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La colère du peuple a eu raison de la décharge

17 avril 2019 | Edition N°2480

Cheyres-Châbles – Les autorités communales ont décidé d’enterrer le projet de décharge de matériaux d’excavation prévu aux Granges-de-Cheyres par le groupe Orllati.

Un collectif de citoyens avait lancé une pétition contre la décharge. En mars dernier, ses membres avaient remis plus de 1700 signatures au Conseil communal de Cheyres-Châbles. © Michel Duperrex

«C’est une bonne nouvelle! Pour une fois, nous avons été entendus.» Florian Mantegazzi, président du collectif citoyen de La Vounaise, qui avait lancé une pétition contre la décharge aux Granges-de-Cheyres, était plus que soulagé hier. Car il a pris connaissance de la décision du Conseil communal de Cheyres-Châbles d’abandonner le projet de la décharge. Mais selon lui, il faudra rester prudent et suivre le dossier de près. L’Exécutif a en effet renoncé, lundi, au projet qui prévoyait la mise en place d’une décharge de type A pour les matériaux d’excavation. Celui-ci avait suscité de vives réactions au sein de la population.

Dans un communiqué, le Conseil communal – l’équivalent de la Municipalité dans le canton de Vaud – affirme avoir étudié en profondeur le dossier. Pour rappel, la Commune de Cheyres avait signé une convention avec le groupe Orllati en décembre 2016, soit une dizaine de jours avant sa fusion avec Châbles. À cette époque, la Commune souhaitait «aider au développement de la région, et en aucun cas provoquer des tensions avec les exécutifs des communes riveraines».

Les autorités communales soulignent aujourd’hui, à quelques jours de la mise à l’enquête initialement prévue, que les impacts liés au trafic ont été «clairement sous-estimés». De plus, l’étude hydrogéologique élaborée par le bureau d’ingénieurs CSD, mandaté par Orllati, a été jugée «peu probante». Selon le syndic Pierre-Yves Dietlin: «Nous avons des sources à proximité du site et le ruisseau du Four coule en contrebas du village. Nous avons déjà des problèmes de crues et nous n’avons pas été convaincus par leurs explications.»

Orllati signifie son étonnement

Quant à la question de savoir si le promoteur fera opposition à la décision du Conseil communal, le syndic en doute fort. «Le dossier présentait quelques lacunes. Je ne vois pas pourquoi ils s’opposeraient à notre décision», indique-t-il.

Contacté, Orllati répond brièvement par écrit avoir pris acte de la décision de l’Exécutif de Cheyres-Châbles. «Nous sommes étonnés de celle-ci étant donné que nous collaborons sur ce projet depuis 2014, tant avec les autorités cantonales que communales. Au vu de ce qui précède et de la décision du Conseil communal, le projet est suspendu», assure toutefois Véronique Chaignat, porte-parole du groupe.

Les communes voisines prennent acte de la décision

Région – Aux alentours, les édiles sont soulagés d’apprendre le changement de position de l’Exécutif de Cheyres-Châbles, même s’ils regrettent un manque de communication autour du projet.

À Rovray, le syndic, Stéphane Raymondaz, est soulagé par l’abandon du projet de la décharge des Granges-de-Cheyres. «Dans notre commune, il y avait une vive opposition de la part des habitants, qui craignaient une augmentation du trafic», indique-t-il. Au village, de nombreux citoyens avaient affiché des banderoles devant leur maison pour signifier leur désaccord. «On attendait la décision du Conseil communal de Cheyres-Châbles, mais on était prêts à intervenir si le projet avait été mis à l’enquête», souligne-t-il. Par ailleurs, l’édile était particulièrement inquiet pour le trafic qui aurait transité par Arrissoules. «Cela aurait posé problème, parce que nos routes ne sont pas construites pour supporter des camions de quarante tonnes chaque jour. Et on sait comment ça se passe dans ces cas-là. On prend toujours le chemin le plus court.»

À Yvonand, le syndic, Philippe Moser, prend également acte de cette décision. «Lorsqu’on veut implanter ce type de décharge, c’est toujours extrêmement sensible», affirme-t-il. Même si Yvonand n’était pas directement impactée par le projet, puisque le trafic aurait principalement circulé via Murist et La Vounaise, Philippe Moser regrette que la Commune de Cheyres-Châbles n’ait pas mieux informé les communes  voisines, qui auraient également dû subir les nuisances liées à la décharge. «À Yvonand, personne n’a signé la pétition. Toutefois, L’Exécutif de Cheyres-Châbles aurait pu nous avertir que des séances d’information avaient lieu. Nous avons pu le leur signifier par écrit.»

Quant à l’accord qui avait été signé entre la Commune d’Estavayer-le-Lac et le promoteur Orllati, il devient caduc. Pour rappel, celui-ci garantissait une rentrée financière de 50 centimes par mètres cube de matériaux d’excavation, soit 500 000 francs qui auraient servi à la construction d’un trottoir à La Vounaise.

Valérie Beauverd