affichent sept décennies de musique au compteur.

Tout a débuté lorsqu’il avait 15 ans. Sur l’un des clichés, on le voit vêtu de son premier costume. «C’était ma première Abbaye. Ce jour-là, j’étais très fier», se souvient celui qui a commencé par jouer du cornet. «A l’époque, on apprenait la gamme et on jouait pour le plaisir. Aujourd’hui, c’est différent, car les jeunes musiciens sont formés à la technique musicale.» Avec son frère André, il descendait à vélo chaque semaine depuis le Domaine de la Lance, où ses parents travaillaient comme agriculteurs, pour se rendre au village et jouer de son instrument. Une main sur le guidon et l’autre sur le cornet, le jeune adolescent interprétait quelques notes à travers les vignes tout en pédalant. «Oh bien sûr, il y a eu quelques chutes, notamment avec mon frangin», glisse-t-il.

De père en fille

Le Concisois n’a manqué que deux abbayes dans sa vie. La première fois, il était à l’école de recrues, et la seconde, en voyage de noces à Barcelone avec Liliane, son épouse depuis 1962. «C’était la première fois qu’on partait en vacances. Je n’étais jamais allé aussi loin de ma vie», se rappelle Henri Sandoz. Par la suite, Liliane l’a suivi çà et là tout au long de son parcours mélodique. «La musique, ça n’a jamais été mon truc, explique-t-elle. Mais j’ai toujours apprécié l’ambiance amicale qui régnait dans les Girons et je m’entendais bien avec les autres épouses.»

S’il n’a pas réussi à transmettre sa passion à Liliane, sa fille Christine a commencé très tôt à jouer de la trompette. «Elle a chopé le virus, comme on dit. Et aujourd’hui, elle dirige des fanfares», précise son papa.

Il y a trente ans, Henri Sandoz a délaissé le cornet au profit de la basse. «C’est l’instrument qui donne les plus belles soifs», note le vigneron au regard malicieux.

Alors qu’il repasse le film de ses souvenirs, il se lève tout à coup pour se diriger vers le salon, dont il revient les yeux brillants, une médaille entre les mains. «Celle-ci, je l’ai obtenue il y a dix ans pour mes soixante ans d’activité. Et aujourd’hui, c’est un véritable exploit parce que je joue toujours à l’Echo du Mont-Aubert, même si je ne participe plus à l’Abbaye», raconte-t-il. Avec l’âge, son instrument à vent, qui pèse plus de dix kilos, est en effet devenu trop lourd pour lui et il a dû renoncer à défiler.

Et s’il ne fallait retenir qu’un seul moment? «Je ne sais pas, il y en a eu tellement, mais j’ai beaucoup apprécié de jouer avec l’orchestre de jazz à Berne», conclut Henri Sandoz, prêt à rempiler pour les dix prochaines années.

 

Valérie Beauverd