Logo

Le Motel des Bains était «pourri»

10 avril 2013

Le projet initial prévoyait une rénovation, avec une surélévation. En cours d’opération, la structure a révélé de sérieuses défaillances. La démolition s’est imposée.

Le Motel des Bains a été grignoté par les pelles mécaniques.

Plus d’un passant a été surpris de voir le Motel des Bains, à Yverdon-les-Bains, disparaître sous les coups des pelles mécaniques. En effet, le projet mis initialement à l’enquête prévoyait une rénovation de l’immeuble existant, avec la reconstruction de la partie est, endommagée par l’incendie de janvier 2008, et une surélévation. Or, au fur et à mesure de l’avance des travaux, l’immeuble a été peu à peu détruit. Et il finira complètement rasé. Pourquoi cette évolution?

Structure endommagée

«Lors de sondages, l’architecte a découvert que la structure de l’immeuble était fortement endommagée par l’incendie et par l’eau qui a été utilisée pour l’éteindre. Il faut dire qu’une bonne partie de la structure était en bois. Ils démontent tout, mais l’aspect du bâtiment n’a pas changé», explique Markus Baertschi, urbaniste de la Ville d’Yverdon-les-Bains. L’enveloppe du futur immeuble correspondra donc à celle du premier projet mis à l’enquête publique.

Plus de chambres

La démolition totale, y compris celle de la dalle qui supportait la chaîne d’embouteillage à l’époque où Arkina occupait les lieux, a permis d’envisager un autre aménagement intérieur.

Ainsi, le nombre de chambres a été porté à 65, dont 9 doubles. Celles-ci seront placées au rez-de-chaussée. L’immeuble sera un peu plus enfoncé dans le terrain et, du coup, la hauteur au faîte a été légèrement réduite.

Evidemment, les sondages et les études imposées par la statistique douteuse de la structure ont provoqué un certain retard. Initialement envisagée à la fin de cette année, l’ouverture de la Résidence des Bains est désormais planifiée pour la fin de 2014.

Nul doute que le tourisme régional, auquel un établissement de ce type manque cruellement, bénéficiera de la construction d’un établissement flambant neuf, dans une catégorie intermédiaire de qualité.

 

L’eau de la source de La Prairie y était mise en bouteille

Si les anciens s’en souviennent, les nouveaux habitants de la région ignorent souvent que le Motel des Bains a été construit sur la structure de l’ancienne usine d’embouteillage de l’eau minérale locale Arkina. Celle-ci a été logiquement implantée près de la source de La Prairie, totalement indépendante de la source des Bains, et qui est recouverte d’un pavillon typique de la grande époque du thermalisme*.

La découverte de la source de La Prairie est attribuée à Otto Rohrer, propriétaire de l’hôtel-pension de La Prairie depuis 1892, un établissement acquis par Charles Decker au lendemain de la seconde guerre mondiale, et qui abrite encore une salle Rohrer. Au début du 20e siècle, les besoins en eau potable ont conduit le propriétaire de l’hôtel à creuser un puits, à un endroit où l’herbe était toujours verte. Les analyses effectuées en 1903 révèlent «une eau médicale sulfatée, calcique, magnésienne, de la catégorie des eaux froides des Vosges». Dès 1904, les Yverdonnois et leurs hôtes viennent à la source pour y puiser une eau bienfaisante. Elle était consommée à la source, avant d’être commercialisée sous l’appellation «eau médicale d’Yverdon».

Le Pavillon qui recouvre aujourd’hui la source a été construit il y a tout juste cent ans. Il avait pour but d’abriter les curistes. Ce sont les vertus de cette eau et le potentiel de développement qui ont incité Puzant Masraff, industriel arménien établi en Egypte, à s’y intéresser. En 1920, il achète les établissements hôteliers des Bains et de la Prairie, ainsi que les sources thermales et minérales. Il donne alors le nom d’Arkina, ville arménienne située au pied du Mont Ararat, à la source de La Prairie.

Le baptême et l’inauguration de la première usine de production, située sur l’emplacement actuel du Motel des Bains, ont eu lieu le dimanche 24 septembre 1922, en présence de très nombreuses personnalités.

De l’avenue des Bains aux Sports

La découverte, en 1955, de la source Bel-Air, -dont les caractéristiques sont identiques à celles de La Prairie et le débit nettement plus important-, justifiera l’ouverture, en 1969, de la nouvelle usine de production d’Akina, à l’avenue des Sports. Si Yverdon-les-Bains a perdu la marque Arkina -elle figure désormais sur des bouteilles remplies aux Grisons-, le brasseur Boxer devrait, dans un avenir proche, commercialiser à nouveau une eau cent pour cent yverdonnoise.

 

* «Les eaux thermales d’Yverdon-les-Bains, une source d’histoire», Christian Schulé, Sprint votre imprimeur, Yverdon-les-Bains.

Isidore Raposo