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L’équithérapie bénéfique pour les enfants

28 septembre 2017 | Edition N°2090

Yvonand – Ogens – Fabienne Débieux propose une thérapie avec les chevaux pour permettre aux personnes atteintes de maladies ou de retards de travailler sur leurs difficultés psychologiques et relationnelles. Parmi ses patients, la Tapa-Sabllia Shannon Bugnon, atteinte d’absences épileptiques.

Fabienne Débieux a dessiné des smileys sur des ballons pour entraîner Shannon, la jeune Tapa-Sabllia atteinte d’absences épileptiques, à parler de ses émotions, tout en se baladant sur le dos de Gincky. ©Michel Duperrex

Fabienne Débieux a dessiné des smileys sur des ballons pour entraîner Shannon, la jeune Tapa-Sabllia atteinte d’absences épileptiques, à parler de ses émotions, tout en se baladant sur le dos de Gincky.

«C’est bon, il est tout propre», lance Shannon, une jeune Tapa-Sabllia de 7 ans et demi. Avant-hier, comme chaque mardi, elle s’est déplacée jusqu’à Ogens pour s’occuper de l’un des trois équidés de Fabienne Débieux. Et ce jour-là, c’est le grand Gincky qu’elle a choisi de papouiller. Après lui avoir brossé le corps et décrassé les sabots, les choses sérieuses ont pu commencer. Car la fillette n’est pas venue pour suivre un cours d’équitation classique, mais pour travailler sur son comportement. Atteinte d’absences épileptiques avec amnésie et de troubles de l’attention, Shannon souffre de retards dans son développement.

Alors, avec l’infirmière du Gros-de-Vaud, spécialisée dans la thérapie avec le cheval, elle s’est fixée trois objectifs : apprendre à se concentrer, à s’affirmer et à gérer ses émotions sans faire de crise. Et, mardi dernier, c’est sur ce point précis que portait la leçon.

 

Exercices personnalisés

 

La thérapeute avait prévu un parcours de cinq exercices. A pied, puis sur le dos de Gincky, Shannon a dû reconnaître les différentes émotions de la vie courante, les imiter et les illustrer avec des situations qu’elle a rencontrées. «Par exemple, je me fâche quand ma maman s’énerve, même si c’est moi qui ai fait une bêtise», raconte-t-elle.

«Il n’y a pas de programme prédéfini. Chaque thérapeute organise ses cours en fonction de ses connaissances et de sa sensibilité, explique Fabienne Débieux. Derrière chaque exercice, il y a un but. Le cheval ne sert pas à suivre un cours d’équitation, mais pour faire office d’un intermédiaire neutre. C’est une manière moins frontale d’aborder des difficultés psychologiques, cognitives ou relationnelles que sur le divan d’un psy.»

 

Des résultats constatés

 

«Avant de commencer les séances, j’étais un petit peu sceptique parce que l’idée venait de ma belle-mère, avoue la maman de Shannon, Delphine Bugnon, sourire aux lèvres. Mais, maintenant que j’ai vu le résultat, c’est sûr que je recommanderais cette thérapie. Grâce à celle-ci, Shannon est plus zen, plus concentrée et elle s’est même améliorée au niveau scolaire, où elle avait de gros retards (ndlr : Shannon a dû redoubler sa 3e année HarmoS).» Pourtant, pour sa maman, il est difficile de savoir si ce changement radical est dû à cette thérapie -entamée en février dernier- ou à la prise de médicament, qui a débuté au mois d’avril.

 

Aussi pour l’autisme

 

En revanche, du côté d’Emile Bulliard, papa de Diego, un petit garçon autiste de 10 ans, et de Miranda, 7 ans, diagnostiquée hyperactive, la réponse est claire : «Mes enfants ont suivi cette thérapie, étant parfois sous médication, parfois non, et, dans tous les cas, elle les a énormément aidé, que ce soit au niveau de la concentration, de la mémoire, du contrôle de soi, de l’agitation ou des contacts avec un tiers», confie cet habitant de Froideville, qui est également le plus ancien client de la spécialiste d’Ogens. Selon lui, ce choix de la thérapeute est aussi très important. «Ce qui est bien avec Fabienne, c’est qu’elle est très calme et très patiente», assure-t-il.

Selon Fabienne Débieux, il faut toutefois attendre six à douze mois pour que la thérapie apporte de vrais bénéfices. Un traitement qui a son prix, puisqu’une séance individuelle d’une heure coûte 100 francs. «Et ce n’est pas pris en charge par l’assurance maladie de base», précise la Tapa-Sabllia Delphine Bugnon.

Infos : www.lecrindherbe.com

 

Qu’en pensent les psychologues ?

 

Nous avons questionné deux psychothérapeutes yverdonnois pour savoir ce qu’ils pensaient de cette thérapie avec le cheval. «Dans tout atelier éducatif, il y a un effet thérapeutique, constate Véronique Bachmann, psychologue. Je pense que cela peut-être un plus, parce que le cheval est un médium, comme les jouets que j’utilise durant mes thérapies, qui facilite le dialogue avec les enfants. Sauf que l’animal, lui, va permettre, en plus, d’éprouver corporellement quelque chose de différent. Et, comme il est imposant, l’enfant doit adopter une certaine attitude face à lui. Après, il y a aussi beaucoup de choses qui se font avec des chiens ou des dauphins.» Quant au psychiatre Claude Maendly, il perçoit deux principaux avantages: «Cela peut être bénéfique pour les personnes qui ont des troubles de la personnalité, même graves, d’anxiété, autistiques ou schizophréniques, car le cheval a un effet calmant. Et le fait de donner des ordres peut aussi redonner confiance au patient.» Mais cela ne convient pas à tout le monde : «A mon avis, ce n’est pas recommandé pour les personnes qui sont agitées ou qui ont la phobie de cet animal.»

 

Une formation

 

Pour devenir un thérapeute reconnu, comme Fabienne Débieux, il n’existe qu’une seule formation en Suisse romande : un Diploma of Advanced Studies (DAS). Elle est dispensée à l’Ecole d’étude sociale et pédagogique, à Lausanne, et dure trois ans. Un cursus qui coûte 18 000 francs. Pour suivre cette formation, quelques pré-requis sont nécessaires : un bachelor dans le domaine de la santé ou du social, deux brevets d’équitation -classique et de randonneur-, ainsi que 50 heures de suivi psychologique.

Infos : www.therapiecheval.ch.

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Christelle Maillard