Logo

La résistance s’organise contre la carrière

12 juin 2019 | Edition N°2516

Concise – Plusieurs centaines de signatures ont déjà été récoltées par les citoyens qui refusent qu’une carrière soit exploitée au Mont-Aubert.

La séance du Conseil communal du 24 juin risque fort d’être animée. Ce jour-là, la Municipalité de Concise va demander à l’organe délibérant l’autorisation de signer l’acte constitutif de servitude de la carrière prévue au Mont-Aubert, liant ainsi la commune au groupe Marti, futur exploitant du site. Dans la foulée, Concise, propriétaire du terrain, souhaite  signer une convention. Or la résistance s’est organisée depuis l’annonce de ce projet d’extraction (lire La Région du 10 mars dernier).

Evelyne Blanchet-Berthoud, qui exploite le restaurant Les Gélinottes, au Mont-Aubert, a déjà recueilli près de 700 signatures dans le cadre d’une pétition intitulée «Sauvons le Mont-Aubert et ses richesses millénaires!», qu’elle fait circuler dans son établissement. D’autres récoltes de paraphes sont organisées dans les communes de Concise, Grandson, Saint-Aubin-Sauges, Bevaix et Provence.

Pro Natura se mobilise également, et pas seulement pour des raisons esthétiques. Comme le relève Michel Bongard, secrétaire général de la section vaudoise de l’organisation de protection de la nature, «les dégâts à la forêt auraient des impacts très graves non seulement sur les animaux, comme par exemple le grand tétras, le chat sauvage ou la gélinotte des bois, mais également sur le paysage. Par ailleurs, l’éventualité de descendre les matériaux par tapis roulant nécessiterait l’ouverture d’une trouée dans la forêt de près de deux kilomètres. Enfin, ce site figure à l’Inventaire cantonal des monuments naturels et sites du canton puisqu’il représente un territoire biologique de grand intérêt et un corridor à faune d’importance. Il est regrettable que le Plan directeur cantonal des carrières intègre un tel lieu», conclut-il.

Assainir les finances

Avec ce projet, la Municipalité compte, à terme, sur un apport financier de 300 000 francs à quelque 600 000 francs par année, et y voit l’opportunité de renflouer les caisses communales. Car depuis cinq ans, la Commune est dans les chiffres rouges. C’est là l’unique bénéfice qu’elle compte tirer de cette exploitation selon le syndic, Patrick Jaggi. Celui-ci juge toutefois la récolte de signatures prématurée. «Les gens ont parfaitement le droit de faire circuler une pétition. Mais je pense que c’est un peu tôt, car cet objet n’a même pas encore été soumis au Conseil communal. Et c’est le Canton qui a répertorié ce site, rappelle-t-il. à l’heure où tout le monde parle d’écologie, je peine à comprendre que l’on veuille continuer à importer des matériaux de l’étranger, avec toute la pollution que cela implique. Mais je comprends parfaitement que certains citoyens ne souhaitent pas voir de carrière à proximité de leur logement. Ils oublient que pour construire leur maison, ils ont eu besoin de ces matériaux! Avec cette pétition, les gens tuent dans l’œuf un projet qui n’est même pas encore né, poursuit le syndic. Cela étant, la collecte de signatures est un droit et je le respecte. Mais si ce projet est refusé, il faudra bien trouver un moyen d’assainir les finances communales. Quoi qu’il en soit, dans le meilleur des cas, avant huit ans, il ne faut pas compter donner le moindre coup de pioche sur le site. De toute façon, ce n’est pas moi, simple syndic d’une petite commune, qui vais décider de l’avenir de cette carrière, c’est le Canton.»

Site d’importance prioritaire

Ce site est, en effet, considéré comme prioritaire dans le Plan directeur cantonal des carrières. Le Canton compte sur quelque six millions de mètres cubes de cailloux qui seraient extraits des flancs du Jura. Actuellement, un tiers environ des besoins cantonaux sont couverts par la France. Mais il faudrait trois à quatre carrières telles que celle prévue à Concise pour couvrir le volume actuel des importations.

Le 17 juin, une réunion publique aura lieu à Concise, organisée par les opposants. Ceux-ci fourbiront leurs armes, dans l’attente du vote décisif qui aura lieu lors du Conseil communal le 24 juin. En cas de refus, le projet s’arrêterait net. Dans le cas contraire, un dossier d’étude préliminaire serait  réalisé par le groupe Marti, en vue de l’enquête préalable.

Dominique Suter