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«Je veux montrer davantage l’exemple»
Sascha Renaud. © Michel Duperrex

«Je veux montrer davantage l’exemple»

25 janvier 2024 | Edition N°3629

Hockey – 2e ligue Parfois trop sanguin par le passé, Sascha Renaud a gagné en maturité et endosse de nouvelles responsabilités avec le HC Yverdon, qui reçoit Moutier ce soir (20h30). L’attaquant de 21 ans a pourtant envisagé de tout plaquer.

Sascha Renaud, vous avez très sérieusement songé à arrêter le hockey, au terme de l’exercice 2022-23. Pourquoi n’aviez-vous plus envie de jouer?

Il y a plusieurs raisons. La saison du HC Yverdon ne s’était pas bien passée, surtout sportivement, mais aussi au niveau de la vie du vestiaire. Ce n’est pas que l’ambiance était mauvaise entre nous, mais il y avait un gros manque d’implication de certains joueurs. Être dix, douze aux entraînements pour une équipe qui évoluait en 1re ligue, ça ne joue pas. Honnêtement, ça m’avait un peu dégoûté, et quand les défaites s’enchaînent, le plaisir n’est plus forcément là. Alors que j’avais toujours fait du hockey par passion, une passion qui m’a été transmise par mon père. J’avais perdu tout ça, j’avais vraiment un sentiment de dégoût. Donc après la saison, pour moi, c’était clair que je n’avais plus envie de continuer.

 

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?

J’ai discuté quelques fois avec Jiri (ndlr: Rambousek, le directeur sportif du HCY), qui a essayé de me motiver à continuer. Il m’a dit que l’équipe allait repartir d’une feuille blanche et que ce serait dommage que j’arrête. Et le déclic, je l’ai vraiment eu quand Jimi Tinguely m’a téléphoné pour me dire qu’il serait entraîneur assistant. Je l’ai eu comme coach quand j’étais gamin, on a toujours conservé des bons liens, c’était un plaisir de discuter avec lui à chaque fois que je le recroisais. Du coup, deux jours après qu’il m’a appelé, j’ai contacté Jiri pour lui dire que je continuais.

 

Si vous n’aviez pas repris, pensez-vous que vous auriez eu des regrets en voyant la superbe saison que réalise le HCY?

C’est une question compliquée… Je pense que j’aurais eu des regrets de ne pas avoir repris, mais que je sois joueur ou non, j’aurais de toute façon été content qu’Yverdon fasse une saison pareille. J’aime ce club, j’y ai fait mes juniors, et j’ai des copains dans l’équipe, alors j’aurais été tout aussi content pour eux que je le suis actuellement.

 

«Je réfléchis plus dans le sens où ça ne sert à rien de réagir, parce que ça peut porter préjudice à l’équipe.» Sascha Renaud

 

 

Vous avez été capitaine pour le premier match de préparation, l’été dernier. Comment l’avez-vous vécu?

C’est une responsabilité engagée, de même qu’être assistant maintenant. Porter le maillot du HC Yverdon est de toute façon un plaisir, mais peut-être encore plus lorsqu’il y a un «C» ou un «A» dessus. Cela montre la confiance que le staff t’accorde. Ensuite, quand tu as la lettre devant, il faut essayer d’apporter ton expérience, certaines choses au niveau de l’ambiance dans le vestiaire. Ça demande un peu plus de sérieux. Mais j’ai «Betsch» et Robin (ndlr: Valentin Betschart, qui est capitaine, et Robin Vuilleumier, l’autre assistant capitaine) avec moi, qui font très bien le job, qui ont davantage d’expérience. J’essaie d’apprendre des plus anciens, même si, maintenant, je fais partie des plus vieux à seulement 21 ans, parce que l’équipe s’est beaucoup rajeunie. Ça fait un peu bizarre!

 

Ces dernières années, vous aviez tendance à démarrer au quart de tour, à prendre des pénalités parce que vous vous battiez. On a l’impression que vous êtes plus posé cette saison.

Je pense qu’avec les victoires qui s’enchaînent, il y a moins de frustration. La maturité joue aussi un rôle. Je fais désormais partie des anciens du vestiaire, j’ai une responsabilité envers l’équipe en ayant le «A» sur le maillot, donc je veux aussi montrer davantage l’exemple. C’est clair que, des fois, les émotions prennent le dessus. Mais on gagne des matches, ça se passe bien, donc il y a moins de raisons de s’énerver. Lors du dernier match, on m’a poussé contre le gardien et deux ou trois adversaires m’ont sauté dessus, mais ça ne sert à rien de s’énerver. On gagne, ce sont ceux d’en face qui sont frustrés, donc je réfléchis plus dans le sens où ça ne sert à rien de réagir, parce que ça peut porter préjudice à l’équipe. Tandis que là, ce sont nos adversaires qui ont pris deux minutes de pénalité. Par contre, je réagirais si un des juniors se fait méchamment charger.

 

Vous avez inscrit votre troisième but de la saison, jeudi dernier contre Bösingen-SenSee. Certains joueurs du HCY qui ont deux ou trois ans de moins que vous marquent plus et sont plus rapides sur la glace. Est-ce difficile à accepter?

