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Le blues du pêcheur

10 septembre 2019 | Edition N°2578

Corcelles-près-Concise – Dépité par le manque de poissons dans le lac de Neuchâtel et donc fragilisé financièrement, Nicolas Oberson a provisoirement cessé son activité professionnelle.

«Je baigne dans le milieu depuis mon enfance, grâce à mon père, mon oncle et mon grand-père. En 2016, je me suis mis à mon compte, en étant confiant et déterminé. Malheureusement, les choses ne sont pas passées comme je l’espérais alors j’ai pris la décision, il y a quelques mois, d’arrêter temporairement», déplore Nicolas Oberson, pêcheur professionnel de 34 ans domicilié à Corcelles-près-Concise. La raison principale ? «Les cormorans sont de plus en plus nombreux et vident le lac», déclare-t-il sans hésitation.

Avec deux jeunes enfants à charge, la situation devenait tendue et il ne pouvait pas se permettre d’attendre plus longtemps avant de trancher. Titulaire d’un CFC de menuisier et fort d’une expérience de dix ans dans la branche, il savait comment se retourner.

Différences abyssales

Son père et son oncle continuent leur activité, tant bien que mal. Cette année est particulièrement difficile et ils ont dû puiser dans leur réserve pour tenir le coup. Philippe, l’oncle, se remémore une période bel et bien révolue. «Durant des années fastes comme 2014, on est parvenus à pêcher 1,6 tonne de bondelles, au mois de juin, contre 28 kilos cette année», raconte-t-il, nostalgique.

«Les cormorans chassent en nuées à raison de plusieurs centaines d’individus et lorsqu’ils plongent, ils ne laissent rien. Un vrai désastre. Sur le lac de Neuchâtel, on dénombre environ 5000 cormorans qui engloutissent des centaines de tonnes de poissons par an et trouent nos filets», peste Nicolas Oberson.

Malgré tout, il conserve l’espoir d’embrasser à nouveau sa passion.

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Questions à Livio Rey de la station ornithologique suisse à Sempach (LU)

Comment expliquez-vous l’augmentation massive du nombre de cormorans sur le lac de Neuchâtel?

Les efforts de protection ont permis à sa population européenne de s’accroître fortement et d’étendre son aire de répartition. L’essor des effectifs a entraîné une importante progression des hivernants en Suisse, dans les années 1980. Les premiers reproducteurs se sont établis en 2001 sur les îles du Fanel BE/NE et sur le lac de Neuchâtel.

Que pensez-vous de la nécessité pour les pêcheurs de réguler le nombre de cormorans?

La présence d’oiseaux piscivores tels que les cormorans et le simple fait que ceux-ci mangent des poissons n’est pas une preuve de la menace pesant sur les populations de poissons. De plus, il ne faut pas s’attendre à ce que la destruction des couvées réduise les dégâts sur les filets des pêcheurs professionnels ou mène à une augmentation des prises.

Yanik Sansonnens