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Intégrés avant d’avoir pris le chemin de l’école

19 juin 2019 | Edition N°2521

L’établissement primaire Edmond-Gilliard s’est lancé dans un projet pilote qui vise à offrir la possibilité aux enfants dès 3 ans qui commenceront l’école fin août de faire leurs premières armes avant la rentrée scolaire.

Ils sont Albanais, Japonais, Créoles, Kosovars, Nigérians ou encore Espagnols. Tous sont des enfants issus de l’immigration qui vont découvrir la vie à l’école pour la première fois au mois d’août. Pourtant, la plupart d’entre eux se rendent déjà dans une classe une fois par semaine, afin d’y acquérir des notions de français et de s’adapter à cet univers scolaire. Car parmi la population d’immigrés, beaucoup d’enfants ne vont pas en crèche et vivent en vase clos, dans leur milieu familial. L’école est donc perçue avec angoisse par les parents et, du même coup, par leurs enfants.

Un projet unique dans le canton

Magali Cantamessa, directrice de l’établissement primaire Edmond-Gilliard, à Yverdon-les-Bains, a remarqué depuis longtemps que pour permettre à tous, enseignants comme élèves, d’aborder la rentrée sereinement, il était impératif d’habituer préalablement ces enfants à quitter le nid familial, à apprendre le français et les bases de la socialisation. En 2013, elle a mis en place un atelier appelé «De la maison à l’école» dans cinq des six écoles rattachées à l’établissement, soit à La Passerelle, Pierre-de-Savoie, Les Quatre-Marronniers, La Villette et Les Prés-du-Lac. Et ce concept, elle l’a ouvert à absolument tous les futurs élèves, indifféremment de leurs origines, pour se faire des amis et découvrir l’univers dans lequel ils vont évoluer.

Ce dispositif préscolaire est unique dans le canton. Les parents qui y inscrivent leurs enfants s’engagent à les amener sept fois deux périodes avant la rentrée, soit entre les mois de mai et juin. Les élèves sont répartis dans l’un ou l’autre des bâtiments de l’école, selon leur âge.

Au démarrage de ce programme, une vingtaine d’élèves ont suivi ce cursus. En 2017, ils étaient plus de 120! Ce qui représentait, à l’époque, 70 à 80% des nouveaux élèves de l’établissement Edmond-Gilliard.

Apprendre les bases

Aujourd’hui, dans la Cité thermale, il peut y avoir jusqu’à 80% d’enfants qui ne parlent pas le français dans une volée. Ces jeunes peuvent bénéficier de cours intensifs de langue mais pour les tout-petits, il n’y avait rien. Or pour Magali Cantamessa, il est important de leur montrer ce qu’est l’école, comment on s’y comporte, comment demander à aller aux toilettes et leur expliquer qu’il faut se laver les mains…

«Certains parents n’ont jamais mis les pieds à l’école et angoissent par méconnaissance, explique la pédagogue. Des enfants, parmi les plus âgés, ont connu la violence ou la guerre, d’autres souffrent de handicaps qui ne sont parfois pas décelés. C’est très difficile à gérer. Ces ateliers rassurent les parents.» Et Magali Cantamessa d’ajouter: «Je vois beaucoup de familles démunies. Il arrive parfois que certains parents aient des systèmes éducatifs contre-productifs, sans s’en rendre compte. Nous avons donc mis en place un dispositif avec des parents référents, qui parlent la même langue et connaissent le système. L’école leur transmet les informations et ils les relaient aux autres parents. ça fonctionne assez bien.»

Les assistantes à l’intégration communiquent avec leurs protégés en français et par pictogrammes. Avec les petits, la progression est très rapide. «Les enquêtes de satisfaction auprès des parents nous montrent que ces leçons sont extrêmement bien perçues», se réjouit la directrice. Et de conclure: «Pour arriver à avoir une école performante, il faut donc travailler sur l’intégration le plus tôt possible.»

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Intérêt commun

Pour Magali Cantamessa, la société a tout intérêt à mettre le paquet avant l’entrée à l’école. «Chaque franc investi dans la formation, c’est huit fois plus d’argent économisé plus tard», assure-t-elle. C’est pourquoi elle estime que les problèmes d’intégration ne sont pas du seul ressort de l’école. Elle a donc pris son bâton de pèlerin pour que le coût de ces cours soit partagé entre l’école et les autorités. La Ville d’Yverdon-les-Bains a accepté de jouer le jeu. Et une présentation de ce concept a eu lieu récemment à l’établissement primaire et secondaire de Chavornay et environs.

Dominique Suter