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Le Réveillon dans le Pacifique

3 janvier 2017 | Edition N°1904

Voile – Alan Roura et sa Fabrique voguent dans les eaux du Sud. Nouvelles du Vendée Globe.

Le visage d’Alan Roura a bien changé depuis le début de l’aventure. ©Christophe Breschi / Alan Roura / Vendée Globe

Le visage d’Alan Roura a bien changé depuis le début de l’aventure.

Ils étaient 29 à prendre le départ au large des Sables d’Olonne, le 6 novembre dernier. Le 31 décembre, 55 jours plus tard, ils n’étaient plus que 19 en course (ils sont désormais 18). Pointant au 12e rang à bord de La Fabrique de Champagne, le Genevois Alan Roura, le «petit jeune» de la grande boucle, sur le plus «vieux» bateau de la flotte, a pris le temps de répondre à La Région au passage de l’an.

 

En lisant les vacations, on se rend compte de la dureté de la course. Comment gérez-vous votre sommeil ?

Je n’arrive toujours pas à dormir de jour, alors j’essaie de me reposer un maximum une fois la nuit tombée.

Je dors entre deux et six heures par nuit, par tranches de 20 à 30 minutes pour vérifier régulièrement que tout va bien sur le pont. Mais dans le Sud, les nuits sont très courtes…

 

Comment faites-vous pour tenir le coup et rester lucide ?

Il y a des moments où l’on perd la tête, on ne sait pas comment on va faire pour tenir encore durant un mois de mer. Mais même si nous sommes en solitaire, il y a tellement de monde derrière nous qui nous motive, que ça nous donne la force de s’accrocher et, en mer, j’arrive à être quelqu’un que je ne suis pas forcément à terre. Plus fort dans la tête, plus lucide. On a le temps de se poser les bonnes questions ici.

 

Après 55 jours au large, qu’est-ce qui vous manque le plus ?

Il y a beaucoup de choses. D’abord le confort, puis une douche et un lit douillet qui ne bouge pas, des légumes et des fruits frais, mais aussi mes proches, ma famille, mon team et particulièrement Aurélia, ma compagne.

 

Plusieurs concurrents malheureux ont heurté des OFNI (objets flottants non identifiés). Est-ce que la crainte est omniprésente ?

Oui, effectivement, c’est sans arrêt dans ma tête, mais je ne peux rien y faire, je dois naviguer en touchant du bois, en espérant avoir de la chance. Sur une telle aventure, il faut vivre chaque jour comme si demain tout allait s’arrêter. On ne peut pas prévoir ce qu’il va se passer.

 

Avez-vous rencontré des cétacés ou des albatros ?

Malheureusement, je n’ai vu aucun cétacé depuis le départ, ce qui m’attriste beaucoup. Mais les albatros sont là, autour de mon bateau, depuis que je suis entré dans le Sud. Ils sont absolument incroyables.

 

On a cru comprendre que le pilote automatique montre quelques signes de mauvaise humeur. Qu’en est-il exactement ?

Tout est réglé. Un pilote, il faut lui parler, c’est notre copain à bord. J’en ai deux, ce qui me laisse une chance. «Jack» et «Sparrow», ce sont leur nom, barrent à merveille. J’ai eu un souci de compas au début, mais tout est rentré dans l’ordre.

 

En quoi consistait la panne informatique au large du Brésil ?

Ce n’était pas exactement une panne informatique, c’était mon antenne Inmarsat (système de satellite maritime) qui permet de recevoir internet à bord, et donc de pouvoir envoyer photos et vidéos facilement, mais surtout très rapidement. Malheureusement, elle a rendu l’âme. J’ai donc dû aller près de la côte brésilienne pour réussir, avec mon téléphone, à télécharger une base de données. C’est le strict minimum mais, au moins, j’ai la météo à bord.

 

Est-ce que le père Noël a passé sur La Fabrique ?

Oui et c’est dingue, il m’a trouvé dans le grand Sud ! J’ai reçu plein de cadeaux. Ça restera un Noël incroyable.

 

Les premiers remontent l’Atlantique loin, loin devant. Souhaiteriez- vous une course en monotype avec plus d’égalités des chances ?

Non, je pense que le Vendée Globe est, et a toujours été ainsi. Il permet aux petits budgets, comme moi , d’être sur l’eau aussi. En monotype, la course deviendrait inabordable, et c’est triste de mettre à la poubelle nos beaux bateaux. Il y a le Figaro pour ceux qui aime la régate et l’égalité.

 

La solitude à bord : mythe ou réalité ?

La solitude est une réalité, on passe trois mois seul, dans un espace restreint. On a des moyens de communication, mais ils ne remplacent pas les personnes physiques. La solitude est réelle, et c’est ce qui rend cette course magique tout en étant très dure.

Christiane Baudraz