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«Ils ont tout essayé durant cinquante minutes»

20 mai 2019 | Edition N°2501

Un joueur de 37 ans de la deuxième équipe de l’entente Neuchâtel-Yverdon est décédé samedi, après s’être écroulé lors d’un match disputé aux Vuagères. Vincent Piguet, président du RCY, témoigne.

Ce devait être une magnifique journée de fin de saison de rugby à Yverdon-les-Bains, avec du beau spectacle en perspective et de l’enjeu, puisque la première équipe des Gryffons devait obtenir un résultat contre Genève Plan-les-Ouates pour se maintenir en LNA. Pourtant, d’un coup, le sport est totalement passé au second plan, samedi, lorsqu’en début de deuxième mi-temps de la rencontre des réserves qui avait commencé à 13h, l’un des joueurs de l’entente Neuchâtel-Yverdon s’est effondré sur le terrain.

La chaîne des secours a fonctionné à plein régime: ce sont d’abord la soigneuse de l’entente et un joueur de l’équipe adverse, actif dans le milieu des soins, qui ont pris les choses en main. L’ambulance est arrivée cinq minutes plus tard, suivie d’un urgentiste, puis même de l’hélicoptère de la Rega moins d’un quart d’heure après l’alerte. «Plus vite que ça, ce n’était pas possible. On a d’abord cru à une crise d’épilepsie, puis les réanimations ont immédiatement commencé. Ils ont tout essayé durant près de cinquante minutes, raconte le président du RC Yverdon, Vincent Piguet, bouleversé au lendemain de la tragédie. Tout ce qu’on donne, ce qu’on fait, par passion pour notre sport, ce n’est pas pour voir ces choses-là arriver. Même si on sait que dans le sport, peu importe la discipline, cela se produit parfois, on peine à l’intégrer.»

Investigations en cours

Le talonneur de la «deux» des Gryffons est décédé alors qu’il avait été héliporté au CHUV. Français établi à Neuchâtel, 37 ans, il était au club neuchâtelois depuis plusieurs années. Selon le communiqué de la Police cantonale, il a été victime d’un arrêt cardio-respiratoire durant un maul (une mêlée ouverte). Aux dires de divers témoins, il aurait subi un choc un peu plus tôt. Il est néanmoins bien trop tôt pour avancer les causes exactes du décès. Un examen médico-légal a été demandé par la procureure de service, tandis que plusieurs personnes présentes lors du match ont été entendues par les enquêteurs de la Police de sûreté et de la gendarmerie. Un soutien psychologique leur a été proposé.

Tout le monde était sous le choc aux Vuagères. «Moins d’une heure plus tôt, on est dans le vestiaire, on lui donne son n° 2 et il est applaudi», ressasse Vincent Piguet, qui avait déjà connu un incident grave il y a de longues années, à l’armée. «Mais le blessé n’était pas décédé. L’accident avait soudé la compagnie.»

Le président du RCY met en exergue le comportement exemplaire de tous les acteurs, joueurs et spectateurs, sur le moment. Des plus jeunes aux anciens. Les membres de l’entente se sont ensuite réunis le soir-même à Neuchâtel. «Il y a un bel esprit dans cette équipe, bien avant l’accident d’ailleurs. Et ce n’était pas gagné d’avance, car l’entente a été décidée par les présidents et rien n’assurait que les joueurs adhéreraient.»

 

 

Et maintenant?

Le match d’Excellence A entre les deuxièmes équipes des Gryffons et de Genève PLO a été interrompu et celui de LNA, qui devait suivre, annulé. Et à présent? «Nous allons attendre quelques jours et discuter avec les clubs», souligne Veronika Muehlhofer, directrice de la Fédération suisse de rugby, qui ne souhaite surtout pas brusquer les choses.

«Les conséquences concernant une potentielle relégation sont les dernières de nos préoccupations», tranche Vincent Piguet, qui voit bien au-delà des résultats: «Le drame a créé une véritable onde de choc dans le milieu. Il y a des choses à entreprendre. Il faut essayer d’en faire quelque chose de porteur.»

Dans les faits, le match d’Excellence A ne devrait pas être rejoué. Celui de LNA aura-t-il lieu, alors que le calendrier est serré avant le début des demi-finales? Ce n’est même pas sûr, compte tenu des circonstances. Une équipe – voire les deux – pourrait déclarer forfait. La décision tombera au moment opportun.

Manuel Gremion