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Le FC Sion offre un précieux moment d’évasion aux détenus de La Croisée

6 septembre 2016 | Edition N°1822

Orbe – Un tournoi de volleyball entre deux équipes de personnes incarcérées et une formation composée de joueurs du club valaisan a été organisé, vendredi dernier, à la prison préventive de La Croisée. Après des débuts un brin crispés, la magie a véritablement opéré, sur et en-dehors du terrain.

Les détenus (représentés ici par l’équipe bleue) se sont préparés durant plusieurs mois pour l’événement sportif. ©Michel Duperrex

Les détenus (représentés ici par l’équipe bleue) se sont préparés durant plusieurs mois pour l’événement sportif.

Le lendemain de leur victoire 3-2 sur le FC Le Mont en match amical, les joueurs sédunois étaient mobilisés dans la plaine de l’Orbe pour une compétition sportive différente, à plus d’un titre, de leur quotidien sur les pelouses. D’abord parce qu’il était question de volleyball. Ensuite parce que, face à eux, des détenus de La Croisée remplaçaient les professionnels du ballon rond. «Nous organisons un événement de ce genre chaque année. Le HC Fribourg-Gottéron est déjà venu à plusieurs reprises. Le but est de montrer aux résidents de la prison qu’ils peuvent susciter l’intérêt à l’extérieur, mais aussi de les faire intégrer un groupe, participer à un projet autour des valeurs du sport. Quant aux visiteurs, ils ont l’occasion de se rendre compte que les personnes incarcérées font autre chose dans leur vie que de commettre des infractions», a relevé Alain Brocard, directeur de La Croisée, alors que les joueurs valaisans étaient allés se changer.

Le silence dans la salle

Ci-dessus, la majeure partie de la délégation sédunoise, avec, de g. À dr.: Veroljub Salatic, l’entraîneur-assistant José Sinval, Leo Itaperuna, Freddy Mveng, Paulo Ricardo Ferreira et Joaquim Adao. Manquent : le gardien Anton Mitryushkin, Chadrac Akolo et l’entraîneur Peter Zeidler. ©Michel Duperrex

Ci-dessus, la majeure partie de la délégation sédunoise, avec, de g. À dr.: Veroljub Salatic, l’entraîneur-assistant José Sinval, Leo Itaperuna, Freddy Mveng, Paulo Ricardo Ferreira et Joaquim Adao. Manquent : le gardien Anton Mitryushkin, Chadrac Akolo et l’entraîneur Peter Zeidler.

On retrouve les acteurs en plein tournoi après avoir franchi une multitude de portes sécurisées et longé une rangée de cellules desquelles seule une musique en sourdine s’échappe, à cette heure matinale. Le silence qui règne dans la salle est frappant tandis que certains Sédunois montrent qu’ils ne sont pas uniquement habiles balle au pied. «Les détenus sont super tendus. Ils sentent que quelque chose de spécial se passe. Ils jouent mieux à l’entraînement», commente Daniel Leuenberger, responsable sports et culture de la prison. Peu après sa déclaration, une passe trop courte d’un représentant de l’équipe rouge de La Croisée déclenche un geste d’humeur chez l’un de ses coéquipiers.

«Monsieur Christian»

Le directeur de La Croisée Alain Brocard livre ses explications aux joueurs. ©Michel Duperrex

Le directeur de La Croisée Alain Brocard livre ses explications aux joueurs.

Le FC Sion se détache et l’emporte, puis assiste au match entre les deux équipes recevantes. En bordure de terrain, alors que les trois formations continuent à s’affronter à tour de rôle, un joueur de la prison urbigène montre qu’il connaît bien le club valaisan invité. «Léo Lacroix va à Saint- Etienne. J’ai vu les matches contre Liverpool et il y a, bien sûr, Monsieur Christian.» Un Christian Constantin qui, bien qu’annoncé présent, n’aura finalement pas pu se déplacer en terre nord-vaudoise.

Orpheline de son emblématique président, la délégation valaisanne n’était pas, pour autant, privée de ses cadors. «Il y a dix jours, lorsque je suis arrivé, on m’a dit que j’allais aller en prison», déclare, non sans ironie, Peter Zeidler. Et le nouvel entraîneur de souligner l’impact positif de ce type d’événement sur la cohésion du groupe. «J’ai vécu la même chose il y a environ 25 ans, avec les M19 de Stuttgart. Ce genre d’initiative permet d’élargir l’horizon », ajoute-t-il.

Echanges chaleureux

Les nombreuses portes sécurisées freinent la progression dans la prison. ©Michel Duperrex

Les nombreuses portes sécurisées freinent la progression dans la prison.

L’ambiance dans la salle a, entretemps, diamétralement changé. Il serait désormais bien difficile d’entendre une mouche voler, tant les rires, les clameurs et les applaudissement sont devenus réguliers. Une attaque du surpuissant Leo Itaperuna est bloquée par un détenu. Ce geste de défense exemplaire est salué par les acclamations des deux équipes. Peter Zeidler fait son entrée en scène, tandis que, sur le banc, Freddy Mveng converse avec deux adversaires. «J’étais un peu réticent à l’idée de venir. Mais là, nous passons un bon moment avec eux et entre nous», indique le footballeur lausannois.

Expérience enrichissante

«C’est une belle expérience. Au début, je n’osais pas poser certaines questions, mais un détenu m’a dit tout naturellement pourquoi il était ici», déclare son coéquipier Joaquim Adao.

Porté notamment par ses deux Brésiliens Paulo Ricardo Ferreira et Leo Itaperuna, ainsi que son gardien russe Anton Mitryushkin, le FC Sion termine premier des qualifications et se retrouve en finale contre la formation rouge des détenus -l’équipe de l’étage 4000. Au terme d’une partie particulièrement indécise, les joueurs de La Croisée l’emporteront 25-23.

Plus que ce résultat anecdotique, les détenus retiendront -plusieurs d’entre eux nous en ont fait partle précieux moment de détente et d’évasion qu’il leur a été donné de vivre en compagnie d’adversaires de prestige avec lesquels chacun d’entre eux a eu la possibilité d’être photographié. Affecté au comptage des points, un jeune homme a même saisi l’occasion de faire dédicacer son maillot aux couleurs de l’équipe adulée par son père, avant de retourner en cellule.

Surpopulation carcérale

Les joueurs du FC Sion ont, pour leur part, pris un repas en compagnie de collaborateurs de La Croisée, à l’issue duquel le directeur Alain Brocard a donné quelques informations sur l’établissement. «Il y a 322 détenus en permanence. Notre taux d’occupation avoisine les 152%. Deux tiers des personnes présentes dans nos murs ont été condamnées ou sont en exécution anticipée de peine, alors que nous sommes, à la base, principalement dédiés à la détention provisoire», a-t-il, entre autres, relevé.

Les footballeurs ont, enfin, eu l’occasion de visiter une unité de vie, dont les occupants travaillent quotidiennement en atelier et ont des plages horaires réservées aux sports et aux loisirs. Le rapide tour d’horizon s’est conclu à la centrale où un collaborateur a expliqué son fonctionnement et les tâches à réaliser, devant une forêt d’écrans de surveillance. Le minibus sédunois a quitté, non sans un coup de klaxon, le site pénitentiaire urbigène en début d’après-midi. A défaut d’avoir remporté le tournoi, l’équipe valaisanne, a, à n’en pas douter, gagné de nouveaux supporters.

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Ludovic Pillonel