Non, pas du tout. La vitesse a toujours été l’un des défauts, peut-être même le principal, de mon jeu. Je n’ai jamais eu de souci à l’accepter. Encore moins cette saison, alors que je n’ai fait que trois ou quatre entraînements d’été. Je suis assez réaliste en ce qui concerne mes qualités et mes défauts, alors s’il y a des joueurs meilleurs que moi, qui peuvent apporter des choses différentes, je l’accepte sans problème. Et ça me fait plaisir que les jeunes marquent, il n’y a pas de jalousie. Je fais partie d’une équipe qui gagne, j’ai un temps de jeu respectable, ça me convient.

 

Une saison avec les M17 top de Thoune

Sascha Renaud a disputé 21 matches avec les M17 top de Thoune, lors de l’exercice 2018-19. «Je n’avais pas trouvé d’apprentissage dans le domaine que je souhaitais, pour devenir assistant socio-éducatif, et je suis parti en Suisse alémanique parce que mes parents ne voulaient pas que je reste là à ne rien faire. J’ai été dans une école linguistique un an tout en étant garçon au pair à Bienne. Travailler dans une famille avec des enfants correspondait au milieu vers lequel je voulais me tourner, social, avec de l’interaction avec les gens. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié.»

Le hockeyeur en a profité pour regarder avec Jiri Rambousek, le directeur sportif du HC Yverdon, s’il y avait la possibilité de profiter de son séjour pour jouer à un niveau plus haut outre-Sarine. «À l’époque, on venait de louper la promotion en top avec les M17 A du HCY, en perdant aux tirs au but contre Sierre, se remémore Sascha Renaud. Jiri connaissait le directeur sportif de Thoune, je me suis entraîné quelques fois avec l’équipe durant l’été, ça s’est bien passé et j’ai été gardé. C’était vraiment une superbe expérience de voir autre chose, de sortir de ma zone de confort. Surtout que je n’en avais jamais forcément eu l’occasion avant. J’avais passé des tests pour jouer à Neuchâtel en M13 élite, mais comme mon père était investi au HCY, on m’avait fait comprendre que ce serait bien que je reste à Yverdon. Et au final, je pense que c’était un bon choix de rester, parce qu’on est montés en M13 élite, puis en M15 élite deux ans plus tard. C’étaient des expériences sportives magnifiques.»

Après son année en Suisse alémanique, l’attaquant est revenu dans le Nord vaudois, effectuant son apprentissage à Sainte-Croix et renfilant le maillot du HCY. «Pour moi, c’était normal de revenir au club. Il m’aurait fallu davantage de persévérance, de travail pour éventuellement aller jouer plus haut, mais j’ai toujours vu le hockey comme un plaisir, et l’idée était de voir si je pouvais gentiment évoluer avec la première équipe d’Yverdon.» Un objectif qu’il est parvenu à atteindre dès l’année de son retour.

 

Il a été entraîné par son père

Lorsqu’il était plus jeune, Sascha Renaud a eu son père, Christian, comme coach. «Je l’ai eu en tant qu’entraîneur une saison en M13 et un an en M15. C’était particulier. Ce n’est pas évident à cet âge-là de switcher entre le père qui a un rôle de papa à la maison, qui donne ses règles, qui t’éduque, et celui qui est coach. Il a toujours été derrière moi au hockey, mais il voulait bien montrer que ce n’était pas parce que j’étais son fils que je pouvais avoir des passe-droits. Il avait raison mais, sur le moment, c’était un peu compliqué pour moi, aussi pour ma mère parfois, surtout quand on rentrait à la maison après un entraînement qui s’était mal passé. Mais au final, ça a été une bonne expérience.»

 

Une vocation liée à son arrière-grand-mère

Si Sascha Renaud s’est lancé dans un apprentissage d’assistant socio-éducatif, c’est en partie en lien avec son arrière-grand-mère. «J’étais très proche d’elle et, malheureusement, elle a été atteinte de la maladie d’Alzheimer, ce qui m’a touché. J’ai toujours aimé interagir avec les gens, discuter, et quand elle a été diagnostiquée, ça a été comme un déclic, je me suis dit que je devais accompagner ces gens-là, que ce soient des personnes âgées, en situation de handicap ou, comme je le fais maintenant, des jeunes qui ont différents problèmes de comportement. Cela m’a paru tout naturel, explique celui qui a actuellement des mandats dans des établissements scolaires. J’essaie d’aider les jeunes que je suis à trouver des stages, à rédiger des CV, des lettres de motivation. Je peux aussi aller, des fois, plus loin que les enseignants pour savoir ce qui ne va pas et pourquoi. Si les enfants disjonctent, c’est qu’il y a un souci quelque part, par exemple dans le domaine privé, familial.»

À 21 ans, Sascha Renaud se base aussi sur son propre parcours scolaire. «Je n’étais pas un cancre, mais je faisais des bêtises, et ça m’est arrivé de me faire punir, de ne pas avoir le droit d’aller à l’entraînement parce que j’avais un comportement à l’école qui n’était pas acceptable ou des notes pas suffisantes. Sur le moment, je ne comprenais pas forcément, parce que pour moi, le hockey était vraiment mon moyen d’évasion, quand ça n’allait pas à l’école ou à la maison. Mais ce sont des choses qui m’ont forgé, qui m’ont permis d’en apprendre plus sur moi-même, et si je fais ce travail aujourd’hui, c’est aussi en raison de l’éducation que j’ai reçue.»

Muriel Ambühl