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L’alchimiste des bulles de savon

25 septembre 2019 | Edition N°2588

Provence – Lors des portes ouvertes de la savonnerie L’Orcanette, le week-end dernier, Pascal Currit a dévoilé sa technique de fabrication au public.

C’est officiel, le Nord vaudois a son savon de Provence. Mais pour éviter les conflits autour des appellations, comme Champagne et son vin dans les années 1990, les produits se nomment Woodstock, Mon Marseillais ou encore Le Vallonnier. Et ils sont tous estampillés L’Orcanette. C’est aux confins du district, à deux pas du Creux-du-Van, que la magie opère, dans la savonnerie de Pascal Currit. Arrivé en 2018, l’artisan a entrepris de lourds travaux de rénovation avant d’installer son laboratoire qu’il a fièrement présenté au public le week-end dernier, lors de ses premières portes ouvertes.

C’est parti pour le cours de cuisine avec le chef Pascal Currit. Photos: Michel Duperrex

Au milieu d’une pièce blanche et moderne, l’ancien habitant du Val-de-Travers s’est mis à la cuisine. Il a chauffé à 40 degrés une préparation à base d’huile de noix de coco et de beurre de karité dans une marmite. Armé d’une maryse, il a versé un seau d’huile d’olive dans le mélange jaune. Puis il s’est attaqué à l’un des ingrédients capitaux, qui est aussi le plus délicat à manier puisqu’il est corrosif: la soude caustique. «Je l’utilise à froid pour préserver la glycérine végétale, car c’est ce qui donne le pouvoir hydratant au savon.» Après un premier brassage, il ajoute encore une pincée de colorant naturel et des huiles essentielles. «C’est la soude qui permet la saponification. Dès qu’on a mis les huiles, il faut aller vite parce qu’on a moins de trois minutes avant que la masse ne se fige», confirme l’expert, qui se rue sur une sorte de batteur électrique géant. «Tu vois, c’est comme quand maman prépare la soupe», image une cliente à son fils. «Ma particularité, c’est que j’y ajoute des paillettes de savon. Ce sont des chutes de précédents blocs. Ils apportent de la couleur. En plus, ça évite les pertes de matière», se félicite le créateur.

Dernière étape: le séchage. L’artisan ne fait ni une ni deux, lève son bidon et déverse son or liquide dans un moule en bois couvert de papier sulfurisé. «C’est vraiment de la cuisine», sourit un de ses amis. à la différence près qu’il n’y a pas besoin d’enfourner la mixture: il suffit d’attendre une nuit.

Le bloc de savon est démoulé et coupé en 80 pavés grâce à des cordes de guitare. © Michel Duperrex

Après que le savon a durci à l’air de Provence, Pascal Currit peut s’attaquer à la phase finale: la découpe. Et là encore, il a une méthode bien à lui: «J’utilise des cordes de guitare pour couper le bloc en quatre bandes et, ensuite, j’en ai d’autres pour tailler les savons à la bonne grandeur.» Sans oublier la finition des bords du pavé qui, eux, sont taillés à la mandoline. à la fin du processus, impossible de ne pas gratter les cordes pour faire résonner le son de la réussite.

Christelle Maillard