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La Thièle fait boire la tasse à l’aérodrome

12 décembre 2019 | Edition N°2644

Du point de vue de l’étanchéité des berges, les travaux de correction fluviale sont un succès. Restent les effets secondaires.

«On a exigé des mesures. Cela fait des semaines que les anciens hangars sont dans l’eau. On se pose des questions!» Président de l’Air-Club d’Yverdon-les-Bains, Denis Rossier est irrité. En effet, les importants travaux de correction fluviale de la Thièle ont fait que l’eau accumulée depuis octobre sur la rive droite du cours d’eau ne s’évacue plus. La situation s’est à peu près normalisée ces derniers jours suite à une intervention urgente. L’eau a été pompée et rejetée dans le canal du Saut, situé à l’ouest du manège. Avant ces mesures, la route d’accès à la piste yverdonnoise, et à son restaurant, a même été sous l’eau pendant plusieurs jours d’affilée, privant l’établissement public d’une partie de sa clientèle. Au plus fort de l’inondation, une signalisation d’interdiction de circuler a été posée avant la ferme du Canal.

Aujourd’hui, les parcs à chevaux situés à l’ouest du manège, en bordure de la route d’accès à l’aérodrome, restent inondés, de même que les champs situés plus au sud et les environs des hangars de l’aérodrome. Avant les travaux, les digues étaient perméables. L’eau montait, et redescendait, avec le niveau de la Thièle. Une rivière qui, dans un lit considérablement élargi, a des allures de ruisseau.

Digues totalement étanches

«Cela démontre que les berges sont désormais étanches et que les travaux réalisés sont un succès», réagit Philippe Hohl, à la Direction des ressources et du patrimoine naturels (DIRNA). Sandro Rosselet, chef du Service travaux et environnement (STE) de la Ville d’Yverdon-les-Bains positive lui aussi: «Il était difficile d’apprécier le cheminement de l’eau. Les fortes pluies sont arrivées au bon moment. On a ainsi vu ce qu’il se passait. La digue fonctionne bien!»

Pompage d’urgence

En réalité un peu trop bien au goût de ceux qui ont eu à subir les inconvénients de cette situation. Car l’eau a envahi durant plusieurs jours les hangars les plus anciens de l’Air-Club, en particulier celui qui abrite la fameuse réplique du Grandjean, construite par Michel Porchet. La structure de cet aéronef est en bois et l’humidité est son meilleur ennemi.

Lorsqu’ils ont constaté que l’eau stagnait – le niveau montait même lors de précipitations prolongées –, les responsables du chantier ont réagi. «On a pompé l’eau jusqu’au déversoir (ndlr: canal du Saut) et créé un mini fossé provisoire le long de la route. Nous laissons deux pompes avec flotteur en place jusqu’à la mesure définitive», explique Sandro Rosselet.

Le problème est en partie résolu, mais, pour les parcs à chevaux situés à l’ouest du manège, il faudra niveler le terrain, de façon à ce que l’eau puisse s’écouler en direction du déversoir du canal du Saut.

Réalités du terrain

Ces problèmes auraient-ils pu être anticipés lors des études préalables du projet de correction fluviale? Joël Waridel, chef de projet à la section protection contre les crues et hydraulique à la Direction générale de l’environnement (DGE) semble un peu déçu: «Cela ne fonctionne pas aussi bien que nous l’avons pensé. Ce sont les réalités du terrain. On réfléchit à des mesures.»

L’une d’elles était déjà prévue lors de la mise à l’enquête du projet. Une station de pompage (STAP) va être intégrée dans la digue, à l’endroit où le canal du Saut rejoint la Thièle. Elle aura deux tubes, l’un par lequel l’eau, en situation d’étiage, s’écoule naturellement – un clapet anti-retour le ferme lorsque le niveau de la rivière monte – et le second permettra d’évacuer l’eau accumulée sur la rive droite lors de fortes précipitations. Il acheminera dans la Thièle l’eau absorbée par trois pompes d’une capacité de 110 litres par seconde. Mais cette installation ne sera pas opérationnelle avant le deuxième semestre 2020. Elle ne permettra pas de régler tous les problèmes.

Après une visite réalisée hier matin, Joël Waridel explique: «On va créer un fossé le long de la route, à la limite des terres cultivées, sur quelque 600 à 700 mètres, entre le canal du Saut et l’aérodrome.» Des mesures provisoires, et d’autres définitives, seront aussi prises en amont de l’aérodrome, où l’eau stagne. Ce spécialiste pense d’ailleurs que les surfaces asphaltées situées près des bâtiments de l’Air-Club, contribuent à accentuer le problème.

Sur la rive gauche, la satisfaction est de mise. «Nous n’avons pas constaté de problème», relève Roland Stoll, dont l’entreprise maraîchère familiale est l’une des plus importantes du pays. Rien de surprenant. Des travaux de drainage ont été réalisés simultanément au grand projet de correction.

Isidore Raposo