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Le réchauffement préoccupe la SVPR

7 novembre 2016 | Edition N°1865

Yvonand – L’évolution climatique a une influence considérable sur les cours d’eau vaudois. Le sujet était à l’ordre du jour de l’assemblée des pêcheurs en rivières.

Guy-Charles Monney, président de la Société vaudoise des pêcheurs en rivières.©Michel Duperrex

Guy-Charles Monney, président de la Société vaudoise des pêcheurs en rivières.

«Il est trop tard pour être pessimistes. Il faut agir», a lancé, hier, le Dr Jean-François Rubin, professeur HES, lors de l’assemblée des délégués de la Société vaudoise des pêcheurs en rivières (SVPR), qui s’est tenue sur les bords de la Mentue. Plus qu’un avertissement, c’est une véritable instigation à agir que le directeur de la Maison de la Rivière, à Tolochenaz, et sa fille, Aurélie, doctorante à l’Université de Berne, ont livré aux pêcheurs.

Les températures moyennes ne cessent d’augmenter dans notre pays, plus qu’ailleurs, simplement en raison de sa situation géographique. «La Suisse ne bénéficie pas de l’effet tampon des océans», relève le scientifique. Entre crues dévastatrices et sécheresses importantes, les rivières et leur faune sont soumises à des pressions considérables.

Preuves irréfutables

Et la conseillère d’État Jacqueline de Quattro y a ajouté, lors de son intervention, la pression démographique et ses conséquences urbanistiques : le canton a accueilli, durant cette dernière décennie, quelque 14 000 nouveaux habitants par année, qu’il faut bien loger.

A ceux qui mettent -encore- en doute les effets du réchauffement, les chiffres donnés par le professeur Rubin devraient faire réfléchir. Depuis les années 1950, la température moyenne de l’Aar est passée de 10 à 11 degrés et celle du Rhin de 10 à 13 degrés.

L’évolution est bien plus inquiétante dans les rivières vaudoises, dans la mesure où notre canton, tout particulièrement le plateau, est encore plus exposé à la sécheresse. Cela a pour effet que certaines espèces, comme la truite, ont tendance à remonter le cours de la rivière.

A condition que cette migration ne soit pas compliquée, voire rendue impossible par des obstacles. Le réchauffement favorise, par exemple, la prolifération d’autres espèces. Ainsi, il est apprécié par la carpe.

Record à la Vallée

Les campagnes de mesures effectuées donnent des résultats alarmants, tout particulièrement sur le cours de l’Orbe à la vallée de Joux, où une température de 30 degrés a été mesurée. C’est la plus élevée enregistrée sur les 146 rivières vaudoises sous contrôle.

Le passage dans les lacs, puis le cours souterrain avant la résurgence de Vallorbe, contribuent à réduire la température de l’eau, mais dans la plaine de l’Orbe le mercure reprend l’ascenseur, pour atteindre 24, voire 25 degrés dans la Thièle.

Aurélie Rubin a démontré que l’augmentation de la température de l’eau favorise le développement de parasites qui conduisent à une maladie du rein chez les poissons (MRP). Ils finissent par y succomber. Elle n’a, par contre, pas pu mettre en relation la qualité de l’eau et l’apparition de la maladie.

Des solutions

Le Dr Jean-François Rubin et sa fille Aurélie. ©Michel Duperrex

Le Dr Jean-François Rubin et sa fille Aurélie.

Selon Jean-François Rubin, des solutions existent. Notamment la renaturation du lit des rivières et la création de zones ombragées. Le Grand Conseil, a relevé Jacqueline de Quattro, vient de voter un crédit-cadre de 80 millions de francs. «C’est une priorité pour notre canton. 11 km de cours d’eau ont retrouvé leur dynamique naturelle l’an dernier. Nous en avons encore identifié 150 km à traiter en priorité», a relevé la cheffe du Département du territoire et de l’environnement.

«La gestion des débits, surtout en été, est très importante», avertit Jean-François Rubin. Et puis, il faudra supprimer les nombreux obstacles à la migration des poissons : «S’ils sont bloqués, ils vont mourir dans les endroits chauds. La question des passes à poissons est essentielle !»

Micro-polluants nocifs

Si tous les acteurs qui se penchent au chevet des rivières admettent que la quantité de nitrates et de phosphates est en diminution, les micro-polluants constituent un vrai souci. D’où la nécessité de moderniser les stations d’épuration. Pour les mettre à niveau, le Canton doit investir quelque 200 millions de francs. La Confédération apportera 145 millions et les communes devront faire leur part. Dans certaines régions, ce sera l’occasion de les regrouper et de professionnaliser leur exploitation.

Le brochet en rivière

A la quasi unanimité, les délégués de la SVPR ont décidé de transmettre à la Commission consultative de la pêche la proposition de supprimer la protection du brochet dans certaines rivières. En effet -c’est aussi une influence du réchauffement- les jeunes brochets remontent très haut dans la Mentue et dans l’Orbe, pour ne prendre que ces deux exemples. Ce phénomène est constaté depuis quinze ans. Le Canton de Fribourg a déjà pris ce type de mesure.

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Isidore Raposo