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Le chemin de Daria Acha-Orbea

2 octobre 2014

Handball – Exilée en Suisse allemande pour jouer dans l’élite durant huit années, la Cugiéranne est revenue aux sources à la veille de ses 30 ans, pour défendre les couleurs d’Yverdon-Crissier. Rencontre.

Daria Acha-Orbea n’a jamais vraiment quitté la salle de Marcolet, à Crissier, où, alors qu’elle évoluait dans le canton de Berne, elle s’entraînait une fois par semaine avec les hommes de la West, et où Yverdon-Crissier pratique régulièrement. © Michel Duperrex

Daria Acha-Orbea n’a jamais vraiment quitté la salle de Marcolet, à Crissier, où, alors qu’elle évoluait dans le canton de Berne, elle
s’entraînait une fois par semaine avec les hommes de la West, et où Yverdon-Crissier pratique régulièrement.

Huit années durant, elle a pris le chemin qui mène de l’arc lémanique à Herzogenbuchsee et Thoune, en direction de l’entraînement. De retour à 23h15 à la gare de Lausanne, après 1h40 de trajet, il lui fallait encore rentrer chez elle, à Cugy. Ce que, ces dernières saisons, elle faisait régulièrement en vélo électrique. Déterminée, Daria Acha-Orbea a été l’exception welsch dans le milieu du handball national, la Romande de Ligue A ou B. «Je suis partie en Suisse allemande quand j’avais 21 ans, sans penser à faire carrière, mais pour savoir où se situaient mes limites, dit-elle, du haut de son mètre 63, longs cheveux noirs tressés et yeux clairs. Je pense les avoir atteintes.»

A bientôt 30 ans, la voilà de retour aux sources, à Crissier, ou plutôt Yverdon- Crissier désormais, elle qui a fait ses gammes de handballeuse à Cugy, avant de rejoindre la West. Après s’être battue pour gagner sa place dans l’élite, la Cugiéranne en a ainsi terminé avec les sacrifices. «Chaque fois, je pensais que je ne continuerais pas à faire les trajets une année de plus, et finalement je rempilais, raconte la dernière recrue de la seule équipe romande de 1re ligue. Bien sûr, j’ai toujours pu compter sur des employeurs compréhensifs, mais avec de la volonté, on arrive à s’organiser, à faire ce que l’on aime.» La meilleure preuve de sa ténacité? Même lorsqu’elle a subi trois opérations successives pour une blessure à un genou, égarant près de deux ans dans l’aventure, elle ne s’est pas démobilisée et est revenue au plus haut niveau.

Des amies retrouvées

Si son patronyme est basque, Daria Acha-Orbea a des parents alémaniques, d’Argovie et de Saint-Gall. «Etant bilingue, c’était évidemment plus facile de partir en Suisse allemande. Mais j’ai quand même dû apprendre le Bernois», glisse-t-elle, sans jamais se départir du sourire communicatif qui illumine son visage. Outre-Sarine, elle s’est fait un nom. Et des amies, à qui elle a permis de découvrir les soirées lausannoises. Car Daria Acha-Orbea est une joueuse d’équipe. En s’engageant avec Yverdon-Crissier, elle a retrouvé des filles avec qui elle a évolué plus jeune. «J’ai besoin de faire partie d’un groupe, qu’on me pousse et que je puisse pousser les autres», affirme-t-elle. En arrêtant de jouer pour Thoune, elle envisageait de se laisser respirer. Ça n’a pas duré bien longtemps: «J’ai participé à un entraînement, juste pour voir. Dès cet instant, j’ai su que j’allais continuer. Je me suis sentie bien, l’équipe m’a donné envie de rester. En fait, j’ai toujours envie de faire du handball.»

Bien sûr, le fait que sa nouvelle formation évolue en 1re ligue a aussi aidé à convaincre cette compétitrice dans l’âme. «Mais j’aurais certainement repris aussi en 2e ligue», assure-t-elle. Ailière véloce depuis toujours, elle a pris place au poste de demi-centre dans le dispositif de Zoltan Majeri. «C’est un challenge pour moi et je prends beaucoup de plaisir à me retrouver à la distribution, reconnaît-elle. Cela m’oblige aussi à beaucoup plus réfléchir, ce que je n’avais pas trop besoin de faire à l’aile, où tu cours et tu défends.» Mais lorsqu’on évoque son rôle sous ses nouvelles couleurs, elle estime prétentieux d’affirmer faire profiter ses coéquipières de son expérience: «Elles aussi en ont, coupet- elle. Je suis quelqu’un de positif et je veux surtout apporter mon enthousiasme à l’équipe, encourager mes copines.» Daria Acha-Orbea a pris une nouvelle voie, sans pour autant dévier du chemin qui, plusieurs soirs par semaine, la mène irrémédiablement au handball, vers son équipe, son univers.

Carte d’identité

Nom: Daria Acha-Orbea.

Age: 29 ans.

Domicile: Cugy.

Profession: Physiothérapeute à la Clinique Bois-Cerf, à Lausanne.

Parcours dans le handball: Commence à Cug y vers les 10 ans, puis poursuit à la West (2e et 1re ligue), Herzogenbuchsee (LNB et LNA) et Rotweiss Thoune (LNA). Porte les couleurs d’Yverdon-Crissier (1re ligue) depuis cette saison.

1er tour de Coupe suisse contre Brühl II

Face au club de sa maman

Les filles d’Yverdon-Crissier reçoivent la deuxième équipe de Brühl (SPL2, soit la LNB), ce soir, à 19h45 à Léon-Michaud. Un adversaire que Daria Acha-Orbea connaît pour l’avoir affronté par le passé, mais aussi parce que sa maman, qui a porté le maillot national, a été formée dans le club saint-gallois: «On affrontera une équipe jeune, qui a suivi une très bonne école de handball. Mais on a les moyens de gagner. Et on en a envie!» Les protégées de Zoltan Majeri sont en confiance, après leurs deux succès initiaux en championnat. «Yellow Winterthour était fort. Je suis fière de l’équipe pour avoir gagné ce match», souligne la Cugiéranne. Pas de quoi attraper la grosse tête? «Non, on a un groupe qui a envie de progresser, rétorque-t-elle. Il y a encore une énorme marge, surtout dans le jeu collectif.»

Manuel Gremion