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Justice: deux poids deux mesures?

12 novembre 2018 | Edition N°2372

Un culturiste condamné pour avoir vendu et consommé des produits dopants a recouru contre sa condamnation au titre que le gendarme à qui il aurait vendu des produits ne participe pas aux frais de justice.

«Chaque culturiste qui monte sur un podium prend des anabolisants, des amphétamines ou d’autres substances dopantes. Ceux qui n’en prennent pas ne sont jamais classés dans les trois premiers, c’est impossible. Et parmi la gendarmerie, y compris au sein de la brigade antidopage, ils sont nombreux à fréquenter les salles de musculation et à utiliser ce genre de produits.»

L’homme qui affirme cela, un culturiste qui pratique son sport depuis 1991 et que l’on appellera Cédric, a été condamné en avril dernier à 60 jours-amende à 40 francs par jour avec sursis pendant deux ans, à 400 francs d’amende à titre de mesure immédiate et à quelque 4000 francs de frais de justice pour avoir enfreint la Loi fédérale sur l’encouragement du sport et de l’activité physique en vendant des produits dopants à Orbe et à Crissier notamment. Il a recouru contre ce jugement et comparaissait devant le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, vendredi, à Yverdon-les-Bains.

Il nie avoir fait du trafic

Cédric a connu ses heures de gloire en devenant plusieurs fois champion de Suisse, et même champion du monde de bodybuilding. Il n’accepte pas d’être le seul à devoir assumer les frais de justice. Car parmi les personnes à qui il aurait vendu des produits anabolisants figure un gendarme. Seulement, Cédric nie farouchement avoir fait du trafic de produits interdits. Auditionné, c’était sa parole contre celle du policier. Or, à cette époque, soit entre 2012 et 2013, Cédric était aussi assermenté, puisqu’il était alors sous-chef gardien de prison. «C’est vrai que je lui en ai commandé sur Internet car à l’époque, il ne pouvait pas utiliser sa carte de crédit. Il m’a demandé d’en commander pour lui. Je lui ai fourni ce qu’il me demandait mais sans prendre un franc de bénéfice. Et le montant était de 80 francs. Pourquoi cet homme m’accuse-t-il de lui avoir vendu pour quelque 1000 francs de produits? Qui cherche-t-il à couvrir? Car c’est de notoriété publique que dans le milieu de la sécurité et de la gendarmerie, pratiquement tout le monde en prend. Même les gens du Détachement d’action rapide et de dissuasion (Dard) en ont pris à une certaine époque! Je refuse d’être le seul à payer.»

Face au président du Tribunal de police, l’homme est droit dans ses bottes. «J’assume d’en avoir pris toute ma vie. Quand je fais quelque chose, je le fais à fond. Je suis même de l’avis que ce devraient être des produits autorisés, car ce seraient alors des médecins qui prescriraient les médicaments et les dosages. Ce serait moins dangereux. On autorise bien le tabac et l’alcool, pourquoi pas les médicaments qui brûlent la graisse ou qui permettent aux muscles de gonfler? Il y a beaucoup d’hypocrisie dans ce dossier. En fait, ce qui gêne la justice, c’est que ces produits achetés sur le marché noir échappent au fisc», conclut-il.

Quelles que soient ses revendications, le président du Tribunal de police devra trancher. Et ajouter de nouveaux frais de justice.

Jugement attendu la semaine prochaine.

Dominique Suter