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Le Moulin se repense et panse ses plaies

7 mai 2018 | Edition N°2241

Marqué par l’incendie du 1er février dernier, Philippe Gonin a remis la présidence du conseil d’administration à Jean-Daniel Cruchet.

Le ciel lui est tombé sur la tête le 1er février dernier. Ce jour-là, Philippe Gonin a vu le Moulin d’Yverdon-les-Bains être emporté par les flammes. «Cet incendie a totalement détruit notre outil de production. Dix-huit ans d’une grande et belle histoire réduits en poussière en quatre heures seulement», a-t-il rappelé lors de l’assemblée générale du Moulin, jeudi dernier.

Un épisode qui a fortement ébranlé cet homme qui s’est investi corps et âme pour son travail, assumant conjointement la direction de la société et la présidence du conseil d’administration (CA). «Etait-ce écrit ou pas, mais l’année de mes vingt ans de présidence, il y a eu ce coup du sort terrible. Si violent qu’il m’a touché intérieurement, a-t-il déclaré. Aujourd’hui, je sens que je ne suis plus l’homme de la situation.» La voix étranglée par l’émotion, Philippe Gonin a alors annoncé qu’il quittait le CA, non sans avoir été chaleureusement remercié et applaudi par l’assemblée.

C’est désormais Jean-Daniel Cruchet, membre du CA depuis 1998, qui assumera la présidence. «A la suite de l’incendie du 1er février dernier, la charge de travail, comprenant le maintien de la production, les relations avec la clientèle, le suivi des dossiers liés au sinistre ou encore les études à mener pour la reconstruction d’un outil de production, ne peut plus reposer sur une seule paire d’épaules, fussent-elles celles de Philippe», a déclaré le nouveau président, élu jeudi. Aussi le CA a-t-il décidé de séparer le volet administratif et la gestion du Moulin, qui reste aux mains de Philippe Gonin en sa qualité de directeur.

«Tu vas pouvoir rassurer nos clients et leur montrer que le Moulin d’Yverdon-les-Bains est encore là», a assuré le vice-président du conseil d’administration, Stéphane Baudat, à Philippe Gonin, qui va désormais se concentrer sur la gestion opérationnelle de la société.

Et la coopérative ne vacille pas, malgré les coups du sort. Délocalisée à Echallens, elle va de l’avant: «Aujourd’hui, on a la fierté de continuer à produire de la farine au nom du Moulin d’Yverdon-les-Bains, a souligné Jean-Daniel Cruchet. On n’a pas perdu de client et c’est grâce à Philippe Gonin.» Avant le sinistre, les installations avaient d’ailleurs bouclé l’année 2017 sur un record de production avec 2200 tonnes de blé broyé (lire encadré). Tous les regards se tournent désormais vers l’avenir. «Le travail ne va pas manquer ces prochains mois», a auguré le nouveau président.

Plusieurs pistes pour l’avenir

«Malgré le fait que nous n’avons momentanément plus d’outil de production, nous devons absolument garder un moulin artisanal, qu’il soit à Yverdon, à Echallens, à Orbe ou à Chavornay, peu importe, a souligné Philippe Gonin, directeur du Moulin, jeudi soir. Il est impératif de garder ce marché conquis et en aucun cas de le lâcher à la concurrence industrielle ou étrangère.» Pour l’heure, le Moulin a redéployé ses activités de production sur le site meunier d’Echallens, qui a accueilli le personnel yverdonnois à bras ouverts. Pour l’avenir, plusieurs options sont possibles.

La reconstruction des installations dans la Cité thermale, sur son site historique ou ailleurs, fait clairement partie des pistes. La perspective d’un retour de l’activité à la rue Cordey semble toutefois compromise, le conseil d’administration ayant obtenu un avis de droit plutôt pessimiste quant à l’issue d’une procédure de demande de permis de construire. La recherche d’un autre site a été lancée. Reste la possibilité d’une dissolution ou d’une fusion de la société: «Cette option n’entre pas en ligne de compte pour l’instant», a insisté Jean-Daniel Cruchet.

Caroline Gebhard