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Le gobe-mouche noir se retrouve sans toit

20 mars 2020 | Edition N°2709

Grandson - Douze nichoirs ont disparu aux alentours de la Cité d’Othon, à la mi-février. Le Groupe ornithologique de Baulmes et environs déplore cet acte malveillant. Une plainte a été déposée.

Le gobe-mouche noir, qui revient chaque printemps dans la région depuis la fin des années 1960, aura la mine déconfite en s’apercevant que son nichoir à disparu. À la mi-février, douze petites boîtes en sapin ont été dérobées par des personnes malintentionnées. «Nous faisons des contrôles réguliers chaque saison. C’est vraiment triste», se désole Françoise Walther, une enseignante à la retraite, qui s’engage activement pour la sauvegarde du passereau, à Grandson et dans les villages alentours.

Selon le Groupe ornithologique de Baulmes et environs (GOBE), il ne s’agit pas d’un acte de vandalisme ordinaire, puisqu’il a fallu s’armer d’une échelle pour détacher les nichoirs situés à quatre mètres de hauteur. «Ce ne sont pas des gens qui ont lancé des cailloux, par exemple, car on aurait retrouvé des éléments par terre», indique Pierre-Alain Ravussin, biologiste et ornithologue. Dans tous les cas, l’attitude est regrettable et une plainte a été déposée.

La semaine dernière, plusieurs membres du GOBE se sont réunis à proximité de la plage de Corcelettes pour suspendre de nouveaux abris artificiels avant l’arrivée de l’oiseau. Toutefois, sa présence en Suisse est courte. Il arrive dans nos contrées au mois d’avril pour se reproduire et retourne dans le Sahel à partir du mois d’août. La femelle pond entre cinq à sept œufs chaque année.

Cohabitation difficile avec la mésange

Le gobe-mouche noir porte bien son nom, puisqu’il attrape des insectes en volant, comme la mouche et le moustique. Par ailleurs, il chasse également des larves pour nourrir ses petits. Jusque dans les années 1980, l’espèce a connu une phase d’expansion dans la région, notamment grâce à Émile Sermet. Cet enseignant passionné par la nature avait installé quelques nichoirs à proximité de son cabanon situé au bord du lac, qui ont attiré l’oiseau entre Concise et Grandson.

Avec le réchauffement climatique, sa population a tendance à stagner, car le développement de ses proies est plus précoce. «Le débourrage des plantes au printemps, dont dépend le développement des chenilles, s’est accéléré d’une vingtaine de jours. Le passereau est en retard pour le repas, car sa présence est retardée par rapport aux conditions qui prévalaient il y a encore quelques décennies», explique Pierre-Alain Ravussin.

L’ornithologue précise qu’à l’origine l’espèce niche le plus souvent dans une cavité naturelle creusée par le pic. «Mais cette situation devient de plus en plus exceptionnelle, puisqu’il apprécie les nichoirs artificiels qui sont mis à disposition.»

À l’arrivée du gobe-mouche noir, la mésange charbonnière s’est déjà installée dans les abris artificiels. «Nous bouchons l’accès de près d’un tiers des nichoirs afin de laisser de l’espace au passereau», souligne le Baulméran.

Patrick Wurlod