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La saga des heures d’ouverture passe par une solution cantonale

24 décembre 2019 | Edition N°2652

Yverdon-les-Bains - Les tensions n’ont jamais été aussi fortes dans le domaine du commerce de détail.

«C’est une véritable cacophonie!», clame Yves Defferrard, secrétaire syndical à la tête d’Unia Vaud, qui a eu l’occasion de traiter à de multiples reprises la problématique des heures d’ouverture des magasins, entendez de leur extension. L’appréciation de son collègue Giorgio Mancuso, désormais en charge du dossier côté syndical, n’est guère différente, alors qu’il s’apprête à reprendre les discussions avec la Société industrielle et commerciale (SIC) Yverdon, Grandson et environs et la Ville d’Yverdon-les-Bains. Une séance est en effet agendée en janvier.

Venant du Valais, Gianni Mancuso porte un regard neuf sur la problématique des heures d’ouverture. D’abord en ce qui concerne les partenaires: «Après le refus populaire d’une extension à Nyon, le syndic de cette ville a déclaré qu’il allait devoir refaire du travail de psychologie. Je pense qu’on n’a pas besoin d’un chaperon, ni d’un psychologue. On peut discuter entre partenaires naturels, le syndicat d’un côté, le patronat de l’autre. On se rend compte que l’intrusion de la politique sème la zizanie.»

Arrivant avec une culture syndicale valaisanne, qu’il considère plus pragmatique, le secrétaire d’Unia Vaud en charge du secteur préfère clairement des discussions paritaires. Une fois la solution trouvée, elle est communiquée aux autorités, maîtres en matière des heures d’ouverture.

Mais pour le secrétaire syndical, et cette position est de plus en plus partagée par des représentants du commerce de détail, la problématique des heures d’ouverture ne représente pas la panacée.

«Dans le centre d’Yverdon-les-Bains, l’absence de diversité de l’offre est un élément bien plus important que les heures d’ouverture. D’ailleurs, après avoir ouvert quelques samedis jusqu’à 18h, nous avons arrêté. Parce que les clients ne venaient pas», explique Alexandre Maury, qui exploite deux magasins de chaussures à la rue du Lac.

Fortement revendiquée par les grandes enseignes – Coop, Manor, Migros –, l’ouverture du samedi jusqu’à 18h n’a manifestement pas convaincu les petits commerçants. «C’est compréhensible, car ils n’ont le plus souvent pas le personnel nécessaire pour assurer la permanence sur une longue journée. Les grands magasins disposent de suffisamment de personnel et engagent des étudiants. De plus, ils suivent les directives de leurs groupes», constate la municipale Valérie Jaggi-Wepf, en charge de la Police du commerce.

Règlement modifié

Le bras-de-fer opposant la Ville au syndicat Unia sur le Black Friday, qui a donné lieu à un arrêt du Tribunal cantonal, a abouti à une modification du Règlement de police. Le projet vient d’être envoyé pour examen et ratification au Canton. Le Règlement des heures d’ouverture découle du Règlement de police, mais il est, lui, de la seule compétence municipale.

Le vendredi de «folie» confirme définitivement le fossé qui sépare désormais le petit commerce de détail des grands distributeurs. «Après le Black Friday, je n’ai plus vu personne. Jusqu’à aujourd’hui (ndlr: samedi), parce que j’ai posé une publicité sur les soldes», relève Alexandre Maury. Et si des discussions entre la Police yverdonnoise du commerce et la SIC doivent porter sur ce sujet d’ici fin janvier, cela ne réglera pas la totalité du problème.

Le salut passe par une CCT

Selon Giorgio Mancuso, il est temps que les partenaires sociaux se mettent à table pour négocier une convention de travail (CCT). «C’est la seule branche importante du canton qui n’en a pas. Même Christophe Reymond, directeur général du Centre patronal le déplore», tonne Yves Defferrard. Son collègue Giorgio Mancuso renchérit: «Il y a des patrons, à l’instar de Pascal Vandenberghe, des librairies Payot, qui militent pour une CCT cantonale. Le problème du commerce de détail n’est pas dans les heures d’ouverture, sinon cela se saurait. Les refus des extensions d’heures d’ouverture des Conseils communaux de Vevey, il y a deux semaines, et de La Tour-de-Peilz, la semaine dernière, sont des signaux clairs.» Mais là encore, exception faite de Coop, les grandes enseignes rechignent à négocier une convention collective de travail. Unia se plaint par ailleurs de ne pas avoir accès aux collaborateurs.

À Yverdon-les-Bains, la CCT a toujours été la pierre d’achoppement. «L’idée d’une convention a toujours été balayée par la SIC», souligne Valérie Jaggi-Wepf. Alors comment doper le commerce au centre-ville? «Les commerçants locaux feraient bien de créer une plateforme internet (ndlr: une expérience est en cours à Genève) et un système de distribution de leurs produits. Cela leur permettrait de combattre une cause importante de leurs problèmes, le commerce en ligne», assure Giorgio Mancuso. Une idée que partage la municipale yverdonnoise.

Isidore Raposo